Le président élu des Etats-Unis Donald Trump a parlé au téléphone avec la présidente de Taïwan Tsai Ing-wen. Un geste faisant réagir la Maison-Blanche qui a réaffirmé son soutien à « une seule Chine ». De son côté, Beijing a minimisé cet appel.

Certains observateurs ont estimé que la conversation téléphonique entre Donald Trump et Tsai Ing-wen est « une rupture spectaculaire avec 40 ans de tradition diplomatique avec Beijing et Taipei ».

Depuis les années 1970, Washington respecte la politique d’« une seule Chine« , reconnaissant la République Populaire de Chine et rompant de facto tout échange diplomatique avec la République de Chine. Cependant, les Etats-Unis fournissent des armes à la « province rebelle ».

D’après la Maison Blanche, Donald Trump et Tsai Ing-wen « ont pris note des liens étroits en matière économique, politique et de sécurité entre Taïwan et les Etats-Unis ». La présidente taïwanaise, élue en mai, et le président américain élu le 8 novembre et qui prêtera serment le 20 janvier, se sont mutuellement « félicités », a ajouté le communiqué.

Côté Taïwan, le chef du conseil de sécurité nationale, Joseph Wu, et le ministre des affaires étrangères de Taiwan, David Lee, ont indiqué que la présidente a prit l’appel du président-élu américain et ont partagé leur point de vue sur « la promotion du développement économique national et le renforcement de la défense nationale afin que les citoyens puissent jouir de meilleures vies et de la sécurité ».

trump-tsai-02122016Face aux critiques Donald Trump s’est justifié sur Twitter assurant qu’il avait été contacté par la présidente taïwanaise.

En réaction, un porte-parole de Tsai Ing-wen a pour sa part assuré : « Bien sûr, les deux parties se sont entendues au préalable avant de prendre contact ». De son côté la Maison Blanche a tenu à montrer patte blanche, « il n’y a aucun changement dans notre politique de longue date », a indiqué Emily Horne, porte-parole du conseil de sécurité nationale.

Certains experts en relations internationales, interrogés par TaipeiTimes, ont évoqué le manque de canal de communication entre Taïwan et les États-Unis et que les communications bilatérales devaient être effectuées par l’intermédiaire de l’Institut américain de Taiwan, du Département d’État des États-Unis et du Conseil national de sécurité des États-Unis.

L’appel entre Donald Trump et Tsai Ing-wen pourrait avoir des conséquences néfastes, mais « si la conversation téléphonique entre (eux, ndlr) pourrait favoriser l’établissement d’un canal de communication direct entre les deux parties, les malentendus seraient réduits, profitant ainsi à la relation, ont indiqué les experts », écrit le quotidien de Taipei.

D’ailleurs, Stephen Yates, ancien conseiller adjoint de la sécurité auprès de l’ex vice-président américain, Dick Cheney, est à Taïwan actuellement. Il devrait, selon les médias taïwanais et américains, rencontrer la présidente, le ministre des Affaires étrangères et le secrétaire général du Conseil de sécurité nationale.

Beijing tempère

L’appel téléphonique entre la présidente taïwanaise et le président élu américain Donald Trump est « une manœuvre manigancée par Taïwan qui n’ébranlera pas le consensus international sur une seule Chine », a commenté pour sa part le ministre des affaires étrangères, Wang Yi.

Rencontre entre Wang Yi et John Kerry, secrétaire d'Etat américain, fin janvier 2016 2016

Rencontre entre Wang Yi et John Kerry, secrétaire d’Etat américain, fin janvier 2016

« Ce n’est qu’une basse manœuvre de Taïwan, cela ne peut tout simplement pas modifier le cadre d’une seule Chine, déjà intégré par la communauté internationale », a indiqué le ministre, lors d’un forum diplomatique diffusé sur Phoenix TV.

D’ailleurs, « je ne pense pas que (cet appel) modifiera la politique d’une ‘seule Chine’ que le gouvernement américain a soigneusement appliquée au fil des années », a poursuivi ce dernier.

Ce principe d’une seule Chine unique est indispensable au développement des relations diplomatiques sino-américaines, et « nous ne souhaitons pas que quoi que ce soit vienne altérer ou dissoudre ce fondement politique », a-t-il insisté.

Toutefois, Washington possède une loi spécifique définissant ses relations avec Taïwan et s’engageant à assurer la sécurité de l’île, notamment en fournissant des armes et équipements militaires à Taipei, au grand damne de Beijing.

D’ailleurs, cette dernière a assuré par la voix de Geng Shuang, porte-parole du ministère des affaires étrangères, que « la Chine est fermement opposée à toute forme de relation officielle et militaire entre les Etats-Unis et Taïwan. Notre position est consistante et claire ».

Les sites internet des médias chinois n’ont pas évoqué cet entretien téléphonique, préférant consacrer les manchettes et une à l’entretien de vendredi entre Xi Jinping et l’ancien diplomate américain, Henry Kissinger, « vieil ami de la Chine ».

« Dr. Kissinger, votre visite tombe à pic ! Nous sommes impatients de connaître vos vues sur l’évolution des relations sino-américaines (…) C’est une période de transition », a déclaré Xi Jinping à ce dernier.  Or ce dernier a rencontré Donald Trump à plusieurs reprises afin d’échanger sur la Chine.