Le sinologue américain Ezra Vogel, décédé le 20 décembre 2020, était l’un des plus grands experts américains de la Chine et parlait couramment le chinois et le japonais.

Cliquez pour en savoir plus sur les relations entre la Chine et les Etats-Unis

Son décès a suscité une vague l’inquiétude de nombreux intellectuels en Chine et aux États-Unis, préoccupés par la présence de plus en plus rare dans les cercles politiques et intellectuels américains d’experts voyant la Chine de manière rationnelle et pragmatique, a expliqué le CIIE.

Lire aussi : La Chine pleure la mort du sinologue Ezra Vogel

«Il était un sinologue américain de renom et un vieil ami du peuple chinois», a déclaré Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, lors de son point de presse le 21 décembre.

Pour Diao Daming, professeur associé à l’École des relations internationales de l’Université Renmin de Chine, la génération aujourd’hui très âgée de sinologues, dont Ezra Vogel était le représentant, « s’est essentiellement concentrée sur l’histoire et la culture, afin de faire comprendre la Chine aux États-Unis et de contribuer aux échanges entre les deux pays ».

Ce dernier a expliqué dans une interview accordée au Global Times le 21 décembre que ces experts « ont commencé à étudier la Chine, poussés par une opinion relativement positive ou du moins une certaine curiosité, et ont approfondi leur apprentissage sur les changements historiques et sociaux du pays ».

Cependant, aujourd’hui, la nouvelle génération d’universitaires qui étudient la Chine le fait dans le but «d’aider les États-Unis à affronter la Chine», a indiqué Diao Daming. Selon lui, « le point de départ et le ton de leurs études sont dès le début marqués par la confrontation et l’hostilité, un point de vue qu’ils transmettent à l’opinion publique américaine ».

« Ainsi, la disparition inéluctable de la génération d’experts comme Ezra Vogel soulève naturellement des inquiétudes sur le fait que les points de vue rationnels au sujet de la Chine sont de moins en moins audibles à Washington, surtout en cette période de relations plutôt volatiles et tendues», a-t-il souligné.

En 2018, Ezra Vogel avait déploré les difficultés croissantes rencontrées par les universitaires américains spécialistes de la Chine, «parce qu’ils ont peur de dire quelque chose qu’il ne faut pas et d’avoir des problèmes».

« Il est difficile de faire de la recherche en l’absence de transparence dans les conversations entre sinologues ou de possibilité de parler franchement des problèmes », avait-il noté. En effet, de nombreux universitaires disent se censurer pour éviter de critiquer la Chine par peur de perdre l’accès au pays. A contrario, de nombreux chercheurs critiquent ouvertement la Chine pour s’assurer d’être bien vu dans l’opinion publique et auprès de leur gouvernement, et ainsi éviter l’étiquette « pro-chinois« .

Malgré les craintes de certains intellectuels chinois, Ezra Vogel avait assuré qu’il y a de « jeunes universitaires américains qui souhaitaient que les relations entre les États-Unis et la Chine s’améliorent, et que cela ne concernait pas seulement la génération plus âgée ». Encore nombreux, ces jeunes chercheurs font face à un environnement de recherche de plus en plus difficile.

Interrogé par le Global Times, Tao Wenzhao, chercheur à l’Institut d’études américaines de l’Académie chinoise des sciences sociales, a affirmé au Global Times qu’il y a encore des spécialistes «modérés» à l’image d’Ezra Vogel, comme l’ancien diplomate américain de haut rang Charles W. Freeman Jr., ou Michael D. Swaine, directeur du Programme Asie orientale à l’Institut Quincy des affaires nationales, un think-tank américain.

Ces experts maintiennent leur impartialité et leur objectivité sur les relations sino-américaines et continuent d’exprimer leurs points de vue, qui peinent tout de même à se faire entendre, car elles sont noyés dans un flux tendu d’information généralement contre la Chine.