Lors de la 12ème réunion annuelle des nouveaux champions du Forum économique mondial de Tianjin, en Chine, les participants ont constaté que la crise mondiale actuelle, marquée par le conflit commercial sino-américain et les turbulences sur les marchés émergents comme l’Argentine et la Turquie, reste préoccupante, mais il y a aussi des raisons d’être optimiste, d’après les participants à l’atelier sur les perspectives économiques mondiales.

Sous le thème «Façonner les sociétés innovantes à la quatrième révolution industrielle», ce forum a été suivi par près de 2000 chefs d’entreprise, décideurs et experts de plus de 80 pays. Parmi les sujets phares de cette année, les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis, qui pourraient être propice au développement des économies de l’ASEAN.

Wang Tuanwei, directeur financier et vice-président du China Minsheng Investment Group, a expliqué que « pour la Chine, le différend commercial est une occasion de stimuler davantage la consommation pour remplacer les exportations en tant que moteur de la croissance économique ».

Selon lui « l’importante population et l’impératif (du gouvernement chinois, ndlr) de stimuler la croissance dans les zones rurales, où les conditions de vie sont bien pires que dans ses villes prospères, présentent une opportunité d’investissement ».

De son côté, Arun Sundararajan, professeur à l’Université de New York, au sein du Robert and Dale Atkins Rosen Professor of Business at the Stern School of Business, : « un des corollaires du différend actuel est que la dépendance de l’économie mondiale, à la dynamique commerciale entre la Chine et les États-Unis, diminuera et alors que les échanges commerciaux de la Chine avec l’Union européenne et d’autres partenaires seront plus importants ».

Pour lui, « la Chine serait bien placée pour assumer un leadership philosophique du multilatéralisme dans le commerce. D’autres pays commerçants se retrouveront pris entre les États-Unis et la Chine, mais cela pourrait servir de catalyseur aux pays de l’ASEAN pour accélérer leur intégration, afin de bénéficier d’une amélioration de la composition et de l’équilibre de leurs échanges avec la Chine ».

De son côté, Jing Ulrich, directeur général et vice-président pour l’Asie-Pacifique chez JPMorgan Chase & Co. de Hong Kong, a expliqué lors de cet atelier que « la Chine ouvre également de plus en plus de secteurs à l’investissement étranger – valeurs mobilières et assurances par exemple – et ferait bien d’améliorer son système de sécurité sociale, qui mobiliserait ses économies massives en donnant aux gens le courage de dépenser plutôt qu’en épargnant ».

Cependant, a-t-elle ajouté, « l’Asie et le monde auraient des raisons de s’inquiéter si le conflit actuel se prolongeait, créant une situation de perte pour tous ». D’autant plus que la Chine « ne changera pas sa politique industrielle en raison de la pression extérieure », principalement américaine.

Jing Ulrich a indiqué que le gouvernement chinois avait un plan à long terme pour se moderniser et passer d’une économie dépendante aux exportations à une économie axée sur la consommation. « Les négociations vont commencer, mais ce sera une route difficile et cahoteuse », a-t-elle ajouté.

Ce dernier a souligné que « le problème réside dans la technologie, où la Chine et les Etats-Unis veulent tous les deux dominer. Il pourrait toutefois y avoir une certaine résolution dans les mois à venir si les États-Unis tempèrent leur position après les élections de mi-mandat ».

Néanmoins, les technologies issues de la 4ème révolution industrielle sont une source d’optimisme pour l’économie mondiale, a indiqué Arun Sundararajan, qui a estimé que « ceux qui sont prudents quant à l’investissement dans ces technologies vont désormais manquer à long terme ».

Dans le même temps, les pays asiatiques doivent réduire les inégalités technologiques et rendre leurs pays plus inclusifs. Plusieurs pays asiatiques ont des réalités démographiques très différentes, influençant la vitesse à laquelle ils développent leurs technologies.

La Chine, par exemple, est en avance sur les États-Unis dans le déploiement de téléphones mobiles pour toute une série d’activités quotidiennes. Cependant, Beijing sera plus lente que le Japon en matière d’automatisation, car il a une grande main-d’œuvre à laquelle il faut penser, a souligné ce dernier.