Dimanche 11 décembre, la Chine est officiellement devenue une « économie de marché », mais de nombreux pays ont décidé de ne pas la reconnaître en tant que telle.

Certains d’entre eux estiment que Beijing ne répond pas aux critères formels d’une économie de marché : l’Etat contrôle et subventionne ses entreprises, fixe les prix sur son marché, s’oppose à toute concurrence étrangère sur son sol, intervient sur les marchés financiers ou encore manipule son taux de change.

Pays membre du groupe BRICS, le Brésil, par la voix de ces industriels rejette ce statut, car « la Chine n’est pas une économie de marché! », a affirmé la Confédération brésilienne des Industries (CNI) dans un communiqué. « En Chine, il y a encore des secteurs avec des prix artificiellement bas en raison des interventions de l’Etat dans l’économie », a souligné le directeur de développement industriel de la CNI, Carlos Abijaodi.

Cependant, le Brésil a reconnu le statut d’économie de marché à la Chine en 2004. Mais selon des sources gouvernementales citées par l’Agence France Presse, il s’agissait principalement « d’une reconnaissance politique » et non commerciale, car Beijing est le principal partenaire commercial du Brésil.

Les échanges bilatéraux ont atteint en 2015 66,3 milliards de dollars en 2015, avec un excédent de 4,9 milliards de dollars en faveur de la Chine.  Raison pour laquelle, Brasilia ne tient pas à remettre en cause son alliance avec l’Empire du milieu.

« Certains secteurs n’ont pas de problèmes avec les produits chinois, comme par exemple celui des produits électroniques qui ont des prix compatibles avec les prix normaux. Mais il y a des problèmes avec d’autres produits manufacturés qui parfois ont des prix inférieurs à ceux de leurs matières premières », a indiqué Carlos Abijaodi.

Pour les Etats-Unis, l’accord de 2001 n’a pas de caractère d’automaticité, car le pays  doit pour le gouvernement américain remplir les conditions d’une économie de marché. D’ailleurs, de son côté, le Japon a assuré ne pas accorder à la Chine ce statut.

Toutefois, plus de 80 pays, dont l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou encore la Suisse, ont accordé le statut d’économie de marché (SEM) à la Chine sans même attendre l’échéance de dimanche. Cependant, l’Union européenne n’a aucune intention d’entrer en guerre avec Beijing, car le pays est le 2nd partenaire commercial des 28.

Cependant, en contrepartie et pour protéger son industrie sidérurgique, Bruxelles a proposé, le 9 novembre, la mise en place  d’une nouvelle méthodologie plus stricte pour lutter contre le dumping.

Ce système permettrait de traiter la Chine comme n’importe quel pays comparable en cas de soupçon de « distorsion de marché », évitant « d’éventuelles mesures de rétorsion de la Chine puisque tout le monde va être traité de la même manière » a expliqué l’eurodéputé Franck Proust. Mais la proposition n’a pas pu être approuvée avant le 11 décembre, donc en attendant, Bruxelles va appliquer les règles actuelles.

D’ailleurs, face aux réticences, le ministre chinois du Commerce Gao Hucheng, a indiqué dans un article paru aujourd’hui que « pour les quelques membres ne remplissant pas les obligations, la Chine va défendre fermement ses droits et intérêts légitimes, et se réserver le droit de prendre de nouvelles mesures, afin de préserver, avec la grande majorité des membres, la rigueur du mécanisme commercial multilatéral ».