Par Quentin Dussart, Consultant en communication économique – Ce qui paraissait comme une utopie il y a encore quelques mois pourraient s’avérer être l’une des transformations les plus marquantes de ce 21ème siècle. Son nom: centrale solaire spatiale. Alors que la NASA puis ses homologues Indiens, Russes et Européens se sont cassés les dents sur ce projet, la Chine a annoncé en décembre 2019 à Xiamen (Fujian) vouloir relever le défi avant 2035. Le principe peut paraître simple, envoyer des gigantesques panneaux solaires dans l’espace pour bénéficier d’une performance décuplée.

L’idée est apparue pour la première fois dans la nouvelle de science-fiction « raison » d’Isaac Asimov en 1941. En 1981, il tenta de prédire la date de mise en orbite d’une telle centrale solaire. Résultat de sa prédiction ? 2019…

L’idée fût précisée et évaluée scientifiquement durant les dernières décennies notamment par Peter Glaser en 1968 mais semblait avoir été abandonnée avant cette annonce de la Chine. Les avantages de cette potentielle nouvelle source d’énergie sont nombreux.

Tout d’abord, l’efficacité d’une telle structure envoyée à près de 36 000 km2 de la terre est six fois plus importante qu’une structure équivalente sur terre. En effet, la centrale solaire spatiale a l’avantage de ne pas être obstruée par l’atmosphère qui est responsable de la perte d’entre 55 et 60% de l’énergie solaire captée par les panneaux solaires terrestres traditionnels.

De plus, la centrale solaire spatiale a l’avantage de ne pas connaître de nuit grâce à sa trajectoire orbitale garantissant ainsi la captation de l’énergie solaire 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Elle serait donc également épargnée de la pluie, du vent ou de la dégradation humaine. Comble du projet, cette énergie est complètement propre et est également bien plus efficace que les énergies fossiles terrestres.

Alors, pourquoi toutes les nations ne se lancent pas dans cette course vers l’énergie du siècle ? Et bien, tout d’abord pour une raison technologique. Il reste encore deux grandes inconnues à ce stade avant d’imaginer pouvoir capter l’énergie solaire depuis l’espace et la renvoyer sur terre.

La première, c’est le poids de la centrale spatiale. Plus de 10 000 tonnes. A titre de comparaison, la station spatiale internationale (ISS) pèse de son côté 400 tonnes soit 25 fois moins. Pour remédier à ce problème, les ingénieurs Chinois planchent sur un modèle de centrale spatiale utilisant la technologie de l’impression 3D. Ainsi, nul besoin d’envoyer la structure prête à l’emploi dès son lancement officiel mais permettre à la centrale solaire de se développer et de se terminer de façon autonome depuis l’espace.

Deuxième problème, et non des moindres, l’acheminement de cette énergie vers la terre. Deux solutions sont d’ores et déjà à l’étude. Primo, convertir l’énergie captée par la centrale solaire en micro-ondes et les envoyer vers la terre. Cependant, cette solution pourrait s’avérer avoir un effet négatif sur l’atmosphère, perdant ainsi son attrait écologique. Autre solution : renvoyer l’énergie sous forme de laser à un ou des points précis sur terre qui pourrait ainsi capter cette énergie. Quoi qu’il en soit, la Chine se donne les moyens de ses ambitions en ayant déjà programmé l’ouverture d’un centre expérimental dédié dans le Chongqing (Sud-Ouest de la Chine) qui aura coûté la bagatelle de 28 millions de dollars.

L’enjeu est de taille pour la Chine qui ne cesse de réaffirmer ses ambitions spatiales ; conquête de la lune, alunissage sur la face cachée, exploration de Mars. L’espace n’est finalement que le prolongement de la stratégie Chinoise de placer le pays comme la référence mondiale et remettre en cause la domination Américaine. Le pays a bien compris ce qui fait la force des Etats-Unis : la dépendance des autres pays à son économie.

En effet, en proposant une énergie à bas coût et propre au reste du monde, la Chine dispose d’un atout supplémentaire dans les négociations qu’elle mène actuellement dans le cadre de ses nouvelles routes de la soie. De ce point de vue, l’Union Européenne a une carte à jouer, elle qui a fait de l’exploration spatiale une nouvelle priorité pour les années à venir en relançant plusieurs programmes spatiaux. L’investissement est certes important mais il pourrait permettre au « vieux continent » de se remettre sur le devant de la scène.

Quentin Dussart
Consultant en communication économique