Le Royaume-Uni compte ouvrir l’accès à la citoyenneté britannique à certains habitants de Hong Kong qui, dans le contexte de crise politique actuelle, souhaiteraient s’éloigner durablement du territoire hongkongais. Cette annonce a provoqué la colère de la Chine

Les autorités britanniques veulent modifier le système de « passeport britannique d’outre-mer » connu sous le nom de BNO pour « British Nationals overseas ». Ce passeport était délivré aux Hongkongais avant la rétrocession de l’ex-colonie britannique à la Chine en 1997.

Actuellement, quelque 300.000 personnes possèdent ce passeport à Hong Kong mais, selon la BBC, le consulat britannique à Hong Kong estime que près de 3 millions de résidents supplémentaires entrent dans les conditions pour y prétendre, soit être né avant 1997. Pour l’heure, le BNO ne permet qu’un séjour de six mois au Royaume-Uni, mais cette limite pourrait être supprimée.

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le ministre des Affaires étrangères britannique, Dominic Raab, a expliqué que « si la Chine continue comme ça et met en œuvre cette législation sur la sécurité nationale, nous changerons les statuts, éliminerons la limite des six mois et permettrons aux détenteurs d’un passeport BNO de venir au Royaume-Uni pour y travailler et étudier pour des durées prolongées de douze mois, qui, elles-mêmes, ouvriraient la route à l’accès à une citoyenneté ».

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Une sorte de « porte de sortie légalisée » pour plusieurs millions d’ongkongais, qui a été très mal vue par les autorités chinoises. Zhao Lijian, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a évoqué d’éventuelles représailles envers le Royaume-Uni, et dénoncé l’ingérence du pays dans les affaires intérieures de la Chine0

Ce dernier a d’ailleurs déclaré que « si le Royaume-Uni insiste pour modifier unilatéralement les pratiques concernées, non seulement il ira à l’encontre de ses propres règles et de ses promesses, mais il violera également le droit international et les principes fondamentaux des relations internationales. Nous nous y opposons fermement et nous nous réservons le droit de prendre des contre-mesures correspondantes ».

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Le 27 mai, l’Assemblée nationale populaire a adopté une « loi sur la sécurité nationale » prise en réaction aux manifestations monstres et aux violences de l’an dernier dans l’ex-colonie britannique. Le but est de réprimer, sur le territoire de Hong Kong, toute action de séparatisme, de subversion ou les activités qualifiées de « terroristes » mais aussi ce qui pourrait être interprété comme de l’ingérence étrangère.

La loi adoptée par l’APN « provoque de nombreuses craintes », selon l’analyse d’Eric Florence, spécialiste de la Chine contemporaine, chercheur et chargé de cours à l’ULiège. « Si elle était promulguée directement, cela serait perçu comme un affront pour l’autonomie du système juridique hongkongais », a expliqué ce dernier.

Selon lui, « il faut savoir que la Chine elle-même a passé des lois sur la sécurité nationale sur son territoire et ce sont ces lois qui sont utilisées systématiquement pour la répression d’ONG, d’avocats ou de simples citoyens. Donc il y a une crainte très forte par rapport aux libertés publiques à Hong Kong, au maintien de ce qui défini véritablement Hong Kong et il y a une crainte aussi par rapport à d’éventuelles institutions qui seraient directement sous le contrôle du gouvernement central de Pékin ».

Outre le Royaume-Uni, les Etats-Unis aussi dénoncent une volonté de la Chine d’imposer cette loi à Hong Kong. Le statut particulier de cette région administrative spéciale rétrocédée à la Chine par les Britanniques en 1997, a été fait à condition que la Chine s’engage, dans le cadre d’un traité international, à préserver notamment le système capitaliste, une justice indépendante et la liberté d’expression pendant au moins 50 ans. Il s’agit du principe « un pays, deux systèmes ».

Deux professeurs d’universités, John Yoo, professeur de droit à l’Université de Californie à Berkley et Robert Delahunty, de l’Université de Saint Thomas à Minneapolis ont proposé de « permettre aux citoyens de Hong Kong d’émigrer en grand nombre aux Etats-Unis pourrait souligner les énormes différences entre la dictature du parti communiste chinois et les démocraties occidentales. Cela portrait un coup à la réputation de la Chine et permettrait au Etats-Unis d’obtenir une victoire morale. Cela s’inscrirait dans la grande tradition américaine qui consiste à accueillir sur nos terres libres ceux qui ont fui les tyrannies communistes en Hongrie, à Cuba et ailleurs ».

Dans leur article « Visas for Hong Kong », l’équipe éditoriale du Wall Street Journal évoque aussi la même idée, avec des mots tout aussi choisis, faisant d’abord référence à la volonté du président des Etats-Unis de réduire certains avantages commerciaux qui bénéficiaient à Hong Kong.

« Le président Trump a rendu publique sa réponse aux assauts qui visent l’autonomie de Hong Kong. […] Le problème c’est que cette punition tombera principalement sur les citoyens innocents de Hong Kong, plutôt que sur les coupables à Pékin. Une meilleure idée serait de donner aux citoyens de Hong Kong un couloir pour s’échapper vers l’Amérique ».

Sur le site Internet de Bloomberg,un édito intitulé « Trump devrait ouvrir les portes de l’Amérique aux citoyens de Hong Kong », précise que « le président Donald Trump devra bientôt faire des choix difficiles vis-à-vis de la Chine. Et même si permettre une immigration plus importante peut aller à l’encontre de son instinct, cela peut être la meilleure voie pour punir la Chine de ses actions à l’encontre de Hong Kong ».

Si, aux Etats-Unis, l’idée n’est qu’une suggestion dans la presse, en Grande-Bretagne, le ton est différent car le pays ne « détournera pas les yeux » des responsabilités de Hong Kong, selon le secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, Dominic Raab.

La Grande-Bretagne annonce le prolongement des droits de visa en réponse à la pression de la Chine pour imposer une nouvelle loi dans l’ancienne colonie britannique. « Si la Chine donne suite à cette législation sur la sécurité nationale … nous donnerons aux personnes qui détiennent des passeports BNO (passeports nationaux britanniques d’outre-mer) le droit de venir au Royaume-Uni », a-t-il déclaré la BBC.