Le Saint-Siège et la Chine vont reconduire un accord historique signé en 2018, qui accorde au Pape le dernier mot pour nommer des évêques chinois.

Cette annonce a suscité de vives critiques aux Etats-Unis. Le président Donald Trump a brandit la répression anti-religieuse chinoise comme un argument de campagne présidentielle.

Son secrétaire d’Etat Mike Pompeo a attaqué le Vatican en publiant un tweet et une tribune où il dénonce les persécutions «horribles» des croyants de toutes confessions en Chine qui «révulsent» de nombreux pays.

«Plus que jamais, le peuple chinois a besoin du témoignage moral et de l’autorité du Vatican», a assuré Mike Pompeo dans la revue religieuse américaine «First Things». Pour lui, «l’accord entre la Chine et le Vatican n’a pas protégé les catholiques contre les agissements du parti».

Le pape François a adopté une attitude diplomatique de petits pas avec la Chine, afin de recoller une Église chinoise scindée en deux. Les quelque 12 millions de catholiques chinois ont du pendant des décennies choisir entre une Église «patriotique», placé sous l’égide des autorités, et une Église dite «clandestine» reconnaissant l’autorité du pape.

Le Vatican avait scellé le 22 septembre 2018 un accord «provisoire» historique avec la Chine, après des années de tractations, dont le contenu exact n’a jamais été publié. Ce document permet au pape François de reconnaître immédiatement huit évêques chinois nommés par la Chine sans son aval.

Deux ans plus tard, le bilan est mitigé. Deux nouveaux évêques ont été nommés en Chine avec l’aval du Pape, mais ils ont dû au préalable devenir membres de l’Église patriotique officielle. Certains évêques refusent de devenir membre de l’église officielle, en raison des persécutions passées.

En février 2020, des «ministres» des Affaires étrangères de Chine et du Vatican s’étaient rencontrés publiquement lors d’un événement international, une première depuis 1951, lorsque les relations diplomatiques entre la Chine et le Saint-Siège ont été rompues.

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Outre la question des évêques, le Vatican continue d’entretenir des relations diplomatiques avec Taïwan. Une situation de blocage, car cette île est considéré par la Chine comme une province chinoise en attente de réunification.

En septembre 2020, le pape François vient de donner son feu vert au renouvellement de l’accord toujours en mode «expérimental» pour deux autres années, a précise à l’Agence France Presse une source proche du dossier.

Selon cette source, un échange de notes avec la Chine doit encore sceller «en octobre» ce renouvellement d’accord. Mais d’autres points de tension persistent comme la disparition de prêtres catholiques chinois pendant des semaines «à l’invitation» des autorités.

Ces disparitions font l’objet de critiques récurrentes du cardinal Joseph Zen de Hong Kong, et du père italien Bernardo Cervellera, ancien missionnaire en Chine. Ce dernier a publié sur son site AsiaNews des témoignages de catholiques chinois dénonçant l’accord.

«Notre intérêt actuel avec la Chine est de normaliser le plus possible la vie de l’Église», a expliqué à la mi-septembre le cardinal Pietro Parolin, bras droit du pape François et principal artisan de l’accord.

Ce dernier a admit que les premiers résultats de l’accord «n’ont pas été particulièrement éclatants». De son côté, Zhao Lijian, porte-parole du ministre chinois des affaires étrangères, a donné une note positive à cet accord bilatéral «mis en place avec succès».

Un compliment venant de la Chine qui s’interroge sur toute organisation, notamment religieuse, pouvant menacer son autorité. Le gouvernement a entreprit depuis plusieurs années une politique de «sinisation» des religions. Le président Xi Jinping, arrivé au pouvoir en 2012, a accru la surveillance de l’ensemble des cultes. Des églises ont été détruites, des croix descendues des clochers et des écoles maternelles religieuses fermées.