Le premier déplacement officiel en Afrique de Tsai Ing-wen, s’est déroulé dans l’un de ses deux derniers pays alliés, le Swaziland continuant à reconnaître la République de Chine.

Cette riposte de Taipei à la Chine sur le continent africain,  ne peut désormais plus se baser sur le carnet de chèques et les cadeaux d’infrastructures, car désormais, Taïwan va devoir consolider ses relations à travers une série de programme, dont le premier a été lancé lors de sa visite, le Taïwan Scholarship.

Il s’agit d’un programme de bourse destiné aux étudiants du Swaziland et du Burkina Faso, second allié de Taipei. Ce programme est un test, car les autorités taïwanaises doivent selon Emmanuel Dupuy, président de l’Institut de Prospective et de Sécurité en Europe (IPSE), s’orienter «davantage dans une approche générationnelle, d’une part, en misant sur l’éducation et sur la capacité d’investissement dans l’innovation, que résident les opportunités taïwanaises».

Emmanuel Dupuy a ainsi expliqué au quotidien La Tribune, que

«la première visite -depuis son élection en mai 2016- de la présidente de Taiwan Tsai Ing-Wen, sur le continent africain, fait un peu figure de baroud d’honneur. Le jeu peut sembler inégal, tant la Chine populaire a accéléré sa présence et renforcé sa stratégie d’entrisme sur le continent africain. La Chine, qui sait -à coup d’investissements massifs dans le domaine des infrastructures- séduire les gouvernements en place, entend également profiter de son méga-projet de nouvelles « Routes de la Soie » pour amplifier son ancrage africain. Parmi les principales cibles, l’Afrique du Nord bien sûr, comme en témoigne les investissements promis pour le développement et l’aménagement de la Cité Mohammed VI à Tanger, mais aussi l’Afrique sahélo-saharienne, au premier chef desquels le Burkina Faso qui ne reconnait toujours pas la République populaire de Chine».  

A cette occasion, la dirigeante taïwanaise a annoncé la préparation d’un Plan pour l’Afrique, permettant «d’intensifier les liens entre Taïwan et ce continent et d’y investir davantage sera prochainement présenté par le Conseil pour la sécurité nationale», a indiqué le communiqué de la présidence.

Cette annonce rejoint l’appel lancé par Tsai Ing-wen à utiliser les pays africains alliés comme des tremplins pour une présence renforcée sur les marchés africains. D’autant plus qu’après la décision de Sao Tomé-et-Principe de se tourner vers la Chine, fin décembre 2016, Tsai Ing-wen a assuré : «Il nous reste vingt et un alliés, nous devons les choyer».

D’autant plus que

«les échecs consécutifs (qu’a connu Taïwan, ndlr) en Afrique depuis 1998 seraient ainsi liés à une agrégation de facteurs, parmi lesquels : les efforts pékinois pour évincer Taïwan, qu’ils soient économiques, politiques et diplomatiques ; un changement de stratégie taïwanais guidé par le coût de cette diplomatie et par le désintérêt populaire interne vis-à-vis de cette politique étrangère éloignée des besoins et quotidiens ; un redéploiement basé sur ses intérêts commerciaux et économiques ; l’inexorable et multidimensionnelle montée en puissance de Pékin ; la fin de la guerre froide avec la dissolution de l’URSS et l’évolution vers un monde unipolaire, maîtrisé par Washington et ses alliés, puis vers un monde multipolaire. Dans ce cadre, Taïwan a peu de cartes à jouer et les partenaires africains ont de moins en moins de raisons à jouer ce double-jeu chinois »,

a expliqué Xavier Aurégan, chercheur indépendant affilié au Centre de recherches et d’analyses géopolitiques (CRAG), et associé au Conseil québécois d’études géopolitiques (CQEG, Laval, Canada) dans Asia Focus.

Or ce déplacement en eSwatini est qualifié de «réussite», par Tsai Ing-wen, qui a estimé que «Taïwan devait défendre pied à pied son espace international». Selon elle, «cette visite n’a pas seulement manifesté l’amitié solide entre Taïwan et son allié, mais a aussi permis de mettre en lumière l’action des taïwanais expatriés qui, sur le terrain et sans que de nombreux taïwanais en soient conscients, sont aux avant-postes de la diplomatie».

Remerciant à nouveau le roi Mswati III pour son soutien indéfectible à la participation de Taïwan aux travaux des organisations internationales, Tsai Ing-wen s’est félicité de la signature d’un communiqué conjoint et estimé qu’un accord bilatéral de coopération économique était sur de bons rails, a souligné le communiqué de la présidence.