Cette fois-ci, il n’est pas question de lutte sociale, ni idéologique, mais d’une lutte de pouvoir visant à s’octroyer l’héritage et notamment le bon bilan économique de Deng Xiaoping.

Le 22 août, des chinois ont célébré les 110 ans de la naissance de Deng Xiaoping. Ce dernier est mort en février 1997, quelques mois avant la rétrocession de Hong Kong à la Chine, affirmant ainsi le principe d’« un pays, deux systèmes ».

Mao Zedong

Mao Zedong

L’anniversaire aura été marqué par la bourde diffusée par la CCTV. Une série télévisée consacrée à Deng Xiaoping, a prétendu que « Mao lui-même avait ordonné la destruction de la Bande des Quatre – une tentative de blanchissement historique de l’ancien dictateur sans doute pas sans lien avec les instructions de Xi Jinping d’« éviter tout négativisme à propos des trente ans qui ont précédé l’ère des réformes » (c’est-à-dire la Chine de Mao) », explique Le Monde.

Cette ligne défendue par Xi Jinping vise à minimiser les épisodes douloureux du maoïsme, mais surtout la remarque a été faite lors des commémorations de décembre, durant lesquelles  Xi Jinping et les six autres membres du Comité permanent été allaient rendre hommage à Mao Zedong, devant le Mausolée, où se trouve son corps embaumé, sur la place Tiananmen.

Alors que le pays connaît un ralentissement économique et de plus en plus de tensions sociales dans les provinces intérieures de la Chine, Xi Jinping a évoqué à plusieurs reprises le mot « réforme ».

Son discours – tenu durant le séminaire sur la théorie de Deng Xiaoping le 20 août – avait pour but de faire le parallèle entre la politique engagée par l’actuel président, notamment contre la corruption et la bureaucratie et les travaux menés par le « Petit Timonier », Deng Xiaoping.

Mettant en avant « l’esprit d’innovation » de Deng Xiaoping, Xi Jinping a mit en exergue la nécessité pour les membres du parti d’être à la « recherche de la vérité dans les faits ». Un concept défendu par Deng Xiaoping. Pour l’actuel président, l’héritage le plus important venant de ce dernier est « le socialisme aux caractéristiques chinoises ».

Cette expression lancée par l’ancien numéro un chinois Deng Xiaoping, a souvent été reprise par les présidents, notamment Jiang Zemin, qui dans son discours d’orientation, évoque le « socialisme aux caractéristiques chinoises ». Ce concept est devenue la base fondamentale de l’idéologie et du développement économique de la Chine.

A l’ouverture du XVe Congrès du PCC, en septembre 1997, Jiang Zemin avait assuré que « la Chine doit explorer de nouvelles voies et sortir des sentiers battus », défendant au passage l’héritage de Deng Xiaoping contre les tenants de l’orthodoxie maoïste (Sylviane Tramier, Le Devoir (Québec, Canada), 15 septembre 1997).

Pour l’historien chinois, Yang Jisheng, auteur de Stèles (Seuil, 2012), ouvrage sur la grande famine, « il n’y a aucun doute sur ce que signifie d’insister sur le socialisme aux caractéristiques chinoises », car l’objectif de Xi Jinping est de maintenir le parti unique.  Ce dernier a expliqué à Le Monde, que « c’est la position inchangée du parti de dire que toute réforme et tout développement, quels qu’ils soient, ne peuvent se faire que sous l’autorité du parti communiste chinois. »

« C’est une tactique éculée du PCC de prendre une notion universelle et d’y ajouter “à caractéristiques chinoises”, et ainsi de se dispenser de tout respect des normes internationales en arguant du particularisme de la Chine. L’utilisation du legs de Deng par Xi n’a qu’un but : renforcer le pouvoir du PCC. Ce fut la même chose pour les commémorations de Mao, tout ce qui est fait pour commémorer ces grands hommes l’est dans le but de légitimer le PCC et afin qu’il continue à se maintenir comme parti unique », a indiqué Yang Jisheng, au journaliste de Le Monde.

Les conservateurs et les libéraux, qui appellent à des réformes politiques revendiquent également de s’en inspirer. Un contraste qui s’explique par l’ambiguïté du personnage.

Affiche de Deng Xiaoping à Shenzhen

Affiche de Deng Xiaoping à Shenzhen

Deng Xiaoping a à la fois exécuté les purges sous Mao, installé des dirigeants politiquement libéraux comme Hu Yaobang et Zhao Ziyang, poussé la réflexion sur la séparation du parti et de l’état et évoqué la nécessité d’une instance de supervision du parti.

« Deng est assurément un grand homme, sa contribution à avoir mené la Chine de la pauvreté jusqu’à l’aisance est très importante pour un pays doté d’une population aussi grosse que la Chine, et sans lui, ces résultats n’auraient pas été atteints », explique l’intellectuel Mao Yushi sur Weibo.

« Mais chacun a des limites, et Deng aussi (…) Quand il a combattu au côté de Mao pour établir ce pouvoir [communiste], il n’avait aucune notion de ce qu’est un pays moderne. Qu’est-ce qu’un pays moderne ? C’est un pays dans lequel le peuple s’occupe des affaires publiques et choisit des gens pour le servir. Nous avons besoin de vrais politiciens qui travaillent pour le peuple, au lieu de diriger les gens. Deng n’avait pas ça dans sa tête, il a certes fait des choses réelles qui ont bénéficié au peuple, mais notez qu’il l’a fait avec l’argent du peuple, » cite Le Monde.

L’anniversaire de la naissance de Deng Xiaoping est également l’occasion pour les libéraux (représentés par le site Caixin, le groupe Nanfang, ou encore le magazine Caijing) d’évoquer Deng Xiaoping.

Hu Shuli, rédactrice en chef de Caixin, a évoqué la « meilleure manière d’honorer la mémoire de Deng Xiaoping », dans un édito daté du 21 août. Cette dernière a expliqué qu’au moment où « la Chine est confrontée au périlleux défi de lancer des réformes fondamentales afin de transformer son économie, sa société et son système politique, que devons nous faire pour honorer et même surpasser le legs de Deng ? », révèle Le Monde.

 Après avoir évoqué la dualité entre la droite et la gauche chinoise, passé par la trappe durant l’ère Deng, la rédactrice en chef a fustigé les « gauchistes » qui bloquent les « discussions sur l’allocation des capitaux publics, mais aussi la démocratisation des institutions de gouvernance locale, la réforme de la justice et la promotion de la supervision par le public de l’exercice du pouvoir, » révèle le quotidien français.

 Pour cette dernière, commémorer Deng Xiaoping passe par la poursuite de « la voie de la libération de la pensée et de la recherche de la vérité des faits [ouverte par Den Xiaoping]. Et pour le bien de son peuple à briser le mode de pensée fossilisé qui entrave le développement de systèmes démocratiques et l’Etat de droit. Seulement alors le pays pourra-t-il atteindre de nouveaux sommets à travers des réformes et l’ouverture. »,