Le président Donald Trump a créé la panique dans les milieux d’affaires américains en les exhortant à quitter la Chine et à cesser de faire des affaires avec la Chine. Un « ordre » que ses conseillers ont tenté de temporiser sans remettre en question ses propos.

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Le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a affirmé que Donald Trump avait bien l’autorité d’exiger de la part des entreprises américaines de trouver des alternatives à leur production ou approvisionnement en Chine, mais « il ne l’a pas fait ».

La loi autorise le coup de gueule de Donald Trump

Interrogé par Fox News alors qu’il participait au sommet du G7 en France, Steven Mnuchin a affirmé que Donald Trump « aurait le pouvoir » de demander aux compagnies de quitter la Chine « en vertu de la loi IEEPA (International Economic Emergency Power Act) s’il déclarait une urgence ».

Mais « il ne l’a pas fait », a assuré le ministre des finances de Donald Trump. « Je pense que ce qu’il disait, c’est ordonner aux entreprises de commencer à chercher (des solutions) dans la mesure où nous sommes dans une guerre commerciale prolongée », a-t-il affirmé.

« Nous voulons que les entreprises fassent des affaires avec des partenaires commerciaux qui nous respectent et commercent avec nous de manière équitable », a tenté de justifier le conseiller de Donald Trump.

La fureur du président américain intervient après l’annonce du gouvernement chinois de la mise en place de nouveaux tarifs douaniers sur 75 milliards de dollars (66 mds €) de biens américains.

Un ordre possible mais difficile à mettre en place

Alors, Donald Trump a opté pour la surenchère, en promettant de taxer la quasi-totalité des importations de Chine d’ici la fin de l’année. Mais il a surtout « ordonné » aux sociétés américaines « de commencer immédiatement à chercher des alternatives à la Chine, y compris de rapatrier vos sociétés et de fabriquer vos produits aux Etats-Unis ».

Selon Steve Mnuchin, Donald Trump s’appuie sur une loi adoptée en 1977, permettant au président américain de réguler des transactions économiques après avoir prononcé un état d’urgence. Mais, ce texte n’a jamais été utilisé pour peser dans un conflit commercial.

« Cette loi peut permettre d’interdire certains transferts de fonds à condition d’être précédée par une déclaration d’état d’urgence », a précisé Jennifer Hillman, professeure de droit à l’Université de Georgetown, interrogée par le Washington Post, cité par l’AFP. Cependant, cette dernière a assuré que le texte ne peut pas exiger de revenir sur des investissements déjà effectués.

Pour Larry Kudlow, principal conseiller économique de Donald Trump, le président « avait le pouvoir » d’interdire aux compagnies américaines de commercer avec la Chine mais que « rien de tel n’est pour l’instant dans les cartons ».

« Ce qu’il suggère aux entreprises américaines, (…) c’est: vous devriez penser à transférer vos opérations et vos chaînes d’approvisionnement hors de Chine et deuxièmement, nous aimerions que vous reveniez à la maison », a affirmé ce dernier sur CNN.

Certaines entreprises américaines commencent à quitter la Chine

Cependant, le conseiller politique de Donald Trump, Stephen Miller, a assuré que « les entreprises américaines ne devraient pas être totalement dépendantes de la Chine ». « Ce n’est pas un bon investissement à long terme », a-t-il même averti sur Fox News.

Toutefois, certaines entreprises d’habillement ou d’électronique ont déjà commencé à modifier leur système d’approvisionnement et à chercher de nouveaux sites de production ailleurs qu’en Chine dans des pays à bas salaires mais les industriels soulignent que ces démarches prennent du temps.

La Fédération des détaillants, gros importateur d’articles « made in China », a cependant assuré qu’il était « impossible » pour les entrepreneurs « de planifier l’avenir dans ce type d’environnement ».

« Il est clair que l’approche de l’administration ne fonctionne pas et la réponse n’est pas dans la surenchère de taxes douanières à l’encontre des entreprises et consommateurs américains. Quand va-t-on en voir la fin ? », s’est alarmée la Fédération.

Dans un communiqué, cette dernière a partagé les préoccupations de l’administration Trump sur les pratiques commerciales chinoises accusées d’être « déloyales ». Mais la proclamation de Donald Trump a été vue comme l’expression d’une « frustration » plutôt que comme un ordre.

Malgré les tensions accrues entre Beijing et Washington, Larry Kudlow a assuré que les négociations allaient se poursuivre, et que la rencontre avec la délégation chinoise à Washington « à un certain moment en septembre » était toujours d’actualité.