L’Afrique du Sud, la Russie et la Chine planifient des exercices navals conjoints en février 2023 au large de l’Afrique australe, non loin de la province côtière de KwaZulu-Natal. Il s’agit du second exercice trilatéral, après l’entrainement conjoint des marines chinoises, russes et sud-africaines, en 2019, dans les eaux du cap de Bonne-Espérance.

Ces exercices navals sont connus sous le nom d’Ex Mosi. Ils auront un poids géopolitique et stratégique dans le cadre de la vision des deux anciens alliés russe et chinois. Ces derniers prônent un nouveau monde multipolaire émergent opposé à la domination américaine et les aspirations de ce dernier au leadership sur le continent africain.

Selon Naval News, la Chine, la Russie et l’Afrique du Sud ont convenu de mener des exercices navals trilatéraux du 17 au 24 février 2023 au large des côtes de la province sud-africaine du KwaZulu-Natal dans l’océan Indien.

D’après ce site Web de défense sud-africain Defence Web, l’exercice Mosi impliquera des exercices de recherche et de sauvetage, de navire en détresse, d’officier de quart, de tir, de protection de la force et de défense aérienne. Des navires de l’Armée de libération du peuple chinois (APL-N), deux navires de la marine russe et un navire de guerre de la marine sud-africaine participeront aux exercices.

Naval News note que l’annonce intervient après que la Chine et la Russie ont clôturé les exercices navals bilatéraux en mer de Chine orientale du 21 au 27 décembre 2022 qui visaient à mettre en avant les capacités conjointes des deux alliés pour contrer les menaces maritimes et, en même temps, à défendre nominalement et la paix et la stabilité régionales.

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Auparavant, la Chine, la Russie et l’Afrique du Sud avaient organisé des exercices navals trilatéraux du même nom en 2019. Dans un article de 2019 pour The Diplomat , Ankit Panda a noté que l’exercice Mosi de 2019 était le premier exercice naval trilatéral entre les trois pays dans les eaux au large de l’Afrique.

Ces exercices ont impliqué la frégate chinoise Type 054 Weifang, le croiseur lance-missiles russe Admiral Ustinov accompagné du pétrolier Vyazma et du remorqueur SB-406, ainsi que la frégate sud-africaine SMS Amatola et SAS Protea et son navire auxiliaire.

L’exercice naval prévu en février 2023 pourrait être une tentative de la Chine et de la Russie de se présenter comme des alternatives aux arrangements de sécurité menés par l’Occident.

D’autant que la Chine et la Russie, ainsi que le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud, sont membres du groupe de nations dit «BRICS». Cité par Asia Times, Zaki Laïdi a décrit le bloc BRICS comme une coalition hétérogène unie par un objectif fondamental d’éroder les revendications hégémoniques occidentales en défendant la souveraineté politique des États.

Ce dernier a noté que si le BRICS n’est pas une coalition anti-occidentale en soi, ni ne propose un ordre mondial alternatif, l’accent mis par le bloc sur le maintien de la souveraineté des États diverge des valeurs libérales des régimes occidentaux.

D’ailleurs, le président chinois Xi Jinping a fait référence à l’Occident lors du 14e sommet des BRICS de juin 2022 , déclarant que « certains pays cherchent à élargir les alliances militaires pour s’assurer la sécurité absolue, à créer la confrontation des blocs en forçant les autres pays à prendre parti, et à prétendre à la suprématie au détriment des droits et intérêts des autres pays. Si nous laissons ces tendances dangereuses se poursuivre, le monde pâtira de plus de turbulences et d’insécurité ».

Les engagements de la Chine et de la Russie avec l’Afrique du Sud peuvent également être motivés par la valeur stratégique du pays africain. « L’emplacement stratégique de l’Afrique du Sud et sa position de puissance militaire sur le continent africain l’ont rendue attrayante pour la Chine et la Russie », a indiqué Anton Kruger dans un article de mai 2011 pour l’Institute of Security Studies.

Ce dernier a écrit que l’emplacement et les ressources du port géostratégique de l’Afrique du Sud peuvent permettre aux BRICS de mieux rivaliser lors des sommets du G7 et de servir de voie de navigation alternative compte tenu de la vulnérabilité du canal de Suez à l’instabilité politique au Moyen-Orient.

Pour l’Afrique du Sud, son adhésion aux BRICS est un moyen de se positionner comme le leader régional de l’Afrique, et avec ses engagements avec la Chine et la Russie, y compris les exercices navals à venir, ce sera une tentative de légitimer cette position.

Cependant, les exercices navals trilatéraux à venir ne doivent pas être surinterprétés comme l’Afrique du Sud passant de l’OTAN et de l’Occident à la Chine et à la Russie, selon Asia Times. Car selon Peter Fabricius, l’équipement et les tactiques militaires de l’Afrique du Sud dépendent encore massivement de l’OTAN.