D’après la Fondation pour la protection des filles de Beijing, 443 cas d’agression sexuelle, impliquant 778 victimes, ont été signalés en Chine l’an dernier, soit une augmentation de 27,4% par rapport à 2015.

La plupart des victimes étaient des filles et des garçons âgés de 12 à 14 ans, qui représentaient 58% des cas signalés. 16% des agressions ont concerné des enfants de moins de 7 ans, dont la plus jeune avait moins de deux ans. Sur les 778 enfants impliqués, 719 étaient des filles, a indiqué le rapport de la Fondation.

Dans sa 4ème enquête annuelle sur les agressions sexuelles contre des enfants, la Fondation pour la protection des filles de Beijing a souligné que la plupart des agressions se produisaient dans les zones rurales.

Ainsi, pour la 1ère fois depuis 2013, le nombre de cas de violence sexuelle contre les enfants dans les zones rurales a dépassé celui des zones urbaines, 329 des 433 incidents sont survenus dans les campagnes.

Toutefois, la fondation a averti que le total réel pourrait être beaucoup plus élevé, car la plupart des cas n’ont pas été signalés.

« Le public et les médias ont accordé plus d’attention à l’abus sexuel des enfants ces dernières années, mais il est encore loin d’être suffisant« , a déclaré le fondateur de la fondation Sun Xuemei, lors de la présentation du rapport, le 2 mars. « Le nombre élevé de ces trois dernières années montre à quel point la situation est grave« , d’autant que « seulement une infime fraction ont été signalés« .

Ainsi, « seul 1 cas sur 7 d’abus sexuels d’enfants est signalé en Chine … et les enseignants sont parmi les pires contrevenants« , a indiqué Sun Xuemai.

Beaucoup d’enfants « laissés derrière » dans les zones rurales sont victimes de prédateurs sexuels, en raison de l’absence des parents, d’une tutelle inappropriée, mais aussi un manque d’éducation sexuel et de gestes d’autodéfense dans les écoles et au sein de la communauté.

D’après le rapport, près de 61 millions d’enfants sont laissés à la campagne tandis que leurs parents travaillent dans les zones urbaines. Or 70% des agressions ont été commises par des personnes que les enfants connaissaient, y compris des enseignants et des tuteurs, des voisins, des parents, des amis de la famille et même des membres de la famille.

Le rapport a indiqué que 300 affaires d’agression concernaient des personnes connues des enfants, dont leurs enseignants (27,33%), leurs voisins (24,33%), leurs parents proches (12%) et les autres membres de la famille (10%).

De plus, globalement 22% des délinquants signalés étaient des enseignants, des chauffeurs d’autobus scolaires, des chefs d’écoles, des membres du personnel des jardins d’enfants, des gardiens de sécurité, etc. Les agresseurs sont majoritairement des hommes, et dans 127 cas, les criminels étaient étrangers aux enfants.

Tong Xiaojun, un expert en protection de l’enfance à la China Youth University for Political Studies à Beijing, a expliqué au South China Morning Post que « la sensibilisation à la protection de l’enfance était particulièrement faible dans les zones rurales moins développées ».

Raison pour laquelle, lui et certains experts ont demandé que l’éducation sexuelle soit renforcée à la maison et dans les écoles afin de sensibiliser et d’information et droits et devoirs de chacun sur le sujet. « Ces enfants n’ont pas les soins et la protection normale d’une famille, ils représentent un groupe particulièrement vulnérable », a indiqué Tong Xiaojun.

De son côté, Lan Chunyao, député à l’Assemblée Populaire Nationale, a indiqué au Quotidien du Peuple, que le gouvernement devrait non seulement investir davantage dans les écoles dans les zones rurales, mais aussi construire davantage d’écoles pour les enfants des travailleurs migrants dans les villes, afin de réduire les risques d’abus sexuel.

D’après un sondage réalisé  auprès de 9 151 parents et présenté par la Fondation, 42% d’entre eux n’ont jamais parlé à leurs enfants de la façon de se protéger contre les abus sexuels.

« Beaucoup de parents, qui n’ont jamais parlé à leurs enfants de ce sujet, ne sont pas conscients que l’agression sexuelle pourrait arriver à leurs propres enfants. Ils sont également moins susceptibles de découvrir que leurs enfants sont victimes de violence sexuelle. Nous avons encore un long chemin à parcourir pour sensibiliser tout le monde », a déploré l’universitaire.