Des milliers de Hongkongais ont bravé l’interdiction de rassemblement pour marquer le 31ème anniversaire de la répression de Tiananmen, lors de veillées dans plusieurs quartiers marquées par des arrestations.

En 1989, dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, l’armée et ses chars investissaient la place Tiananmen, épicentre de manifestations étudiantes inédites. L’armée tire sur la foule. La répression fait des centaines de morts et met fin à sept semaines de manifestations d’étudiants et d’ouvriers qui dénonçaient la corruption et réclamaient la démocratie.

Une commémoration annuelle

Veillée à la bougie pour l’anniversaire des manifestations en 2009, à Hong Kong.

Depuis, chaque année à Hong Kong, des foules immenses commémorent la sanglante intervention de l’armée chinoise. Cette année, pour la première fois en trois décennies, la veillée à Hong Kong n’a pas été autorisée par la police. Celle-ci a invoqué les risques liés au Covid-19, les rassemblements de plus de huit personnes restant interdits.

Malgré cela, des milliers de Hongkongais ont bravé l’interdiction le 4 juin. Vers 20H00 (12H00 GMT), tous ont allumé des bougies dans le Parc Victoria, comme dans de nombreux quartiers d’un territoire, qui a connu en 2019 sa pire crise politique depuis sa rétrocession en 1997.

De son côté, la police a annoncé avoir procédé à des arrestations en tentant de disperser un rassemblement dans un quartier commerçant de la ville, Mongkok, où ils ont accusé des « protestataires vêtus de noir » d’avoir bloqué des routes.

Les veillées attirent généralement des foules de Hongkongais, surtout quand les relations avec Beijing sont dégradées, comme c’est particulièrement le cas cette année. Depuis sept mois, des manifestations quasi-quotidiennes ont lieu dans la métropole financière. En réponse à ce mouvement, Beijing a annoncé fin mai son intention d’imposer à Hong Kong une loi sur la sécurité nationale, qui prévoit de punir les activités séparatistes, « terroristes », la subversion, et les ingérences étrangères dans le territoire.

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Signe que la crise politique perdure, le Parlement hongkongais – acquis à Beijing – a approuvé un projet de loi controversé visant à criminaliser tout outrage à l’hymne chinois. Ce projet est perçu par l’opposition pro-démocratie comme une mesure de plus de Pékin pour mettre au pas sa région semi-autonome.

Washington appelle Beijing à fournir un bilan du massacre

Les États-Unis ont salué comme chaque année la mémoire des victimes. Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a d’ailleurs rencontré à Washington quatre figures du mouvement, dont l’un des principaux leaders étudiants de l’époque, Wang Dan.

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Washington a appelé le gouvernement chinois à fournir « un bilan complet » du massacre, alors que le président Donald Trump a menacé de faire appel à l’armée pour mettre un terme aux débordements observés à travers le pays en marge de manifestations contre le racisme et les violences policières.

Interrogé sur la répression, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a répété que le pouvoir chinois était « déjà parvenu à une conclusion claire sur les troubles politiques survenus à la fin des années 1980 ».

« Les grandes réalisations de la Chine nouvelle au cours des 70 dernières années ont pleinement démontré que la voie de développement choisie par la Chine est tout à fait correcte », a indiqué Zhao Lijian.

Or la Maison-Blanche a publié un communiqué dans lequel elle assure que le «massacre» d’étudiants chinois sur la place Tiananmen en 1989 est «une tragédie qui ne sera pas oubliée».

«Les Etats-Unis appellent la Chine à honorer la mémoire de ceux qui ont perdu leur vie et à fournir un compte-rendu détaillé sur ceux qui ont été tués, détenus ou restent portés disparus en lien avec les évènements de la place Tiananmen le 4 juin 1989», a dit l’exécutif américain dans un communiqué.

«Le massacre par le Parti communiste chinois de civils chinois non armés fut une tragédie qui ne sera pas oubliée», a ajouté sa porte-parole, Kayleigh McEnany. Washington demande également à Beijing de «mettre fin à la persécution systématique de millions (de membres) de minorités ethniques et religieuses».