Les eunuques étaient des serviteurs au sein du Palais impérial, auprès de l’empereur ou de l’impératrice, ils ont gagné en influence au cours des années. Puissants, ils pouvaient faire tomber des empereurs, voir même des dynasties.

Les eunuques sont des hommes dont les organes génitaux sont tranchés. Les eunuques le sont devenus car pour les fonctionnaires de haut rang : puisqu’ils ne pouvaient procréer, ils ne seraient pas tentés de prendre le pouvoir pour fonder une dynastie.

D’après Matignon J.-J*, la première mention des eunuques a été faite en 1 100 ans avant Jésus-Christ, sous la dynastie Zhou. L’empereur Chou-Koung édicta un code dans lequel il fit figurer la castration au nombre des cinq modes graves de punition : stigmates sur le front ; section du nez ; amputation des oreilles, des mains ou des pieds; castration et peine capitale. Au départ la castration était une punition.

Des domestiques au service du Palais impérial

L’impératrice douairière Cixi portée et accompagnée d’eunuques du palais, avant 1908

Les eunuques servaient de domestique ou homme à tout faire dans les Palais impériaux. Au fur et à mesure de l’histoire, les eunuques sont responsables de tâches plus importantes. Consciencieux et efficaces, les fonctionnaires estiment qu’ils n’étaient pas assez nombreux. Ils décident alors de lancer une campagne pour embaucher des eunuques, qui seront d’ailleurs initiés dès le plus jeune âge.

De très nombreuses familles décident alors de vendre leurs fils, ou de les inciter à devenir eunuque au sein de la cour impériale, leur promettant une vie confortable, du prestige pour lui et sa famille. De fait, un jeune homme ou homme devient eunuque soit par la force, par goût, par pauvreté ou par paresse. Beaucoup de parents vendaient leurs enfants ou les faisaient châtrer dans l’espoir de les vendre comme domestiques du palais.

Toutefois, certains acceptent de devenir eunuques, convaincus que cela leur assurera un mode de vie aisé. De plus, certaines grandes familles avaient un eunuque, symbole de pouvoir et d’influence au sein de la cour impériale.

La position d’eunuque devient officielle durant la dynastie Qin (221-206 av. J.-C.). Les eunuques vendent leur service à qui peut les payer, et certains d’entre eux ont le privilège de côtoyer l’empereur seul et les membres de la famille impériale.

L’empereur doit avoir à ses côtés plusieurs milliers d’eunuques, jusqu’à 3000. Les eunuques étaient alors affectés à l’origine au service domestique de l’empereur et de sa famille.

Sous la dynastie Ming (1368-1644), en particulier à partir de 1421, les eunuques forment un cercle très rapproché de l’empereur dont ils partagent la vie dans la Cité Interdite. A cette époque, il y a plus de 20.000 eunuques vivants dans la Cité interdite.

Ils sont très proches de l’empereur

Les eunuques sont chargés de veiller au confort de l’empereur, ainsi qu’a sa bonne santé sexuelle. Ils se répartissent dans 24 directions différentes : direction des spectacles, direction des cuisines… la plus importante étant la direction du cérémonial. Cette direction donne un statut particulier à l’eunuque, car il contrôle le flux des documents destinés à l’empereur.

Ainsi les eunuques contrôlent toute la bureaucratie impériale, leur donnant de l’influence au sein de la cour impériale. L’eunuque à la tête de la direction du cérémonial est de fait l’un des eunuques les plus influents personnages de l’état. Les historiens expliquent que le chiffre de 8000 eunuques uniquement dans la cité interdite.

Très vite, ils usent et abusent de leurs influences et se transforment en police secrète, ils prennent la tête des armées en campagne. Ils sont aussi présents dans les gouvernements régionaux, les ambassades, dans les institutions de perception des taxes, dans la justice…

Les meilleurs eunuques sont formés à l’école des eunuques où ils apprennent à lire et copier des documents officiels et des classiques de la littérature.

L’évolution de carrière d’un eunuque au sein de ses pairs permet au plus brillants d’entre eux d’amasser des fortunes colossales par le biais de pots-de-vin. Certains eunuques restent dans l’histoire comme les plus grands personnages historiques de la Chine, comme l’amiral Zheng He qui commanda une flotte gigantesque jusqu’en Afrique.

La plupart des eunuques sous les Ming sont bouddhistes et sont très présents dans la vie religieuse en finançant notamment de nombreux temples.

Les eunuques ont connu un net déclin sous la dynastie Qing (1644-1911), car ils étaient méprisés par les mandchous qui avaient un avis assez tranché sur les eunuques

 Une castration complexe et très douloureuse

L’opération de castration est pratiquée dans un bâtiment situé près d’une des portes de la Cité interdite. Elle est exercée par un castrateur, qui provint d’une famille de castrateur. L’opération est simple et rapide, il est assisté de deux apprentis, qui sont de sa famille.

Un groupe d’eunuques. Peinture murale de la tombe du prince Zhanghuai, 706 après JC.

