Suite de l’interview de Nkolo Foé, professeur et chercheur en philosophie et sciences à l’Université de Yaoundé 1 et membre titulaire de l’Institut international de philosophie de Paris.

Présent lors de l’ouverture de l’Institut Chine-Afrique, quel a été votre impression durant la cérémonie d’ouverture ? D’après vous qu’apportera cet Institut à la coopération sino-africaine ?

Dans les milieux savants africains, je suis sans doute l’un de ceux qui attendaient avec impatience la création d’une telle structure, compte tenu du niveau de relations atteint avec la Chine. L’Institut Chine-Afrique répond au besoin de donner une assise scientifique et culturelle au partenariat stratégique entre la Chine et l’Afrique, pour une meilleure connaissance et compréhension mutuelles.

Les Instituts Confucius abattaient déjà un travail énorme dans ce sens, bien que ce cadre, qui met l’accent sur l’apprentissage du mandarin, donne parfois l’impression d’un échange à sens unique, dans la direction Chine-Afrique.

L’Institut Chine-Afrique vient équilibrer ces échanges, en se proposant d’assurer une transmission réciproque et une circulation horizontale des valeurs, des cultures et des expériences, en toute égalité. Voilà la raison pour laquelle je souhaite vivement l’installation sur le sol africain des démembrements et des centres de cet important institut qui doit se rapprocher le plus possible des populations africaines.

C’est que l’Institut Chine-Afrique doit refléter la symétrie des relations entre les deux civilisations. J’insiste sur ce point parce qu’avec l’Occident, l’Afrique a déjà l’expérience des structures de même nature, mais dont la vocation est totalement différente.

Par exemple, il est évident que l’Africa-America Institute fondé aux USA en 1953, et les fondations caritatives américaines (Ford, Rockefeller, Carnegie, etc., qui appuient financièrement et institutionnellement le développement des sciences sociales en Afrique, reflètent objectivement la nature asymétrique des relations entre l’Afrique et les pays du Nord.

C’est connu de tous : dès le début du XXe siècle, une fondation comme Rockefeller avait rapidement vu l’intérêt d’une éducation capable de soutenir l’expansion des politiques impérialistes des Etats-Unis.

Depuis bientôt un siècle, les Fondations américaines accordent un grand intérêt à l’hémisphère Sud (Global South), c’est-à-dire, ces régions que l’Europe et l’Amérique avaient l’ambition de dominer non plus par la colonisation directe, mais par un système d’impérialisme sans colonisation, au titre d’un « Empire informel ».

Depuis les travaux d’Andrew Gavin, nous savons que le projet impérial étatsunien a toujours impliqué la création d’une élite indigène corrompue et asservie aux intérêts étrangers. Le partenariat gagnant-gagnant nous éloigne de ces travers. Voilà pourquoi je salue l’avènement de l’Institut Chine-Afrique.

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