Le président Xi Jinping a réalisé le 19 février une tournée d’inspection dans les trois principaux médias du pays : la chaîne CCTV, le Quotidien du peuple et l’agence de presse, Xinhua. A chacune de ces visites l’ensemble des journalistes, experts et étudiants, spécialisés en journalisme ont applaudi son passage.

Une tournée bien rodée avec une communication renforcée, entre poses photos, intervention au journal télévisé, visite des locaux, échanges avec les anciens, … La communication du président a été parfaite, à tel point que ses prises de parole vont être publiés pour guider les journalistes et les futurs journalistes dans leur mission.

Xi Jinping énonce les nouvelles directives dans les médias, ici au Quotidien du peuple

Xi Jinping énonce les nouvelles directives dans les médias, ici au Quotidien du peuple

Cette visite annonce surtout le lancement d’une grande réforme des médias, qui  devront servir le parti et engager leurs fidélités à Xi Jinping. La couverture médiatique de la tournée de Xi Jinping reflète la politique rigide des médias et de grande envergure, note le New York Times.

L’outil de Xi Jinping et du PCC

En effet, le président et secrétaire général du Comité central du PCC a appelé les médias à « suivre la direction du PCC et à se concentrer sur des reportages positifs« . Pour Tang Ji, journaliste confirmé du bureau de Xinhua en Mongolie intérieure, « faire des reportages positifs, cela ne signifie pas d’éviter les problèmes ». Toutefois, le président veut que les médias guident « l’opinion publique dans la bonne direction », celle du PCC et la sienne.

Ma Xiaorong, jeune rédacteur du compte WeChat du Quotidien de la Jeunesse de Beijing, a indiqué que « l’exploitation du sensationnalisme devait être évitée dans les reportages, notamment ceux publiés sur les médias sociaux« . D’autant qu’il s’agit de « la responsabilité de tous les médias gérés par le PCC de soutenir et de diffuser la voix principale de la société, en particulier à une époque où la société est devenue plus diversifiée et les opinions différentes », pour Zhang Tie, rédacteur au Quotidien du Peuple,

Une analyse conforme à la volonté du président, qui a assuré que « tous les médias gérés par le parti doivent travailler à parler de la volonté du parti et de ses propositions, et à protéger l’autorité et de l’unité du parti ».

« Une position politique ferme et d’excellentes capacités professionnelles sont demandées aux médias d’aujourd’hui pour remplir leurs devoirs », a expliqué Lu Shaoyang, doyen de la faculté du journalisme et des communications de l’Université de Beijing.

Xi Jinping a appelé les médias à "suivre la direction du PCC et à se concentrer sur des reportages positifs".

Xi Jinping a appelé les médias à « suivre la direction du PCC et à se concentrer sur des reportages positifs ».

La stratégie de Xi Jinping est loin de celle de son prédécesseur, Hu Jintao, qui avait souhaité que les médias s’approprient l’environnement numérique moderne et la forme ou le canal de l’opinion publique. Xi Jinping souhaite, lui, diffuser son message au plan national mais aussi international, via la participation dans des médias étrangers surtout en Afrique, et sur l’ensemble des plateformes de diffusions que ce soit la publicité que le divertissement.

Les médias au garde à vous

Dans un éditorial, le Quotidien du peuple a rappelé aux journalistes et rédacteurs l’exigence de « donner la priorité au maintien de la direction politique correcte en effectuant leur mission et en assumant leurs responsabilités« . « En maintenant la direction politique correcte, on doit rester fermement fidèle à la direction du Parti, en conservant un haut degré d’uniformité avec le Comité central du PCC en termes d’idéologie, de pensée politique et d’actions« , note le quotidien.

D’autant que le président tient désormais à limiter la présence des médias étrangers, en leur interdisant de publier tout contenu sur internet à partir de la Chine. Désormais, les sociétés étrangères ne pourront publier des mots, des images, des cartes, des jeux, de l’animation et du son qui ont un « caractère informatif et réfléchi » qu’avec l’aval de l’administration d’Etat de la presse, publication, radio, film et télévision.

Xi Jinping depuis la place Tian An'men

Xi Jinping depuis la place Tian An’men

Pour le New York Times, il apparaît clairement que la présence de Xi Jinping dans les principaux médias du pays visait à accentuer un peu plus sa campagne de personnification, « assimilée au bien être du parti et de la nation« .

