Le ministère chinois des Affaires étrangères a confirmé que les présidents Xi Jinping et Joe Biden participeront mardi 16 novembre matin, heure chinoise, à un sommet en visioconférence.

Les dirigeants échangeront leurs points de vue sur les relations bilatérales et les questions d’intérêt commun, a déclaré la porte-parole du ministère, Hua Chunying. La Maison blanche avait annoncé vendredi que le sommet se tiendrait le 15 novembre soir, heure américaine.

Le président chinois Xi Jinping devrait profiter de son sommet virtuel avec son homologue américain Joe Biden pour prévenir Washington de « reculer » sur la question de Taiwan, selon des tribunes publiées par la presse chinoise.

Cet entretien s’inscrit dans le cadre de la volonté de la Chine et des Etats-Unis de favoriser leur dialogue bilatéral, sur fond de rivalité stratégique croissante et de divergences sur plusieurs sujets, tels que le commerce, les technologies, le Xinjiang et Taiwan.

D’après l’éditorial du China Daily, quotidien en langue anglaise, Xi Jinping va souligner auprès de Joe Biden que la Chine est déterminée à « parvenir à la réunification nationale dans un futur proche, peu importe le coût ».

La question de Taiwan est la « principale ligne rouge » de la Chine, a souligné pour sa part le Global Times, journal conservateur proche du pouvoir.

Afin de « réduire le risque d’une collision stratégique » entre Pékin et Washington, Joe Biden doit « effectuer un pas en arrière » et « montrer de la retenue » sur cette question, ajoute-t-il dans une tribune.

En amont de cette réunion entre Xi Jinping et Joe Biden, le conseiller d’Etat et ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi et le secrétaire d’Etat des Etats-Unis Antony Blinken ont souligné le 13 novembre lors d’une conversation téléphonique « l’importance de cette réunion, dont la nouvelle a été suivie de près dans le monde entier ».

Wang Yi a qualifié cette réunion d’«évènement important, pas seulement pour les relations sino-américaines, mais également pour les relations internationales». Selon lui, la Chine et les Etats-Unis, ainsi que la communauté internationale, « attendent des résultats bénéfiques pour les deux pays et pour le reste du monde ».

Le ministre a indiqué que « l’impulsion des deux dirigeants jouait un rôle crucial dans l’orientation des liens bilatéraux, appelant les Etats-Unis à travailler dans la même direction que la Chine et à ramener les relations sino-américaines sur la voie d’un développement sain et stable ».

Wang Yi a également rappelé la position de la Chine concernant « le comportement répréhensible de Washington sur la question de Taiwan ». Il a appelé Washington à se conformer à leurs engagements pris dans trois communiqués conjoints sino-américains, à mettre en œuvre leur politique de la Chine unique, ainsi qu’à « arrêter d’envoyer de mauvais signaux aux forces en faveur de l’indépendance de Taiwan ».

Pour Ma Xiaolin, professeur de l’Université des études internationales du Zhejiang, cette réunion virtuelle « montre l’importance accordée par les deux chefs d’Etat aux liens bilatéraux, ainsi que leur volonté de gérer les risques et les différences pour ramener les relations sino-américaines dans la voie d’un développement positif ».

«Alors que les Etats-Unis et la Chine sont le plus grand pays développé et le plus grand pays en développement au monde, il est nécessaire de réaliser de part et d’autre des efforts concertés dans la lutte contre la pandémie de Covid-19, en faveur du soutien pour la relance économique mondiale, mais aussi pour la reconstruction de leur confiance mutuelle stratégique», a souligné ce dernier.

Cette réunion sera la première réunion individuelle de Xi Jinping et Joe Biden par liaison vidéo depuis l’arrivée au pouvoir du président américain en janvier dernier. Les deux dirigeants ont déjà eu deux conversations téléphoniques, l’une en février et l’autre en septembre.

De son côté, Li Haidong, professeur en études américaines de l’Université des affaires étrangères de Chine, a indiqué que « la coopération bilatérale entre la Chine et les Etats-Unis montre un potentiel important et revêt un caractère d’urgente nécessité pour les deux pays et pour le reste du monde ».

Citant les propos de Xi Jinping lors de sa conversation téléphonique avec Joe Biden au mois de septembre, le chercheur a souligné que « la capacité de la Chine et des Etats-Unis à gérer leur relation a un impact sur l’avenir du monde et constitue la question du siècle, à laquelle les deux pays doivent apporter une bonne réponse ».

Pour Li Haidong, « la majeure partie des différends entre la Chine et les Etats-Unis sont dus au manque de respect de Washington vis-à-vis de la souveraineté, de la sécurité et des intérêts de développement de la Chine, ainsi qu’à ses interférences dans les affaires intérieures de la Chine concernant le Xinjiang, Hong Kong et Taiwan ».

«La coopération sera difficile si les Etats-Unis continuent de provoquer des troubles sur ces questions et n’arrêtent pas de porter atteinte aux droits et intérêts de la Chine», a avertit ce dernier.

Ruan Zongze, le vice-président exécutif de l’Institut des études internationales de Chine, a expliqué à l’agence de presse Xinhua que « les Etats-Unis ont adopté depuis un certain temps une mauvaise politique chinoise du fait d’un jugement erroné sur les relations bilatérales. Du fait de sa mentalité de guerre froide, le pays a ainsi entrepris une série de mesures visant à faire pression sur la Chine ».

«Cependant, Beijing a fait face calmement à la pression de Washington et pris des mesures résolues en retour. Les Etats-Unis ont donc dû repenser et ajuster leur politique chinoise, et ils collaborent désormais avec la Chine par le biais du dialogue et de la communication», selon lui.

Il apparait évident pour Ruan Zongze que cette réunion ne permettra pas de changer la situation du tout au tout, mais « le renforcement de la communication pourrait permettre d’établir les conditions pour la prochaine étape du développement et de l’ajustement des relations sino-américaines ».