Les autorités tanzaniennes ony décidé de suspendre le projet du port de Bagamoyo, d’un montant de 10 milliards de dollars (8,8 mds€).

Le projet, qui a démarré en 2015, aurait été la plus grande porte d’entrée en Afrique de l’Est pour la Chine, et une infrastructure clé pour les nouvelles routes de la soie. Mais le président tanzanien, John Magufuli, a accusé les promoteurs du projet chinois de présenter des conditionnalités «abusives et délicates» en échange d’un financement.

«Ils nous ont dit qu’une fois le port construit, il ne devrait plus y avoir de port allant de Tanga à Mtwara sud», a expliqué John Magufuli à une délégation d’hommes d’affaires à Dar es Salaam en mai 2019. «Ils veulent que nous leur donnions une garantie de 33 ans et un bail de 99 ans», a dénoncé le président.

Les désaccords sur les conditions d’investissement opposent les autorités tanzaniennes à l’opérateur portuaire chinois China Merchants Holdings International, qui a été chargé de construire ce méga-projet financé par la Chine et le Sultanat d’Oman.

«Les conditions qu’ils nous ont données n’étaient pas viables sur le plan commercial. Nous leur avons dit non», a déclaré de son côté le directeur général de l’Autorité portuaire tanzaniene (TPA), Deusdedit Kakoko.

«Cela aurait été une perte … Ils ne devraient pas nous traiter comme des écoliers et se comporter comme nos enseignants», a-t-il ajouté. Ce dernier a précisé que des doléances ont été envoyé par les autorités tanzaniennes à l’opérateur portuaire chinois : «nous attendons qu’ils entament de nouvelles discussions. Quand ils seront prêts, nous reprendrons les discussions».

Dans un courrier électronique adressé à l’agence de presse britannique Reuters, China Merchants Holdings International a indiqué que les négociations avec la partie tanzanienne se sont étalées sur plusieurs années sans aboutir à un accord juridiquement contraignant.

«Ce projet est un projet d’investissement purement commercial, et China Merchants Holdings a toujours suivi les principes de faisabilité commerciale et de coopération gagnant-gagnant dans ses investissements à l’étranger», a noté le groupe chinois.

Le président John Magufuli a également affirmé que la construction du port de Bagamoyo, dont la première pierre avait été posée par son prédécesseur, Jakaya Kikwete, risquait de compromettre l’expansion actuelle du port de Dar es-Salaam, d’une valeur de 522 millions de dollars. Cette extension doit permettre de tripler sa capacité actuelle une fois achevée à la fin de 2019.

D’après le descriptif du projet initial, le port devait occuper 800 hectares et réserver 1700 hectares supplémentaires pour une zone industrielle à Portside, celle-ci aurait été développée en vertu d’un accord tripartite entre le gouvernement tanzanien, China Merchants Holdings International (futur gestionnaire du port) et le fonds de réserve du gouvernement de l’État d’Oman.

Le nouveau port de Bagamayo aurait traité près de 20 fois plus de marchandises que le port de Dar Es Salaam, la première phase devant être achevée pour 2017. Dans les prochains jours, a-t-on appris, la Chine fera une déclaration sur la suspension de ce projet à plusieurs milliards de dollars.