Le patient est couché sur une couche, des bandes compriment les cuisses et le ventre. Un assistant fixe le patient vigoureusement par la taille, tandis que les  deux autres tiennent ses jambes écartées.

Le castrateur détient un couteau courbé, en serpette, ou de longs et forts ciseaux. Il saisit les testicules et la verge, les comprime, les tord pour en chasser le plus de sang possible. Après avoir redemandé le consentement au patient, d’un coup sec et rapide, il coupe le plus ras possible, les organes.

Une petite cheville de bois ou d’étain, en forme de clou, est placée dans l’urètre. Puis la plaie est lavée trois fois à l’eau poivrée, puis des feuilles de papier, imbibées d’eau fraîche, sont appliquées sur la région bandée.

Le patient, soutenu par des aides, est incité à marcher pendant deux ou trois heures, pour ensuite se coucher. Pendant trois jours, le patient n’a droit à aucune boisson, afin que le pansement reste intact. Toutefois, la souffrance est extrême en raison de la plaie, mais surtout pour retenir l’urine.

Après ce laps de temps, si le patient parvient à uriner, cela signifie qu’il est guérit. Il reçoit alors aux félicitations de son chef. Au bout de trois mois, l’eunuque est considéré comme définitivement guéri, il peut alors entrer en fonction au palais.

S’il est jeune, il est intégré directement, s’il est plus âgé, il doit faire un stage préparatoire d’un an au service d’un prince.

Les eunuques sont partagés en 48 classes, ayant chacune des attributions spéciales. Chaque section a, à sa tête, un eunuque ayant le grade de mandarin du 6ème ou 7ème rang. Le commandant supérieur de tous ces castrats a le grade de mandarin du 3e degré.

Les eunuques, une position controversée

Lors de son règne, l’empereur fondateur de la dynastie Ming (1368-1644), Hongwu, avait interdit aux eunuques d’apprendre à lire ou à s’engager en politique, afin qu’ils ne deviennent pas une menace interne au sein de la Cité interdite.

Cependant son fils, Yongle et ses successeurs permirent aux eunuques d’apprendre à lire et à écrire, devenant des acteurs cruciaux du fonctionnement de la Cité interdite. Ils dirigeants d’importants ateliers impériaux, commandaient des armées et participaient aux nominations et aux promotions des fonctionnaires.

Les eunuques développent alors leur propre bureaucratie, organisée en parallèle de celle des fonctionnaires. Ils ne sont plus assujetties à la bureaucratie officielle des fonctionnaires, créant ainsi des tensions, voir même des confrontations entre les hauts fonctionnaires et les eunuques, devenus tout puissants.

La domination excessive et tyrannique des eunuques ne devient pas évidente avant les années 1590, lorsque l’empereur Wanli augmente leur influence sur la bureaucratie civile et leur accorde le droit de collecter les taxes. A la fin de la dynastie Ming, il y avait 70 000 eunuques dans la Cité interdite.

Au cours de la Chine impériale, un eunuque pouvait obtenir un pouvoir immense qui dépassait parfois celui du Premier ministre. Face à l’ampleur de leur influence politique et militaire, le nombre d’eunuques a commencé à diminuer durant la dynastie Qing, ils ne sont plus que 470 en 1912, lorsque la fonction fut abolie.

Eunuques chinois célèbres

  • Shu Diao, eunuque intrigant qui fut responsable de la guerre civile de succession dans l’état féodal de Qi ;
  • Cai Lun (v. 50-v. 121), considéré par convention comme l’inventeur du papier en 105 ;
  • Zhao Gao, ancien précepteur et ministre de Qin Er Shi (mort en -207) ;
  • Zhang Rang, tête de l’infâme « 10 Changshi » de la dynastie des Han de l’Est ;
  • Huang Hao, qui apparaît dans le roman Les Trois Royaumes ;
  • Li Fuguo, homme de confiance et ami loyal de l’empereur Xuanzong des Tang ;
  • Yu Chao’en, surveillant de l’armée ;
  • Tong Guan, de la dynastie Song, qui apparaît aussi dans le roman Au bord de l’eau;
  • Zheng He (1371-1435), explorateur ;
  • Wang Zhen (en), premier Ming ;
  • Liu Jin, un autre despote célèbre ;
  • Wei Zhongxian, l’eunuque à la pire réputation de l’histoire chinoise ;
  • An Dehai, eunuque corrompu de la dynastie Qing, favori de l’impératrice veuve Cixi ;
  • Li Lianying, un autre despote de la dynastie Qing ;
  • Sun Yaoting, dernier eunuque vivant de la dynastie Qing, décédé le 17 décembre 1996, dans sa 94e année.
  • Sima Qian, historien chinois, le premier à avoir tenté de décrire l’histoire de la Chine depuis sa création. Tous les historiens impériaux chinois se sont par la suite inspirés de son œuvre, le Shiji

*Matignon J.-J*, « Les eunuques du Palais impérial de Pékin » (Bulletins et Mémoires de la Société d’Anthropologie de Paris Année 1896 7 pp. 325-336)