Au temple du Bouddha de Jade, des volontaires sont formés pour soulager la peur et la souffrance des malades en phase terminale et sur la façon de leur donner dignité et qualité de vie, alors qu’ils sont proches de la mort.

Jade Buddha Temple’s

Le temple est situé au centre-ville de Shanghai et date de plus de 130 ans. Le lieu est propice pour parler médecine et fin de vie. D’ailleurs le temple a signé un accord avec l’Association de santé communautaire de Shanghai pour dispenser une formation aux centres de santé communautaires de la ville.

Un premier groupe de 44 étudiants, âgés de 18 à 62 ans, a terminé une session de formation de six jours. Les étudiants, principalement des femmes, ont reçu un diplôme attestant de leur formation.

Lors de la cérémonie, elles ont déclaré en choeur : « je jure de me consacrer à aider les autres et à maintenir la sainteté de la vie et l’honneur de se soucier, et de montrer le plus grand respect pour la vie humaine ».

Leur formation permet aux diplômés de travailler dans les hôpitaux locaux, mais aussi à domicile en tant que volontaires. En effet, les volontaires ont étudié la philosophie de vie, la psychologie et les compétences sociales avec 17 experts médicaux et psychologiques, y compris des médecins chevronnés, des universitaires et un membre de la US Spiritual Care Association.

Les soins palliatifs sont nés en Europe à l’époque médiévale. Ils se concentrent sur la gestion des symptômes et les soins de confort pour les malades en fin de vie. En Chine, les soins palliatifs ont pris du retard par rapport aux pays occidentaux.

Ce retard s’explique par la tradition chinoise de piété filiale et de certains tabous entourant la mort. Or, le ministère de la santé a commencé à promouvoir les soins palliatifs dès 2017. Des mesures expérimentales ont alors été mises en place.

Shanghai et plus de 70 autres villes chinoises servent de sites de test pour les soins palliatifs. Les 246 centres de santé communautaires de Shanghai ont ainsi lancé des programmes de soins palliatifs. Au cours de l’année jusqu’en août 2020, quelque 11600 personnes en phase terminale ont reçu des services de soins palliatifs, selon les autorités sanitaires de la ville.

Cependant, les professionnels du domaine sont encore rares. Pour pallier ce manque, les volontaires sont les bienvenus. Le temple bouddhiste couvre tous les frais de formation, mais les étudiants doivent s’engager à faire au moins 100 heures de travail bénévole dans les deux ans suivant l’obtention de leur diplôme.

Après que le temple a publié une notification de la formation, 193 personnes ont demandé à y participer. Le premier groupe de 44 participants ont été sélectionnés après des examens et des entretiens.

«Shanghai, en tant que mégapole, a une population de plus en plus grisonnante», a déclaré Jue Xing, abbé du temple. «Nous pensons que toute la société devrait prêter attention aux soins palliatifs dans de telles circonstances. Pour mieux répondre à ces demandes sociales, nous avons lancé ce projet», a indiqué ce dernier.

À la fin de 2019, le nombre de résidents de 60 ans ou plus à Shanghai s’élevait à 5,2 millions, soit 35% de la population enregistrée de la ville. LE vieillissement de la population est devenu une priorité pour le gouvernement, qui a ouvert des maisons de retraite, des services hospitaliers spécialisés, et inciter les jeunes diplômés à travailler dans ce secteur.

«Les précédents projets caritatifs lancés par le temple se concentraient davantage sur les besoins physiques des personnes âgées», a déclaré Hui Jue, secrétaire général de la Juequn Culture and Education Foundation du temple. Or, «ce dernier programme vise à répondre aux besoins mentaux des problèmes de vie et de mort».

Hui Jue, aussi directeur adjoint de la Shanghai Charity Foundation (Putuo) et conseiller politique du district, a expliqué que « l’éducation sur la gestion des mourants est rare en Chine, mais le bouddhisme aborde bien et clairement la question ».

Ce dernier cite le cycle de la naissance et de la mort, qui est l’une des théories fondamentales du bouddhisme. Elles enseignent aux gens à rester actifs pendant la vie et à rester positifs face à la mort. Cela amène les gens à traiter la vie et la mort plus naturellement, tandis que la méditation zen éclaire les gens à comprendre la vérité de la vie, a déclaré Hui Jue.

Les cours de formation ne se limitent pas à la doctrine bouddhiste. Wang Fengshuo, diplômé d’études bouddhistes à la Divinity School de l’Université Harvard et membre de la US Spiritual Care Association, explique que «malgré les différences culturelles, les philosophes chinois et occidentaux partagent un même intérêt pour la vie et la mort».

Cette dernière a indiqué que «la leçon que j’ai donnée au temple vise à aider les élèves à réfléchir et à comprendre le problème à partir de multiples perspectives».

Selon elle, «un temple urbain au centre-ville de Shanghai est un endroit idéal pour promouvoir la thanatologie bouddhiste (l’étude de la mort) et répondre aux besoins des gens modernes».

Outre le programme de formation en hospice, le temple prévoit également de contribuer à la prise en charge et à l’éducation des nouveaux retraités, des jeunes employés de bureau et des jeunes.

La Shanghai Charity Foundation a signé des accords avec la Shanghai Children’s Foundation, le Shanghai Mental Health Center et la Fédération des femmes du district de Putuo pour former des bénévoles à des programmes connexes.

«Nous invitons les instituts de recherche professionnelle et de soins de la vie du monde entier à se joindre à ces programmes», a déclaré Hui Jue. «C’était le but initial de Bouddha d’aider les gens à soulager la douleur de la naissance, du vieillissement, de la maladie et de la mort.»