D’après l’Agence France Presse, des centaines de policiers ont patrouillé ce 6 août dans l’un des quartiers d’affaires de la capitale afin d’empêcher une manifestation organisée par des victimes de pertes financières liées aux plateformes de prêts entre particuliers.

Plusieurs investisseurs mécontents ont fait part de leur colère vis-à-vis des pertes importantes qu’ils ont subit, ainsi que de l’insuffisance de la régulation des plateformes financières sur internet. Ces derniers avaient décidé de se réunir en masse pour attirer l’attention du gouvernement.

Venus de tout le pays, les pétitionnaires se sont organisés à travers des groupes de discussion très actifs sur les réseaux sociaux. Plus de 8.000 manifestants étaient attendus ce 6 août, selon un des participants.

Mais les autorités ont décidé d’arrêter les manifestants avant qu’ils ne commencent leur mobilisation. Ainsi plus d’une centaine d’autocars étaient stationnés autour du siège de l’autorité chinoise de régulation bancaire (CBRC), où la manifestation devait avoir lieu.

Plusieurs groupes de «pétitionnaires» ont été interpellés dans les rues et les parcs environnants par les forces armées. Ils ont par la suite été conduits dans des autocars sous escorte policière, en banlieue de Beijing.

Le sujet des fraudes financières sur internet est sensible pour le gouvernement, car le secteur des prêts entre particuliers («peer to peer», ou P2P) pèse quelque 195 milliards de dollars selon Bloomberg. Or ce marché est peu régulé, risqué et rongé par les fraudes.

Les jeunes, principales victimes des arnaques en ligne

Près 4.330 sociétés de prêts P2P ont déjà fait faillite, selon un chiffre cumulé actualisé en juin, présenté par le cabinet spécialisé Yingcan cité par Bloomberg. Ainsi, sur le seul mois de juillet, 164 firmes ont été identifiées comme des «plateformes problématiques», sur lesquelles les investisseurs ne pouvaient plus retirer leurs fonds, d’après la base de données spécialisée Wangdaizhijia.

Sur les vingt premiers jours de juillet 2018, 118 plateformes ont fermé leurs portes, selon un décompte du groupe Yingcan rapporté par Bloomberg, soit un nombre inédit depuis deux ans. Ces fermetures interviennent alors que le gouvernement accentue son contrôle sur la finance en ligne. Depuis  fin 2016, une campagne a été lancée contre les plateformes de prêts, dans le but d’assainir le secteur financier.

Malgré ces fermetures et le resserrement du marché du crédit a doucement commencé, l’autorité chinoise de régulation bancaire a averti les épargnants qu’ils devraient être prêts à perdre leur argent s’ils le plaçaient dans des produits à risque.

La finance en ligne a connu une expansion spectaculaire, progressant de 800 % entre fin 2014 et fin 2016. En effet, des millions de personnes contournent les banques traditionnelles pour se tourner vers des créditeurs en ligne et des sites de prêts entre particuliers.

Ainsi des plateformes, telles que Paipaidai, gèrent plus de deux millions d’emprunteurs et de créanciers. Mais de nombreuses fraudes sont venues ternir le tableau. Le secteur est mouvementé par des scandales retentissants, comme ces plateformes qui ont demandé à des étudiantes qu’elles fournissent des photos d’elles nues comme gages pour des prêts à hauts taux d’intérêt.

Face aux polémiques, le gouvernement a multiplié les mesures réglementaires visant à encadrer ce secteur, qui reste l’un des plus risqués et des plus opaques de la «finance de l’ombre». Avec notamment une série d’interdictions, comme celles de recevoir des dépôts, de vendre des produits de gestion d’actif, où de proposer des offres de garanties pour les prêteurs. Selon les analystes de China International Capital, d’ici 2021, il ne restera que 200 entreprises, soit environ 10 % des plateformes existantes.