Le président et secrétaire général du PCC, Xi Jinping va rencontrer le président taïwanais, Ma Ying-Jeou (KMT), à Singapour samedi 7 novembre pour la première fois depuis la fin de la guerre civile en 1949. Aucun accord, ni communiqué conjoint ne seront publiés à l’issue de cette rencontre historique.

Alors que Xi Jinping n’a pas commenté sa prochaine rencontre avec son homologue taïwanais, ce dernier a indiqué lors d’une conférence de presse, le 5 novembre, que « sa rencontre avec Xi Jinping n’avait pas pour objectif de renforcer sa stature personnelle après son départ de la présidence en mai 2016, ni de sauver la campagne électorale du Kuomintang en vue de l’élection présidentielle de janvier 2016″.

« Mais qu’au contraire, qu’elle était conçue pour le bien de la prochaine génération », selon Taïwan Infos. Zhang Zhijun, directeur du Bureau de Travail du Comité central du PCC pour les affaires de Taïwan et du Bureau du Conseil des Affaires d’Etat pour les Affaires de Taïwan, a indiqué que les deux parties « échangeront leurs points de vue sur la promotion du développement pacifique des relations entre les deux rives du détroit de Taiwan« .

« Assurer la paix de part et d’autre du détroit »

Zhang Zhijun a expliqué, dans la dépêche de l’agence de presse Xinhua, que « les départements concernés issus des deux parties ont décidé, à travers leurs consultations, que cette rencontre serait effectuée au nom des dirigeants de la partie continentale de la Chine et de Taiwan« .

Les présidents taïwanais, Ma Ying-jeou et chinois, Xi jinping

Les présidents taïwanais, Ma Ying-jeou et chinois, Xi jinping

Il s’agit principalement d’un « arrangement pragmatique, conforme au principe d’une seule Chine appliqué à un moment où les différends politiques entre les deux rives ne sont pas résolus ». De son côté, le porte-parole du président taïwanais, Charles Chen, a expliqué que « l’objectif de la visite du président Ma est d’assurer la paix de part et d’autre du détroit et de maintenir le statu quo dans le détroit« .

Le président de la République de Chine a lui préféré mettre l’accent sur « la dimension historique de cette rencontre, et constaté trois de ses caractéristiques inédites » : la 1ère rencontre entre les dirigeants des deux rives ; le premier contact entre deux hauts dirigeants étatiques depuis 66 ans ; et la rencontre a lieu sur le territoire d’un Etat tiers.

Pour les dirigeants européens, cette rencontre est un « pas prometteur dans la bonne direction et nous attendons d’en savoir plus sur les sujets qui seront abordés lors de cette rencontre », a déclaré Maja Kocijancic, la porte-parole du Service d’action extérieure de l’Union européenne.

A Washington, le dialogue est vu « comme potentiellement constructif ». La porte-parole du département d’Etat américain, Elizabeth Trudeau, a souligné que « les bénéfices qu’une relation stable et positive a apportés aux deux rives du détroit de Taiwan, aux Etats-Unis, et à la région, sont énormes. Nous encourageons les autorités à Pékin et à Taipei à poursuivre leur dialogue constructif sur la base de la dignité et du respect ». D’autant qu’un destroyer américain a navigué non loin des deux îles artificielles chinoises dans l’archipel Spratly. L’objectif est de rassurer ses alliées, mais également de défier Beijing, en conflit avec ses voisins dans la zone.

S’allier à la Chine pour gagner les élections

Interrogé par France 24, Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), explique que ce sommet marque surtout la volonté de la Chine d’aider le Kuomintang au prochaine élection présidentielle de janvier 2016.

« L’image du parti s’est dégradée ces dernières années et Pékin considère qu’il doit soutenir pleinement Eric Chu Li-luan« , a affirmé Jean-Vincent Brisset. Pour qui “le KMT essaie de faire en sorte que l’amélioration des relations avec Pékin recueille un certain consensus à Taïwan ».

D’ailleurs, le président Xi Jinping avait rencontré en mai, Eric Chu Li-luan président du Guomindang. Cette rencontre avait été la première en sept ans, organisée dans un contexte régional tendu, car le parti nationaliste de Sun Yat-sen et de Tchang Kaï-chek, qui était hier l’ennemi juré du PCC, est aujourd’hui un fervent partisan du rapprochement avec la Chine continentale.

Eric Chu Li Luan, président du KMT

Eric Chu Li Luan, président du KMT

Après avoir perdu les élections en 2000, puis reconquis le pouvoir en 2008, Eric Chu Li-luan risque à nouveau de perdre les élections au profit du Parti démocrate progressiste (DDP), plus favorable à l’indépendance de l’île. Raison pour laquelle, Beijing a décidé de peser lors des élections pour son ancien ennemi. Les autorités continentales rappellent, via leurs médias, l’unité de la Chine : un pays, deux systèmes, rejetant des expressions telles que « un pays de part et d’autre du détroit », ou « la Chine et Taïwan », d’après Jeune Afrique.

Le secrétaire général du PCC et président de la RPC, Xi Jinping avait d’ailleurs estimé le 4 mai que « les deux parties peuvent se consulter sur la base de l’égalité et sous le principe d’une seule Chine, et aboutir à un arrangement raisonnable ». Cette déclaration visait à conforter le KMT et convaincre la population que les autorités de Beijing sont plus enclin à travailler avec le président du Kuomintang, qu’avec le PDP. D’ailleurs, selon la BBC à Taipei, « le vote (du, ndlr) parti, KMT, est un vote pour des relations stables avec la Chine ».

D’autant qu’Eric Chu Li-luan serait « la meilleure chance de le KMT pour vaincre le candidat du pro-indépendance parti d’opposition. En conséquence, il est aussi le meilleur espoir pour Pékin de maintenir les liens instaurées ces sept dernières années ».