Xi Jinping parviendra-t-il à devenir Président pour une durée indéterminée, comme l’a proposé le Comité Central du PCC, qui a publié plusieurs propositions parmi lesquelles la suppression de deux mandats pour le Président, suscitant de vives réactions tant sur le marché que sur le net.

Avoir le droit d’exercer plus de deux mandats consécutifs

D’après l’agence de presse Xinhua, « le Comité central du Parti communiste chinois a proposé de supprimer l’expression dans la Constitution du pays selon laquelle le président et le vice-président de la République populaire de la Chine ne devaient pas exercer plus de deux mandats consécutifs« .

Cette proposition sera présentée lors de la session annuelle plénière de l’Assemblée nationale populaire (ANP), qui s’ouvre le 5 mars. Si elle est adoptée, Xi Jinping pourra se maintenir à la tête du pays durant une durée indéterminée. Président de la République populaire depuis 2013, Xi Jinping doit normalement quitter ses fonctions en 2023.

Mais de nombreux experts interrogés par certains médias estiment que Xi Jinping va « devenir empereur à vie et le Mao Tsé-toung du XXIe siècle« , comme l’a estimé le politologue Willy Lam de l’Université chinoise de Hong Kong.

« Si sa santé le lui permet, il souhaite rester au pouvoir 20 ans, c’est-à-dire jusqu’en 2032 en tant que secrétaire général du Parti et 2033 en tant que président de l’Etat« , a ajouté ce dernier, se basant sur des sources proches du pouvoir à Pékin.

De son côté, le sinologue Jean-Pierre Cabestan, de l’Université baptiste de Hong Kong, a assuré que Xi Jinping « se poutinise, en moins démocratique » que le président russe Vladimir Poutine. L’expert a expliqué à l’Agence France Presse que le président Xi a placé depuis 2013 des hommes à lui à tous les échelons les plus élevés du pouvoir.

« Il s’assure ainsi que la réforme constitutionnelle sera adoptée sans coup férir« , a prévu le sinologue, et cela en dépit de l’opposition interne au pouvoir. En effet, lors du 19ème congrès quinquennal du PCC, en octobre dernier, Xi Jinping était parvenu à inclure sa « Pensée sur le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère » dans la charte du Parti, un honneur réservé jusqu’ici de son vivant à Mao Zedong.

De son côté, Willy Lam a assuré que « nous assistons au retour de l’ère Mao Tsé-toung, lorsqu’une seule personne décidait pour des centaines de millions« , ajoutant qu’il « n’y a pas de contre-pouvoirs. C’est très dangereux car Xi Jinping risque de commettre des erreurs parce que personne n’osera s’opposer à lui. »

La presse tente de justifier cette proposition

Cette proposition de modification constitutionnelle a suscité un tourbillon de réactions outragées, incrédules ou critiques sur les réseaux sociaux chinois. Le département de la censure a passé sa journée de mardi 27 février à supprimer les messages négatifs postés sur les réseaux sociaux, ou en commentaire d’article.

De nombreux internautes ont continué de commenter leur effroi et leur colère sur la plateforme de micro-blogs Weibo, entre sarcasme et indignation : « Pathétique ! 1,3 milliard d’habitants, et aucun ne résiste » ; « Longue vie au dirigeant Mao ! » ; « On a connu l’avidité impériale, la peur du pouvoir autoritaire, et 100 ans plus tard, rien n’a changé » …

Des formules comme « Je m’oppose », « roi autoproclamé », « mandats consécutifs » ou encore « Winnie l’ourson » (personnage auquel est comparé Xi Jinping) étaient bloquées par les censeurs.

De son côté, le China Daily a défendu la fin de la limitation des mandats présidentiels, la jugeant « nécessaire pour perfectionner le système de gouvernance du Parti et de l’Etat« . Le quotidien vante aussi les réalisations économiques et politiques menées sous « la ferme direction du PCC ». Cet argument se base sur le fait que la réforme permettrait d’harmoniser le statut présidentiel avec celui de secrétaire général du Parti, sans limitation.

Pour le Global Times, quotidien conservateur proche du pouvoir, « la modification constitutionnelle correspond à une nouvelle ère » du socialisme chinois. Depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, « la nouvelle équipe dirigeante (…) a approfondi les réformes de façon exhaustive et formidable« , insiste-t-il.

Une voix s’élève peut-être en vain

Li Datong, ancien rédacteur en chef au Quotidien de la jeunesse de Chine,  a rédigé une ébauche de lettre ouverte, demandant aux législateurs de voter contre ce changement constitutionnel.

Ce dernier écrit : « c’était la restriction légale la plus efficace pour se prémunir contre l’autocratie et l’élévation d’un individu au-dessus du Parti ou de l’Etat (…) Supprimer cette limitation des mandats va faire de nous la risée des nations civilisées et sèmera en Chine les graines du chaos« , a écrit M. Li dans cette lettre

Cette lettre a été partagée en ligne avec des centaines de personnes dans un groupe privé de la messagerie WeChat, dont les repostes de copies d’écran étaient cependant bloquées par WeChat.

Cette lettre ne devrait pas être entendu par les députés, car le Comité central du PCC a aussi proposé d’inscrire la pensée de Xi Jinping sur le socialisme à la chinoise de la nouvelle ère dans la Constitution. Cette nouvelle ère est destinée à faire de la Chine « un grand pays socialiste moderne qui soit prospère, puissant, démocratique, hautement civilisé, harmonieux et beau et de réaliser le renouveau national ».

Les boursicoteurs parient sur « l’empereur » Xi Jinping

Les investisseurs se sont rendus en masse pour acheter aux bourses locales les actions d’entreprises comprenant les mots « impérial » ou « empereur » dans leur nom, au moment où il est prévu de supprimer de la Constitution la limite de deux mandats présidentiels.

Les millions d’investisseurs individuels qui dominent les Bourses chinoises ont pris note de cette proposition de modification constitutionnelle dévoilée le 25 février. Une demi-douzaine d’entreprises comprenant le mot « empereur » (« di » ou « huang-di ») dans leur nom en mandarin ont vu leur titre s’envoler lundi 26 février sur les Bourses de Shanghai et Shenzhen.

Ainsi, le fournisseur de cartes d’identification Shenzhen Emperor Technology a ainsi clôturé sur un bond de 7%, après avoir grimpé de plus de 9% en séance. A Shanghai, le producteur de pattes de poulet marinées, Jiangxi Huangshanghuang (phonétiquement: « Empereur des empereurs« ), a terminé sur une hausse de 2,93%, et Harbin Viti Electronics (dont le nom chinois est Weidi, « empereur puissant« ) gagnait 4,43%.