Par Alhassane Diop – Mouhamadou Moustapha Dieng, appelé Tapha Dieng, vit en Chine depuis 2003, il revient pour Chine-Magazine. Com sur sa carrière, sa vie en Chine, son rôle de président de l’Association des Sénégalais de Chine et les relations entre la Chine et l’Afrique

Dans le timbre de sa voix, on arrive à déceler une valeur cardinale que d’aucuns appellent endurer d’une belle endurance. En effet, déjà six mois que la pandémie de COVID-19 a paralysé ses activités professionnelles, l’inamovible président des sénégalais de Chine – à son corps défendant – éprouve la capacité de résilience de son entreprise. Si l’horizon de la pandémie reste méconnu, il préfère se remémorer le bon vieux temps, cette lointaine période des vaches grasses qu’il espère revoir au sortir de cette crise sanitaire qui se mue en crise économique, pour le meilleur de cette relation à feu continu mais qui hélas, pour la plupart de ses compatriotes, apparaît tel un chemin de croix.

Vous vivez en Chine depuis 2003. Pouvez-vous revenir sur les temps forts de votre expérience dans ce pays ?

Ma vie en Chine a été difficile dès le début. Pendant les trois premières années, j’ai dû apprendre à m’adapter au nouveau mode de vie auquel j’étais confronté. Il s’agissait également pour moi de réfléchir sur la meilleure manière de développer mon business. Tout de même, en termes d’opportunités d’affaires, je peux rétrospectivement affirmer que c’était plus facile que maintenant dans la mesure où il n’y avait pas beaucoup d’étrangers à l’époque. Par ailleurs, les prix étaient très intéressants pour les clients qui arrivaient.

En tant que président de communauté, comment trouvez-vous les conditions de séjours des sénégalais en Chine ?

Je dois à la vérité de dire que les sénégalais ont parfois vécu des moments difficiles en Chine. La raison principale demeure la question du visa. Si au tout début il n’était pas difficile de séjourner en Chine tant qu’on évitait le séjour illégal communément appelé overstay, force est de reconnaitre que progressivement, les conditions de séjours se sont durcies. Les difficultés ont commencé avec les Jeux Olympiques de 2008 d’abord, les jeux asiatiques de 2010 ensuite et la crise de 2014 enfin. D’ailleurs, elles ont drastiquement réduit le nombre de sénégalais vivant en Chine. Il faut tout de même préciser que ces difficultés ont toujours épargné les personnes ayant des visas de résidence. Malheureusement, celles-là représentent une infime minorité devant celles qui arrivent avec des visas de court séjour et qui veulent par la suite rester plus longtemps.

Parlez-nous des activités de Teranga Trading Co. Ltd, votre entreprise

Teranga est établie en Chine depuis 2003. Elle a débuté avec le Trading comme tout le monde. Au fil des temps, nous nous sommes spécialisés dans le Shipping et la logistique. Certes, nous sommes affectés par la pandémie, mais durant notre dernier exercice, nous sommes parvenus à faire un volume de chargement de 1300 conteneurs. En terme d’emplois, nous avons un effectif de 5 personnes au Sénégal qui s’occupent des chargements (groupages et conteneurs individuels) et du transit. En Chine, l’entreprise y a 15 employés.

En tant qu’opérateur économique établi à Guangzhou, dites-nous l’impact de la pandémie de COVID-19 sur votre activité ?

Vous n’êtes pas sans savoir que nous travaillons principalement avec les commerçants sénégalais. Evoluant essentiellement dans le secteur informel, nos clients sont ceux-là qui viennent acheter dans les marchés. Nous leur proposons un service d’entreposage, de chargement et de transport de leurs marchandises jusqu’à destination. Dès lors que les frontières sont fermées, leurs activités sont réduites au maximum et il en est par conséquent de même de nos chargements. Voilà l’impact direct qui nous frappe en pleine figure. A cela, il faut ajouter le fait qu’en Chine, nos charges fixes liées aux locations de bureaux et d’entrepôts n’ont pas du tout diminué. Imaginez un seul instant une telle situation ! N’en parlons pas de nos employés qui étaient partis au Sénégal pour les vacances d’hiver et qui y sont bloqués jusqu’à maintenant.

Comment entrevoyez – vous les relations sino-africaines d’après COVID-19 ?

J’espère qu’elles reprendront de plus belle au sortir de la pandémie. Je pense que notre continent tient énormément à sa coopération avec la Chine car il est notoire que depuis qu’on a commencé à recevoir des investissements chinois en Afrique, il y a eu beaucoup de changements qualitatifs dans plusieurs pays d’Afrique notamment en termes d’infrastructures et autres. D’ailleurs, il se susurre que si la Chine parvient à trouver le vaccin contre le corona virus, l’Afrique sera très heureuse parce qu’elle en sera dotée en nombre et en quantité. Nous avons constaté les immenses efforts que le gouvernement de la Chine a fournis durant la pandémie, offrant aux pays africains des kits de tests et des masques. Cela montre que la Chine aimerait bien renforcer sa présence en Afrique et ce sera très bénéfique pour les africains.