De notre partenaire Chinafrique.com – La nouvelle année commence sur une note positive en Afrique, malgré les effets économiques dévastateurs de la COVID-19 sur l’économie mondiale. Le 1er janvier 2021, les pays africains ont officiellement ouvert leurs marchés dans le cadre de l’accord de libre-échange continental pour le commerce transfrontalier de biens et de services en franchise de droits.

Coïncidence ou pas, le Brexit est entré en vigueur le même jour au Royaume-Uni, marquant officiellement la fin des relations entre le Royaume-Uni et l’UE. Au départ, l’entrée en vigueur de l’accord de libre-échange avec l’Afrique avait été prévue le 1er juillet 2020, mais COVID-19 oblige, elle a été reportée afin de donner aux pays africains la possibilité d’endiguer la propagation de la pandémie.

Le lancement de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est historique car il s’agit de la plus grande zone de libre-échange au monde depuis le développement de l’OMC, en raison du nombre de pays participants. L’accord définissant la ZLECAf a été signé par les dirigeants de 44 pays africains lors du sommet de l’Union africaine (UA) en mars 2018 à Kigali, au Rwanda. À ce jour, 34 des 54 pays africains ont ratifié l’accord commercial. La ZLECAf créera un marché unique pour les biens et les services, facilitera la circulation des personnes, promouvra le développement industriel et une croissance socio-économique durable et inclusive et aidera à résoudre la question des multiples adhésions conformément à l’Agenda 2063 de l’UA : L’Afrique que nous voulons.

Plus grande zone de libre-échange du monde, la ZLECAf couvrira un marché de 1,2 milliard de personnes avec un produit intérieur brut combiné de 2,5 billions de dollars. Elle permettra de stimuler le commerce intra-africain, en particulier les exportations intra-africaines, qui s’élèvent actuellement à 16,6%, contre 68,1% en Europe, 59,4% en Asie, 55% en Amérique et 7% en Océanie, selon le rapport 2019 de la Conférence de l’ONU sur le commerce et le développement (CNUCED) concernant le développement économique en Afrique.

Les femmes et les jeunes d’abord

Ce marché continental unique devrait être l’outil essentiel qui offrira une réponse parfaite aux défis du développement de l’Afrique. Selon la Banque mondiale, la mise en œuvre réussie de la ZLECAf pourrait permettre de sortir près de 30 millions d’Africains de l’extrême pauvreté et d’augmenter les revenus de 5,5 dollars par jour de 68 millions de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, dont la majorité est composée de femmes et de jeunes. Ce marché continental unique stimulera le commerce intra-africain et l’industrialisation, créera des opportunités professionnelles et améliorera la compétitivité des différents secteurs africains et de leurs produits sur les marchés internationaux. La Commission économique de l’ONU pour l’Afrique indique que la ZLECAf a le potentiel d’accroître le commerce intra-africain de plus de 50 %, tandis que la Banque mondiale affirme qu’elle réduira les formalités administratives et simplifiera les procédures douanières, ce qui entraînera une augmentation des revenus potentiels de 292 milliards de dollars.

Elle représente un moyen efficace de traiter le problème du chômage touchant les jeunes et les femmes en Afrique. Selon la Banque mondiale, le chômage des jeunes en Afrique représente 60 % du chômage total du continent. Pire encore, ce sont les jeunes femmes qui sont les plus touchées par le chômage. La ZLECAf offrira également aux PME une plus grande possibilité d’être des acteurs principaux dans les chaînes de valeur régionales pour leur permettre de répondre aux normes des marchés continentaux afin de fournir des intrants aux grandes entreprises dans le cadre du commerce transfrontalier. L’économie numérique et l’e-commerce se développant rapidement, les jeunes et les femmes tireront un immense avantage de l’exploitation des infrastructures numériques de l’Afrique pour maximiser les possibilités existantes.

Les contraintes en matière de capital, constituant un défi majeur pour les jeunes et les entreprises dirigées par des jeunes et des femmes, pourraient bientôt appartenir au passé si de nouvelles solutions innovantes de crédits pour l’e-commerce, incluant des solutions fintech, peuvent être adoptées par les jeunes. Des projets transfrontaliers de financement participatif pourront soutenir le financement des initiatives en e-commerce menées par les jeunes et les femmes. L’Afrique, contrairement à l’Europe, à l’Asie et au continent américain, a pris du retard dans la formation des jeunes talents, en particulier dans le domaine du sport. La mise en œuvre réussie de ce marché unique, permettant la libre circulation des personnes, offrira donc aux jeunes et aux femmes la possibilité d’explorer pleinement leurs talents et d’exercer leur métier partout sur le continent. En outre, la ZLECAf mettra l’accent sur les opportunités pour les entrepreneures, en se concentrant sur leur implication dans le commerce transfrontalier informel, l’analyse de la chaîne de valeur régionale et de genre et l’action affirmative/les marchés publics préférentiels, comme indiqué dans un rapport d’ONU Femmes à ce sujet.

Opportunités commerciales entre l’Afrique et la Chine

La croissance des relations sino-africaines fournit l’impulsion parfaite pour relancer le libre-échange africain. Le partenariat de la Chine avec les pays africains par le biais de l’initiative « la Ceinture et la Route » permettra d’approfondir les relations et d’accroître les investissement

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s en matière d’infrastructures, de facilités commerciales et de promotion industrielle. Les investissements chinois dans les chemins de fer, les routes, les aéroports, les ports, les centrales électriques et les télécommunications serviront de moteur au commerce intra-africain. Lors du sommet de Beijing du Forum sur la coopération sino-africaine tenu en 2018, le Président chinois Xi Jinping s’est engagé à consacrer 60 milliards de dollars au développement des infrastructures en Afrique.

La coopération est également nécessaire dans l’industrie manufacturière. La Chine demeure « l’usine du monde » en raison du faible coût de sa main-d’œuvre techniquement qualifiée, de son savoir-faire technique et de ses bonnes infrastructures. Les produits chinois restent également compétitifs sur les marchés internationaux et il sera bénéfique pour les pays africains de tirer profit de l’expérience chinoise en matière de fabrication pour l’exportation en ajoutant de la valeur pour développer le commerce intra-africain.

La Chine a déjà signé des accords avec 39 pays africains pour établir une coopération dans le domaine du renforcement des capacités industrielles afin de promouvoir la fabrication locale de biens et de renforcer la diversification économique. Par ailleurs, la Chine a signé un accord de libre-échange avec Maurice (une première avec un pays africain), qui positionnera stratégiquement la nation insulaire africaine au sein de la ZLECAf. L’accord contribuera à la mise en place de la route maritime de la soie qui vise à relier et à développer les infrastructures reliant les pays d’Afrique de l’Est, d’Asie et de l’océan Indien, au profit de la ZLECAf.

Outre le commerce, il existe également un besoin urgent de coopération en matière de transfert technologique. L’Afrique est dotée de ressources naturelles adéquates, ce qui devrait favoriser sa croissance économique et son développement.

Benard Ayieko, économiste, consultant et commentateur régional en commerce et investissements à Nairobi, au Kenya.