Mais le président s’assure surtout que la discipline est maintenue au moment où le pays connait un ralentissement économique, une montée de la tension social, exaspération des chinois vis-à-vis de la pollution et sans oublier les différents croissants avec ces voisins.

Dans un article, le China Daily a assuré qu’« il est nécessaire pour les médias de restaurer la confiance du peuple envers le parti, spécialement au moment où l’économie est entrée dans une nouvelle normalité et que des suggestions ont émergé sur son déclin et faisant glisser l’économie mondiale vers le bas ».  

Pour David Bandurski, rédacteur en chef du China Media Project à l’Université de Hong Kong, « sous Xi Jinping, la centralité du parti est explicite pour chaque support média ». Interrogé par le NYT, ce dernier a estimé que le sens de cette tournée est : nous vous possédons, nous vous dirigeons, nous vous disons comment les choses fonctionnent« .

« Le parti est le centre, et vous servez notre agenda. C’est beaucoup plus central maintenant, et cela va être défini pour l’ensemble des plateformes médiatiques, des réseaux sociaux aux médias commerciaux » a indiqué l’universitaire au NYT.

Gare aux contrevenants

Lundi 22 février, mettant en application les nouvelles directives du gouvernement,  l’unité de propagande du comité du parti municipal de Beijing a censuré le blog de Ren Zhiqiang, surnommé « Ren le canon » pour ses critiques contre le pouvoir en place. Ce dernier est accusé d’avoir « perdu l’esprit du parti » et de s’être « opposer au parti ».

Ren Zhiqiang, blogueur

Ren Zhiqiang, blogueur

Ce dernier avait écrit sur son micro-blog que les médias devraient être au service des gens et non pas du parti. « Quand est-ce que le gouvernement du peuple s’est transformé en gouvernement du Parti ? », avait commenté Ren Zhiqiang, suite à la tournée de Xi Jinping, exigeant que tous les journalistes doivent « protéger l’autorité et l’unité du Parti ».

Quelques mois plutôt, Zhao Xinwei, secrétaire du Comité du Parti, rédacteur en chef et sous-directeur du Xinjiang Ribao, organe du PCC au Xinjiang, a été exclu du Parti. Il a été placé sous enquête interne en novembre 2015, pour manquement à la ligne du Parti sur la question du terrorisme, a annoncé le site du quotidien de la région autonome du Xinjiang.

Zhao Xinwei aurait “gravement contrevenu au règlement du Parti« , raison pour laquelle, il est accusé d’avoir « manqué à la discipline politique, commenté de manière irresponsable les grandes orientations, la stratégie et les décisions du Comité central et de la région autonome du Xinjiang, et d’avoir fait des déclarations publiques contraires à la ligne du Parti ».

Il aurait également « intentionnellement pris des décisions contraires aux orientations pour le travail de la presse » dans la région, selon les termes de la Commission de discipline. Celle-ci ajoute que sur les questions du terrorisme et de l’extrémisme religieux, « il n’a pas su accorder ses paroles et ses actes à la politique du Parti ». Zhao Xinwei est également accusé d’abus de pouvoir et de malversations économiques.

Afin que l’ensemble des journalistes du pays connaissent la ligne du président pour les médias, une compilation d’éditoriaux, de commentaires et de rapports sur le travail de la presse et sur l’opinion publique a été publiée par la Maison d’édition du Peuple. Le livre « aidera les responsables et les membres du Parti à mieux comprendre les remarques » du président, souligne la maison d’édition.

Cette dernière a reprit d’une phrase clé du président : « le travail médiatique du Parti devait guider le public, servir l’intérêt général du pays, rassembler le grand public, instiller la confiance et concentrer les forces, séparer le bien du mal et relier la Chine au reste du monde ».

De son côté, Xiao Qiang, professeur adjoint au Département de l’information de Beckley et Fondateur et rédacteur en chef du China Digital Times, « malgré le resserrement continu du contrôle des médias au cours de ces trois dernières années, Xi Jinping n’est pas pleinement assuré que les médias d’Etat, même les plus centraux tels que Xinhua et CCTV, sont entièrement sous son contrôle ».