La Corée du Sud et la Chine célèbreront le 24 août les 30 ans de leurs relations diplomatiques avec des événements qui auront lieu dans leurs capitales respectives. Ces célébrations auront lieu dans un contexte de tension extrême entre la Chine et les États-Unis.

A la suite de la fin de la guerre froide, la Chine et la Corée du sud ont établi des relations diplomatiques le 24 août 1992 après une hostilité réciproque depuis la guerre de Corée (1950-1953).

Leurs objectifs politiques et économiques respectifs se rejoignaient alors que le gouvernement Roh Tae-woo mettait en œuvre une diplomatie du Nord, permettant à la Corée du Sud d’instaurer des liens diplomatiques avec les alliés traditionnels de Pyongyang, y compris l’ex-Union soviétique et la Chine. A cette époque, Deng Xiaoping tentait de sortir la Chine de son isolement diplomatique après les manifestations de la place Tian’anmen en 1989.

Les échanges commerciaux entre la Chine et la Corée du sud ont été multipliés par 47 au cours de 30 dernières années en passant de 6,4 milliards de dollars en 1992 à 301,5 milliards de dollars en 2021.

La Chine est devenue le premier partenaire commercial de la Corée du Sud alors que les échanges commerciaux bilatéraux ont représenté 24% du commerce extérieur sud-coréen l’année dernière. « C’est grâce à ses échanges avec la Chine que la Corée du Sud a dégagé 80% de son excédent commercial annuel », a indiqué l’agence de presse Yonhap.

La Chine et la Corée du sud ont élevé à un haut niveau leur coopération dès 1998, permettant par la suite un partenariat global en 2003 et un partenariat stratégique en 2008. Toutefois, « l’exacerbation de la rivalité sino-américaine oblige les deux pays à redéfinir leurs relations bilatérales dans un contexte où la Chine cherche à faire prévaloir ses intérêts clés dans la région Asie-Pacifique », selon Yonhap.

Les tensions entre Pékin et Washington ont freiné la coopération entre la Chine et la Corée du sud. Or « si le mécanisme de prévention des conflits fonctionnait normalement, la diplomatie sud-coréenne aurait une marge de manœuvre. De nombreux observateurs estiment cependant que la situation actuelle va dans le sens opposé. Plus les liens Washington-Pékin se détériorent, plus les deux pays exercent des pressions sur Séoul qui se trouve à la croisée des chemins dans les domaines aussi bien sécuritaire et qu’économique », a assuré l’agence de presse sud-coréenne.

Pour les médias de Corée du sud, la Chine a ne double stratégie vis-à-vis de Séoul. D’une part, la Chine se montre intransigeant sur une éventuelle atteinte à sa sécurité nationale dans un contexte de conflit stratégique avec Washington, « même si cela relève de la question sécuritaire de la Corée du Sud ».

En effet, la Chine exige que Séoul limite le fonctionnement du système de défense antimissile américain THAAD, tout en maintenant le principe des «trois non» : pas de déploiement supplémentaire du THAAD en Corée du Sud, pas de participation à un réseau de défense antimissile dirigé par les Etats-Unis et pas d’implication dans une alliance militaire trilatérale avec le Japon.

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La Corée du sud a récemment rejeté cet appel en soulignant que le THAAD est un outil d’autodéfense contre les menaces nucléaires et balistiques de la Corée du Nord et également une question de souveraineté. De ce fait, son déploiement ne peut pas faire l’objet de négociations.

D’autre part, la Chine cherche à intensifier ses relations économiques avec la Corée du Sud dans le but de consolider la coopération bilatérale dans le domaine des semi-conducteurs, alors que les Etats-Unis veulent l’exclure de la chaîne d’approvisionnement en semi-conducteurs.

Dans un tel contexte, Séoul fait face ainsi à de multiplies défis. Allié des États-Unis, la Corée du Sud « doit se préparer au changement que l’émergence de la Chine entraînera dans l’ordre international, tout en travaillant avec son voisin communiste sur les questions économiques et nord-coréennes », a assuré Yonhap.

Kim Han-kwon, professeur de Académie diplomatique nationale de Corée (KNDA), a expliqué à l’agence de presse sud-coréenne qu’un processus visant à trouver un consensus au sein de la société coréenne est nécessaire, afin de trouver les moyens de faire face à la rivalité sino-américaine.

«Ensuite, nous devons accroître nos capacités de diplomatie multilatérale, afin de former un front commun avec les pays partageant notre position sur chaque question», a-t-il déclaré en notant que la Chine n’a pas pu remettre en cause ouvertement l’adhésion de la Corée du Sud au Cadre économique de l’Indo-Pacifique (IPEF) et sa participation au sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan) puisque la Corée du Sud était avec des pays ayant les mêmes avis.