Des parents ont refusé d’envoyer leur enfant à l’école lors de cette rentrée, en raison de l’imposition le 1er septembre de la langue putonghua (mandarin standard – chinois) dans l’enseignement aux dépens du mongol.

Cette nouvelle règle suscite un mouvement exceptionnel de protestation en Mongolie-intérieure, au nord de la Chine. Des vidéos publiées ces derniers jours sur les réseaux sociaux montrent des groupes de centaines d’étudiants d’origine mongole scandant des chants comme «Protégeons notre langue maternelle» face à la police.

Les mongols se mobilisent

La rentrée des classes est placée sous le signe d’une nouvelle politique linguistique dans cette région autonome de Mongolie intérieure, où les personnes d’ethnie mongole ne représentent plus que 16% de la population, à côté de la majorité han (ethnie majoritaire).

Toutes les écoles de Mongolie intérieur doivent désormais enseigner le mandarin dès le plus jeune âge, selon une directive publiée par le service régional de l’éducation. Dans toutes les classes de littérature, d’histoire et de morale ne seront plus enseignées en mongol.

La Mongolie intérieure suit une politique linguistique appliquée dans d’autres régions du pays habitées par des minorités ethniques, comme le Tibet et le Xinjiang (ouest de la Chine), et visant à propager l’usage du mandarin, la langue officielle du pays.

«Pratiquement tous les Mongols de Mongolie-intérieure sont opposés à ce nouveau programme d’enseignement», a déclaré un habitant à l’Agence France Presse. «Dans quelques décennies, notre langue risque de disparaître», a ajouté ce dernier.

Des centaines de de parents et d’élèves ont manifesté ce 2 septembre devant les forces de l’ordre. Les manifestations se sont déroulées dans l’ensemble de la Mongolie intérieure, selon des vidéos transmises à l’AFP par des habitants.

Grève et mobilisation dans toute la région

De plus, des milliers d’élèves font la grève des cours. De plus, de nombreux enseignants mongols ont organisé une grève, se joignant à un boycott qui aurait laissé les salles de classe vides au début du cours.

«Il y a au moins des dizaines de milliers de milliers de gens qui protestent dans toute la Mongolie-intérieure», a déclaré un autre habitant à l’AFP. «De nombreux parents protestent à l’extérieur des écoles, parfois par milliers, de même que l’ensemble de la population dans les rues», a expliqué ce dernier.

Interrogés, les services éducatifs de la région n’ont pas répondu aux questions de l’AFP, mais sur les réseaux sociaux, ils ont indiqué que la durée de l’enseignement en mongol n’était pas modifiée.

« Les manifestations se poursuivent toujours », a déclaré à l’agence de presse espagnol, EFE, Enghebatu Togochog, directeur de l’ONG Southern Mongolian Human Rights Information Center (SMHRIC), une organisation basée aux États-Unis qui se concentre sur les droits des habitants de la Mongolie intérieure.

Un couvre-feu a été imposé dans certaines villes de la région. L’ONG a également signalé que la fermeture du seul réseau social en langue mongole disponible en Chine, Bainuu, qui comptait environ 400 000 utilisateurs.

En Mongolie voisine, l’ancien président Tsakhiagiin Elbegdorj a fait part de son soutien son compte Twitter officiel: « nous devons soutenir les Mongols qui luttent pour protéger leur langue maternelle et leur alphabet en Chine. Le droit d’apprendre et d’utiliser la langue maternelle est un droit inaliénable pour tous. En la défendant, la Chine sera une puissance respectable et responsable ».

Le putonghua pour une meilleure intégration

Dans la région autonome, les familles ethniques mongoles peuvent envoyer leurs enfants étudier dans des écoles où les cours sont dispensés dans leur langue maternelle, ou dans des écoles où les cours sont dispensés en mandarin.

Or, cette année certains cours de «langage franc» chinois commenceront à être dispensés dans les écoles mongoles.

Le plan établit que le premier de ces sujets sera la littérature, tandis que dans les deux prochaines années, ils seront étendus à l’histoire et à l’éthique. Les autres matières pourront continuer à être enseigné en mongol.

Le gouvernement de la région a publié une déclaration dans laquelle il défend que l’imposition du mandarin dans certaines matières est « bénéfique » pour l’intégration des locuteurs de langues minoritaires dans la société, pour leur insertion sur le marché du travail et pour qu’ils « acceptent connaissances scientifiques et culturelles modernes ».

En outre, l’exécutif régional a souligné que la Mongolie intérieure ne sera pas la seule région de Chine à appliquer des mesures linguistiques de ce type, qui régiront également les écoles pour les minorités ethniques dans les provinces de Gansu, Jilin, Liaoning, Qinghai et Sichuan.

La Chine abrite le plus grand nombre de mongols de souche au monde, environ 6 millions, soit près du double de la population totale de la Mongolie voisine. Depuis les années 1950, la Chine a autorisé ses minorités ethniques à créer des écoles dans leur langue.

Toutefois, la Chine tente depuis plusieurs années de promouvoir l’adoption à l’échelle nationale du mandarin, ce que certaines ONG dénoncent comme une tentative supprimer l’identité des habitants n’appartenant pas au groupe ethnique majoritaire, les Han.