27 ans après les mouvements pro-démocratiques de Tian’an men, les autorités chinoises se sont assurés qu’aucune information ne circule sur le sujet, venant à la fois des dissidents et des médias étrangers.

Les médias et les réseaux sociaux sont surveillés et les membres du collectif des mères de Tiananmen sont soumis au silence, en plus d’être suivis, surveillés et menacés. Cependant, pour la 1ère fois, le Parlement taïwanais a commémoré le massacre de centaines de manifestations sur la célèbre place par l’armée chinoise. Et pour la seconde année consécutive, les syndicats étudiants de Hong Kong boycottent les commémorations, heurtant les démocrates historiques de l’île.

Première fois pour les autorités taïwanaises

Le Parlement de la République de Chine a commémoré ce vendredi 3 juin pour la 1ère fois la répression du printemps de Beijing en 1989, place Tian’an men. A cette occasion, les députés ont appelé le nouveau gouvernement de Tsai Ing-wen à soulever la question des droits de l’Homme avec la Chine.

Parlement taïwanais

Parlement taïwanais

« En tant que président, je ne peux pas pointer du doigt le système politique sur le continent, mais je partage sincèrement l’expérience de la démocratisation de Taïwan, » a déclaré Tsai Ing-wen, sur les réseaux sociaux. Cette dernière a d’ailleurs assuré que « si le continent pouvait donner aux gens plus de droits, le monde serait plus respectueux » envers les autorités chinoises, selon le South China Morning Post.

Plusieurs députés du Parti Démocrate Progressiste, des membres du Kuomintang et le dissident chinois en exil, Wu’er Kaixi, ont observé une minute de silence. Des députés ont également signé une motion proposée par le député PDP, Yu Mei-nu, exigeant du gouvernement qu’il « exprime les graves préoccupations de Taïwan sur le fait de remédier à l’incident du 4 juin à un moment approprié ».

La motion indique que « Taïwan et la Chine ont des relations très étroites, alors la suppression des droits de l’Homme subie par les citoyens chinois peut très bien menacer les droits de l’Homme à Taïwan« , cité par l’agence de presse, Belga. Pour Chen Shei-saint, du KMT, une démocratisation de la Chine constituerait « la plus grande garantie pour la sécurité de Taïwan », d’après Belga.

Le boycott des étudiants hongkongais

Pour la seconde année, la Fédération des syndicats étudiants, proche du mouvement localiste, a décidé de ne pas prendre part à la cérémonie annuelle au Parc Victoria, organisée par l’Alliance hongkongaise de soutien au mouvement démocratique en Chine. La Fédération a d’ailleurs quitté l’Alliance, préférant organisé des meetings de commémoration.

Cette position mécontente les démocrates et personnalités, parmi lesquels, l’ancien rédacteur en chef du grand quotidien économique Shunpo, Joseph Lian, qui a écrit que « les gens âgés et d’âge moyen se sentent blessés : comment peut-on ne pas protester contre la violence ? Comment les protestations pourraient-elles être inutiles ? ».

Veillée à la bougie pour le vingtième anniversaire des manifestations en 2009, à Hong Kong. Wikimedia

Veillée à la bougie pour le vingtième anniversaire des manifestations en 2009, à Hong Kong. Wikimedia

Ce dernier ne comprend pas l’absence des syndicats étudiants dans la commémoration du 4 juin et en parallèle, leur combat pour le suffrage universel mené depuis 2014 : « Quel changement !« , assure-t-il.

De son coté, Leung Chun-ying, chef de l’exécutif de Hong Kong, a assuré au quotidien AppleDaily, que « Hong Kong fait partie de la Chine, il est lié par le sang avec le peuple tout entier, la population de Hong Kong doit se préoccuper des grandes affaires de l’intérieur du pays ».

C’est là que le bas blesse. Les étudiants sont attachés à l’indépendance d’Hong Kong, au respect de l’identité et de la culture hongkongaise. Pour eux, participer aux commémorations signifieraient que le futur de l’île est lié à la République Populaire de Chine.

En effet, pour de nombreux étudiants, dont Chris Yeung, auteur pour le site EJinsinght, « les jeunes ne devraient pas négliger le fait que le paysage politique actuel de Hong Kong, partagé entre les pro-démocrates et les pro-Beijing, tient son origine du massacre du 4 Juin ». Pour ce dernier, les événements ont marqué la fin des ambitions de Hong Kong à vivre indépendamment même après la rétrocession de 1997.

D’ailleurs, pour Althea Suen Hiu-nam, présidente du Hong Kong University Students’ Union, « du point de vue de la jeune génération, il n’y a pas de sens à la commémoration du massacre de 1989« , car les étudiants vont porter leur attention sur les questions de Hong Kong et de son avenir ».

Cette dernière a d’ailleurs assuré qu’il « n’y a pas de progrès pour nous à la commémoration du 4 juin, il est donc tout à fait naturel de ne pas se concentrer sur ce point, ou du moins de ne pas porter une telle responsabilité ».

Althea Suen Hiu-nam a mit en évidence les contradictions de la situation. D’un côté, des hongkongais commémorant et luttant pour la démocratie en Chine et de l’autre, des hongkongais souhaitant maintenir les libertés et la démocratie au sein dans l’ancienne colonie britannique.

Image de UNE : Une bicyclette détruite et les traces de chenille d’un char. Monument à la mémoire des victimes de la répression de Tian’anmen à Wrocław, en Pologne.