La Chine a augmenté sa production de charbon, après avoir dû faire face à la canicule cet été, à une pénurie d’énergie et à une hausse des prix du gaz et du pétrole.

Le président Xi Jinping s’était engagé à réduire le recours au charbon à partir de 2026 dans le cadre d’une série d’engagements visant à réduire les émissions chinoises de CO2 avant 2030 et à atteindre la neutralité carbone en 2060.

Premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, la Chine a diminué au cours de quatre trimestres consécutifs ses émissions de CO2 en raison du ralentissement de sa croissance économique, selon une étude publiée en septembre par l’observatoire du climat Carbon Brief.

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Cependant, pour relancer l’économie chinoise, les autorités s’appuient sur une augmentation de la production de charbon, une source d’énergie particulièrement nocive pour le climat.

La production de charbon brut de la Chine a enregistré une expansion rapide en juillet, selon les données officielles. La Chine a produit 370 millions de tonnes de charbon brut le mois dernier, soit une hausse de 16,1% en glissement annuel. Selon le Bureau d’État des statistiques, la croissance en juillet était supérieure de 0,8 point de pourcentage à celle du mois précédent.

Entre janvier et juillet 2022, la production était en hausse de 11,5% en base annuelle pour atteindre 2,56 milliards de tonnes. Alors que les importations de charbon de la Chine ont atteint 138,52 millions de tonnes sur la même période, soit une baisse de 18,2% en glissement annuel.

Cette politique de soutien à ce secteur énergétique, qui représente la majeure partie de sa production d’électricité, inquiète les experts qui craignent que cela ralentisse la transition vers un plus grand recours aux énergies renouvelables.

L’automne dernier, redoutant une pénurie énergétique, les autorités ont enjoint aux producteurs de charbon d’accroître, en 2022, leur capacité d’extraction de 300 millions de tonnes, soit l’équivalent d’un mois de plus de production de charbon pour le pays.

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Au premier trimestre 2022, les autorités chinoises ont autorisé l’ouverture de mines à charbon, pour une capacité totale de 8,63 gigawatts, selon Greenpeace. C’est déjà presque la moitié de la capacité approuvée sur l’ensemble de l’année 2021.

Or ces dernières semaines, en raison de chaleurs extrêmes, de plus grandes quantités de charbon ont été brûlées et extraites pour faire fonctionner les climatiseurs et compenser la baisse de production des barrages hydrauliques en raison de l’assèchement des cours d’eau.

La situation est devenue si critique que le Premier ministre Li Keqiang a appelé à « augmenter autant que possible les capacités de production de charbon et à mettre en place un approvisionnement à long terme en charbon ».

Selon l’organisme indépendant Climate Action Tracker, même les objectifs climatiques « les plus contraignants » fixés par la Chine en matière de lutte contre le réchauffement conduirait à un réchauffement planétaire de 3 à 4°C avant la fin du siècle, soit bien au-delà de l’objectif de l’accord de Paris visant à limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C.

Pour atteindre son objectif de neutralité carbone, la Chine devra « réduire ses émissions le plus tôt possible et bien avant 2030 » et « diminuer la consommation de charbon et d’autres combustibles fossiles à un rythme beaucoup plus rapide que prévu ».

La Chine reste dépendante du charbon, car son réseau électrique ne permet pas le transport de l’énergie excédentaire d’une région à l’autre. De fait, le charbon et le gaz permettent de disposer d’une source d’énergie immédiate et sont « le seul moyen pour les autorités locales d’éviter des pénuries d’électricité », a écrit le chercheur Lauri Myllyvirta dans un rapport de Carbon Brief.

Cependant, la Chine a fait de réels progrès en matière d’énergies renouvelables. La capacité solaire opérationnelle du pays représente près de la moitié du total mondial, selon l’ONG Global Energy Monitor (GEM), basée à San Francisco.

Mais l’énergie éolienne ou solaire ne peuvent pas être conservés et utilisés en fonction des besoins, contrairement au charbon et au gaz. De fait, les énergies fossiles représentent une certaine sécurité pour les autorités locales.

Or « construire plus d’installations au charbon signifie que l’on se concentre moins sur la résolution des problèmes de réseau », a expliqué à l’Agence France Presse, Lauri Myllyvirta, qui craint que cela ne pousse les propriétaires de centrales à « ralentir la transition car ils auront intérêt à utiliser leurs tout nouveaux actifs ».

Toutefois, le gouvernement central veut « éviter les pannes d’électricité à grande échelle, telles que celles qui ont touché les provinces du nord-est l’hiver dernier, en cette année politiquement cruciale pour M. Xi », a indiqué Byford Tsang, conseiller politique principal du groupe de réflexion sur le climat E3G.

Byford Tsang a estimé que la flambée des prix de l’énergie dans le monde, en raison de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, a aussi contraint la Chine à renforcer sa production nationale de charbon. Cette dernière a mit en exergue la baisse de 17,5% des importations de charbon au cours du premier semestre 2022 par rapport à 2021.

« Plus la Chine mise sur le charbon maintenant, plus il devient difficile de financer et de réaliser des projets d’énergie renouvelable plus tard », a expliqué à l’AFP, Wu Jinghan, chef de projet climat et énergie pour Greenpeace en Asie de l’Est.