Les Philippines se félicitent de la décision du tribunal, appelant tout de même à l’apaisement et au dialogue. Tandis que Beijing a réitéré sa position souverainiste en mer de Chine méridionale.

Washington est ravie d’une telle décision, qui entache la stratégie de soft-power de la Chine, d’autant plus que des hauts dirigeants militaires sont prêts à prendre les armes pour défendre la souveraineté nationale.

Les Philippines contentes mais tempérées

Dans un communiqué publié par l’agence de presse philippines (PIA), le ministre des affaires étrangères, Perfecto Yasay, s’est félicité de « la sentence par le tribunal arbitral constitué par la Cour permanente d’arbitrage, en vertu de l’annexe VII de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS) de 1982 sur la procédure d’arbitrage initiée par les Philippines au sujet de la mer de Chine méridionale ».

CPA communiquéCe dernier a indiqué que « nos experts étudient avec soin et minutie l’impact de ce résultat arbitral. En attendant, nous demandons à toutes les parties concernées à faire preuve de retenue et de sobriété ».

« Les Philippines affirment fortement son respect pour cette décision historique comme une contribution importante aux efforts en cours à régler les différends en mer de Chine du Sud. La décision confirme le droit international », a ajouté Perfecto Yasay.

Le ministre a réitéré « son engagement constant aux efforts visant à poursuivre la résolution et la gestion pacifique des différends en vue de promouvoir et de renforcer la paix et la stabilité dans la région ».

Cependant, le porte-parole du ministère de la défense nationale, Yang Yujun, a déclaré que l’armée protégerait résolument la souveraineté et la sécurité nationales, les droits et les intérêts maritimes du pays et traiterait les menaces et défis.

Ce dernier a commenté lors d’une conférence de presse la décision de la CPA : « la position du gouvernement chinois sur l’arbitrage concernant la mer de Chine méridionale lancé par les Philippines est cohérente et claire ».

Beijing réitère sa position

Le président Xi Jinping a déclaré que la Chine n’accepterait aucune proposition ou action basée sur la décision du tribunal arbitral sur la question de la mer de Chine méridionale, d’après l’agence de presse Xinhua.

De son côté, le ministre des affaires étrangères, Wang Yi, a affirmé que « la Chine ne l’accepte ni ne la reconnaît ». Pour ce dernier, « l’arbitrage sur la mer de Chine méridionale, unilatéralement lancé par les Philippines, est une farce politique faite sous le prétexte de la loi ».

Wang Yi a indiqué que « la souveraineté territoriale et les droits et intérêts maritimes de la Chine en mer de Chine méridionale ne seront en aucun cas affectés par ces décisions. La Chine s’oppose aux revendications ou actions de quelque nature que ce soit basées sur ces décisions et ne les acceptera jamais ».

Le gouvernement a publié un communiqué dans lequel il affirme que la Chine possède « la souveraineté sur les Nanhai Zhudao, composant les Dongsha Qundao, les Xisha Qundao, les Zhongsha Qundao et les Nansha Qundao » ; des « eaux intérieures, une mer territoriale et une zone contiguë basées sur les Nanhai Zhudao » ; « une zone économique exclusive et un plateau continental basés sur les Nanhai Zhudao » ; et « des droits historiques en mer de Chine méridionale ».

Pour Washington, « le rejet par une Cour d’arbitrage de La Haye des prétentions territoriales de Pékin sur la mer de Chine méridionale est une importante contribution à une solution concernant les disputes de souveraineté dans la région ».

Washington jubile

Mer de Chine méridionale 9 points

Mer de Chine méridionale avec la délimitation en 9 points, base de la revendication chinoise

Le Département d’Etat américain a indiqué dans un communiqué cité par l’Agence France Presse que « le tribunal – une instance appuyée par l’ONU – a estimé que la Chine n’avait pas de droits historiques, un jugement que Washington considère final et contraignant mais que Pékin a immédiatement rejeté ».

Le porte-parole du Département d’Etat, John Kirby, a souligné devant la presse que « la décision du tribunal est finale et légalement contraignante pour la Chine et les Philippines« , demandant aux deux pays d’éviter des déclarations ou des actions provocatrices.

Interrogé par Al-Jazeera, Karl Friedhoff, expert des affaires asiatiques au Chicago Council on Global Affairs, a expliqué que si Beijing engage des manœuvres militaires, elle va saper son image et sa stratégie de soft-power, pour laquelle elle « a travaillé si dur ».  

« Même si Pékin ne tient pas compte de la décision du tribunal, il est significatif que ce sera la 1ère fois qu’une contestation judiciaire a été intentée contre la Chine » dans ce type de conflit, a indiqué ce dernier.

Alexander Yano, ancien diplomate et haut commandant militaire aux Philippines, a indiqué à Al Jazeera que la Chine insiste sur le fait qu’elle ne se soucie pas de la décision du tribunal, pourtant « ses actions révèlent clairement qu’elle est préoccupée par son image ».

De son côté, Chen Xiangmiao, chercheur assistant à l’Institut national de la mer de Chine méridionale études, a indiqué, au Washington Post, être « totalement surpris » par la décision, en particulier sur la ligne des 9 points.

« Sans cette base, la Chine a moins de territoire. Cependant, il est difficile de dire à quel point la décision freinera la Chine, étant donné la réaction du gouvernement chinois« , a indiqué ce dernier.