Hong Kong défend ses libraires

par | Jan 5, 2016 | Hong Kong, POLITIQUE

A Hong Kong, 5 personnes travaillant dans une librairie spécialisée en politique, notamment celle de la Chine continentale, ont disparu ces dernières semaines.

Lee Bo, 65 ans

Le 2 janvier, Lee Bo, l’un des propriétaires de la Librairie Mighty Current, a été porté disparu auprès de la police par sa femme. Depuis la mi-novembre, ce sont quatre autres collaborateurs de ce dernier qui ont disparu, de manière suspecte. Raison pour laquelle, la presse hongkongaise titre et affirme qu’il s’agirait d’un enlèvement politique pouvant mené par la police chinoise.

Une librairie critique vis-à-vis de la politique continentale 

La librairie Mighty Current à Causeway Bay est connue pour la vente et l’édition d’ouvrages critiques envers le gouvernement chinois. Prisée des touristes, la librairie possède des livres politiques, très souvent hostiles au régime communiste, qui sont censurés sur le continent.

Selon la famille de Lee Bo, il pourrait s’agir de représailles des autorités chinoises, car il allait publier un ouvrage sur les proches de l’actuel président, Xi Jinping.

Responsable de la branche édition de la librairie, il n’est pas rentré chez lui, le 30 décembre, et l’un de ses collègues dit l’avoir vu partir avec un inconnu. Sa femme a expliqué aux médias, qu’elle a reçu un appel téléphonique, tard dans la nuit, provenant d’un numéro chinois enregistré à Shenzhen.

Les proches de l’éditeur de 65 ans, y voient la méthode des forces de sécurité chinoise, qui se seraient introduit en territoire hongkongais pour y mener des opérations. L’éditeur pourrait être détenu sur le continent, à l’instar de ces quatre collègues, qui n’ont toujours pas donné signe de vie, depuis la mi-novembre.

La presse craint pour sa liberté

La presse hongkongaise s’inquiète de ces enlèvements à répétition. Le grand quotidien économique hongkongais Shunpo (Hong Kong Economic Journal), titrait « Terreur suscitée par des disparitions en série », selon Courrier International.

L’éditorialiste précise « qu’une personne disparaisse, c’est déjà étrange. Mais quand cinq personnes aux liens avérés disparaissent successivement de la face du monde, ce n’est plus étrange, c’est terrifiant ».

Ce dernier a ajouté que la librairie venait de publier deux ouvrages sur le président chinois Xi Jinping, donnant pourtant une image parfaite de lui, notamment avec la série basée sur ses citations faites lors d’intervention, publiée cette année et l’an dernier.

Le HKEJ écrit que « le monde de l’édition hongkongaise a-t-il pénétré une zone interdite, et est-il pour cela victime de représailles en dehors du cadre légal ? Le vent mauvais du crime d’opinion a-t-il commencé à souffler à Hong Kong ? Si c’est le cas, la ‘Loi fondamentale’ qui garantit noir sur blanc la liberté d’expression est cruellement bafouée ». D’autant plus que l’un des principaux journaux de l’île, South China Morning Post, vient d’être racheté par le magnant chinois, Jack Ma.

Les politiques hongkongais dénoncent

Lundi 4 janvier, le chef du gouvernement de Hong Kong, Leung Chun-ying, s’est dit « très préoccupé, comme l’ensemble des ministères concernés » par la disparation de ces cinq personnes. Ce dernier a indiqué à la presse que « le gouvernement se sent très concerné par la sécurité et les droits des habitants de Hongkong », ajoutant que « seuls les services de sécurité hongkongais ont le droit de faire respecter la loi à Hongkong ».

De son côté, le secrétaire à la sécurité de Hong Kong, John Lee, a promis que la police enquêtait « activement » sur l’affaire. Mais il est évident pour le député démocrate Albert Ho, que Lee Bo a été victime d’un « enlèvement politique et transféré illégalement sur le continent« .

Pancarte présente lors de la manifestation

Albert Ho était d’ailleurs présent au côté de la vingtaine de personnes venu défiler dans le centre ville de Hong Kong pour demander des explications aux autorités. A cette occasion, il a indiqué que cette disparition avait un lien avec la publication prochaine d’un livre sur la vie privée de Xi Jinping.

En effet, d’après Maya Wang, interrogé par The Telegraph, « le livre concerne une histoire sur l’ex-petite amie » du président Xi Jinping. Pour Human Right Watch, ces enlèvements sont « un effort concerté des autorités de Chine continentale pour empêcher certains livres politiques de passer de Hong Kong en Chine« .

Avis partagé par Emily Lau Wai-hing, leader du Parti Démocrate Progressiste, qui s’est indignée de savoir que dès que « le personnel du continent transgresse les lois d’Hong Kong, cela entraînera-t-il le changement d’un pays, deux systèmes?« .

 Du côté chinois, pas de raison de s’alarmer

De son côté, la presse officielle chinoise dénonce les protestations hongkongaises en les qualifiant de « spéculations« . Le quotidien nationaliste Huanqiu Shibao souligne qu’une « minorité de Hongkongais ne doit pas douter pour un oui ou pour un non du principe : un pays, deux systèmes ».

L’éditorialiste assure que « le gouvernement hongkongais se mettra en rapport avec les autorités chinoises et saura apporter des réponses au public. Toute spéculation politique préalable, toute agitation sur Internet, n’ont aucun intérêt« .

L’éditorialiste Shan Renping assure que « c’est le moment de réfléchir aux agissements de la Librairie de Causeway Bay », d’après Courrier International. Ce dernier affirme que la librairie pousse à la « provocation de troubles dans la société chinoise », en vendant ses livres aux touristes chinois. Ainsi, Mighty Current a « nui aux intérêts supérieurs chinois de maintien de l’harmonie et de la stabilité ».

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