Introduit en Chine au milieu du 1er siècle, il devient à partir de la fin du IIIe siècle l’un des trois principaux courants idéologiques et spirituels (les Trois écoles, sānjiào 三 教) avec le Confucianisme  et le Taoïsme.

Tête de Buddha (Chine septentrionale) Musée Guimet

Tête de Buddha (Chine septentrionale) Musée Guimet

D’après Vincent Goossaert, chargé de recherche au CNRS, équipe « Groupe de sociologie des religions et de la laïcité », le Bouddhisme est arrivé en Chine, par l’intermédiaire de missionnaires et marchands d’Asie centrale. L’introduction fut « progressive, spontanée et pacifique d’une vision nouvelle du monde et du salut ». Certains historiens attribut l’introduction du Bouddhisme en Chine à Zhang Qian. Ce dernier aurait, lors d’une mission diplomatique, entre 138 et 126 avant Jésus Christ, permit les échanges entre l’Empire du Milieu et l’Asie Centrale, berceau du bouddhisme.

Les premières traces du Bouddhisme en Chine proviendraient du premier témoignage historique dans le Livre des Han Postérieurs (Hou Hanshu, 後漢書, pinyin : hòu hàn shū). La légende « dorée » évoque l’intérêt de l’empereur Ming de la dynastie Han pour cette philosophie. D’après la légende, il aurait rêvé, en l’année 64, de l’arrivée d’un personnage en or. Après avoir appris qu’il s’agissait du Bouddha, il envoya une mission qui ramena en Chine des textes bouddhiques.

Les missionnaires bouddhiques ont apporté avec eux une conception philosophique et cosmologique bien différente de la leurs, celle-ci était composé d’un clergé séparé de la société. Les missionnaires avaient fait vœu de chasteté et de pauvreté à titre individuel, et de nouveaux modes de dévotion, centrés sur des statues consacrées, firent leur apparition.

Cette nouveauté pour les Chinois, qui ne priaient pas les divinités devant des statues mais plutôt des représentations abstraites, écrites, ainsi que des vases en bronze et des figurants humains. Le bouddhisme fut accepté par les Taoïstes, qui l’inclurent à leur propre foi.

Les premiers textes et temples bouddhiques

L’empereur Ming expédia ses envoyés vers Tiānzhú 天竺 (Nord-Ouest de l’Inde) pour en rapporter des effigies et des écrits. Parmi eux, le conseiller Zhong Hu, et la délégation composée de 18 personnes, menée par Cai Yin, Qin Jing et Wang Zun auraient ramené, selon certains historiens, en 67 de l’Afghanistan 42 citations bouddhiques constituant le Sūtra en quarante-deux sections « 四十二章經 ». Il s’agit du premier texte bouddhique parvenu en Chine selon la tradition, il est considéré comme apocryphe par quelques spécialistes.

En 68, l’empereur Ming fonda le Temple du Cheval Blanc (Báimǎsì, 白馬寺) de Luoyang, dans la province du Henan. Le Bouddhisme commence alors à se répandre dans tout l’empire. Il prend une connotation politique, lorsque le prince Liu Ying, frère de l’empereur Ming de la dynastie Han, devient le premier moine bouddhiste chinois. Sa renommée ne l’empêche pas d’être banni pour ses ambitions politiques.

Les premières traductions de Soutras ont lieu vers 148 sous la direction du missionnaire parthe An Shigao (Ān Shìgāo, 安世高, missionnaire bouddhiste parthe). D’après la légende, il aurait été capturé lors d’une expédition kouchanaise dans le Bassin du Tarim. Il traduit à Luoyang 35 textes théravada. Le kouchanais Lokaksema (Zhī Lóujiāchèn, 支婁迦讖, ou Zhī Chèn, 支讖 en chinois, est le premier traducteur connu de textes du bouddhisme mahayana en chinois) arrive à son tour à la capitale en 150 et y traduit entre 178 et 189 plusieurs textes Mahāyāna.

« Le développement institutionnel de l’église bouddhique en Chine est accompagné par un développement intellectuel continu », indique V. Goossaert. Il explique que les premiers textes bouddhiques traduits en chinois apparaissent avec les missionnaires mais que ce n’est qu’à partir du 4ème siècle et jusqu’à la fin de la dynastie Tang (618 à 907), que la  traduction de la littérature canonique prend réellement son essor.

Les nombreux textes bouddhiques ont certes apporté aux fondements théoriques du bouddhisme chinois, mais il créa la confusion: « le canon ancien avec les soutras réputés prêchés par le Bouddha, les textes de discipline monastique et la scolastique classique, ainsi que les soutras et traités du Grand véhicule, Mahayana », sont datés à la même époque.

Des moines chinois voulurent aussi visiter les sources du bouddhisme en Inde et s’assurer que tous les textes canoniques leur étaient bien parvenus ; le plus célèbre d’entre eux,  le moine Xuanzang (596-664), partit seize ans en Inde, afin de s’assurer de la véracité des textes canoniques, et revint en Chine une importante quantité de textes nouveaux. À partir du 7ème siècle, des moines coréens et japonais se rendent en Chine afin d’apprendre les sources du Bouddhisme.

Les écoles du Bouddhisme chinois

Françoise Wang, chercheur au CNRS, met en évidence six écoles principales, ayant attrait au bouddhisme chinois, et les modes de pensée, les aspirations, et les traditions chinoises. L’école Tiantai doit son nom  aux monts Tiantai situés dans la province du Zhejiang. C’est à cet endroit que Zhiyi (538-597), élabora les principes doctrinaux de cette école, grâce aux écrits de ses disciples. Il mit en place les bases en prenant en compte toutes les formes de bouddhisme et donnant une place à tous les sutras, venant du Petit ou du Grand Véhicule.

L’école Huayan ou Avatamsaka est un « courant spéculatif privilégiant l’exégèse ». Son nom vient du sutra de l’Ornementation fleurie – Avatamsaka-sutra en sanskrit, Huayan jing en chinois. D’après cette tradition, le Bouddha prêcha le sutra, après avoir réalisé l’Éveil. Mais la complexité du texte, conduisit le Bouddha a prêcher les textes du Petit Véhicule ou Hinayana. Fazang (643-712) est considéré comme le fondateur de cette école.

L’école de la Terre pure ou Jingtu jiao, trouve son origine en Inde mais se développa surtout en Chine. Celle-ci prône une dévotion sans limite au Bouddha Amitabha. S’appuyant le Sukhavativyuha-sutra ou sutra de la Terre pure de la félicité. L’école Faxiang et les caractéristiques des dharmas, fondée par le grand traducteur, exégète et pèlerin Xuanzang (vers 596-664). Apparentée à l’école indienne du Yogacara, ses enseignements sont fondés sur deux maîtres indiens Asanga et Vasubandhu.

L’école Chan et le Zen au Japon, vient du terme « chan-na », transcription chinoise du sanskrit dhyana, signifiant « méditation », qui permet de découvrir et transformer les bases de notre compréhension du monde. L’école tantrique se développa en Chine au VIIIe siècle grâce à l’arrivée de maîtres indiens, notamment Amoghavajra. Elle s’appuie sur le développement de la compassion et de la sagesse comprenant la vacuité.