Les « enfants noirs » ou « enfants fantômes » sont des enfants nés en violation de la politique de l’enfant unique. Sans existence légale, ils ne peuvent pas bénéficier des services de l’État. Mais face à la pression démographique, le gouvernement a décidé de leur octroyer le « hukou », document indispensable pour une citoyenneté normale en Chine.

Jamais officiellement recensés, les 13 millions d’enfants concernés représentent près de 1% de la population chinoise. Appelés « enfants noirs » (heihaizi en mandarin), parce que la couleur noire est signe d’illégalité, ils ne possèdent pas de permis de résidence permanente (hukou). Ce document est attribué à chaque citoyen, lui donnant accès à l’école, au lycée, au travail, au mariage, au médecin, aux hôpitaux, à tous les services publics.

Parmi les 13 millions d’enfants noirs, beaucoup ont été abandonnés, d’autres ont eu des parents qui ont payé la « taxe de maintenance sociale« , et d’autres vivent dans l’ombre, sans existence administrative.

Une amende lourde à payer

Durant les 35 années de politique de l’enfant unique, les parents vivant dans les régions urbaines ne pouvaient avoir qu’un enfant, tandis que ceux des régions rurales pouvaient en avoir deux, si le premier est une fille. Mais, les couples, ayant plus d’enfants que la loi ne l’autorise, sont passibles de sanctions, y compris de lourdes « amendes« , allant jusqu’à 6 fois le revenu annuel moyen disponible par habitant calculé pour leur ville ou district de grandes provinces ou mégapoles.

Et dans les régions rurales, ils peuvent verser jusqu’à 6 fois le revenu net moyen par habitant calculé dans leur canton. En 2013, l’histoire de Liu Fei, âgée de 41 ans, fait scandale dans les médias occidentaux. Cette dernière doit verser au planning familial une amende de 330’000 yuans (40’000€), soit  14 années de salaire, pour avoir eu un second enfant. Cette dernière ayant enfreint la réglementation sur l’enfant unique, elle a dû s’acquitter de la taxe.

Ouvrière, Liu Fei reçoit un salaire mensuel de 2’000 yuans (300 euros), ce qui ne lui permet pas de payer l’amende, infligée en 2011. « Lorsque j’ai vu l’amende, j’ai pensé que cela n’était pas possible« , a raconté Liu à l’Agence France Presse. « Je n’avais pas imaginé que l’amende pouvait être aussi élevée. Si j’avais su, je n’aurais jamais donné naissance » à cet enfant.

Son deuxième fils, Xiaojie, n’a pas d’identité officielle, car les services de l’état civil ont refusé de lui délivrer son livret de famille (nom également donné au hukou). Le petit garçon est scolarisé dans une école primaire où il n’a pas eu à présenter son hukou. Pour les services de l’état civil, Xiaojie est le troisième enfant de Liu Fei. Cette dernière a déjà eu une petite fille d’un premier mariage et son second mari est, lui, père d’un petit garçon.

Des droits octroyés après 35 ans

Fin octobre 2015, le Conseil d’État annonce la fin de la politique de l’enfant unique. Depuis le 1er janvier 2016, tous les couples sont autorisés à avoir deux enfants, quelle que soit leur situation. Cette mesure a été suivi par la promesse du gouvernement de « résoudre pleinement le problème d’enregistrement du hukou pour les personnes non enregistrées ». Ainsi, le Conseil d’État a décidé de permettre à ces « enfants noirs » d’acquérir le fameux hukou et donc d’une protection santé et d’un accès à l’éducation.

Dans un communiqué de presse, le gouvernement a expliqué que « s’enregistrer légalement pour obtenir un hukou est un droit fondamental que la loi confère aux citoyens. C’est une condition préalable pour que les citoyens puissent participer aux activités sociales, bénéficier de droits et remplir leurs obligations ».

Désormais, « la politique de limitation des naissances sera déconnectée de l’enregistrement pour le hukou« . Pour Yuan Xin, expert en démographie à l’Université de Nankai à Tianjin, interrogé par le China Daily, « la nouvelle initiative sera beaucoup mieux reçu parmi le peuple chinois que l’assouplissement de la politique précédente et aidera à stimuler l’offre de main-d’œuvre de la Chine sur le long terme ».

Bien que le gouvernement s’est déjà engagé en 2013 à réformer le système, cela n’a pas eu les effets escomptés, car les autorités locales n’auraient pas appliquer les mesures du pouvoir central. D’ailleurs, la nouvelle mesure va prendre du temps, car les province, préfecture, contés devront enregistrer les millions d’enfants « fantômes ». Mu Guangzong, démographe à l’Université de Peking, a souligné dans les médias que « la Chine devrait cesser de limiter la taille de la famille, et mettre en œuvre immédiatement une initiative de revitalisation de la population pour encourager la reproduction ».