Deux ans après la création de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII), l’Inde est devenue le premier bénéficiaire de cette institution, avec plus d’un milliard de dollars (840 millions d’euros) de prêts.

Pourtant l’Inde reste un fervent contestataire de la nouvelle route de la soie de la Chine. Les autorités indiennes ont d’ailleurs créée leur «Route de la liberté» pour concurrencer celle de Beijing.

Raison pour laquelle, plusieurs experts chinois, interrogés par le quotidien Global Times, ont affirmé que cette situation pousse l’Inde à adopter l’initiative «La Ceinture et la Route» proposée par le président Xi Jinping, en 2013.

Plus d’1 milliard de dollars d’accord avec la BAII

Visite en Chine en 2015 de Narendra Modi, Premier ministre indien, ici au côté d Xi Jinping, Président chinois.

A l’occasion de la séance d’ouverture de la 3ème réunion annuelle de la BAII à Mumbai, le Premier ministre indien Narendra Modi a déclaré que «l’Inde et l’AIIB sont fortement engagées à rendre la croissance économique plus inclusive et durable» en Asie.

Pour ce dernier, «l’Asie est toujours confrontée à un large éventail de disparités dans l’accès à l’éducation, aux soins de santé, aux services financiers et aux opportunités d’emploi formel. Les institutions multilatérales régionales comme la BAII peuvent aider à augmenter les ressources».

Raison pour laquelle, Narendra Modi a souhaité augmenter le fonds de financement de la BAII, en l’augmentant de 4 milliards de dollars (3,36 mds €) à 40 milliards de dollars (33,6 mds €) d’ici 2020 et à 100 milliards de dollars (84 mds €) d’ici 2025.

Or en 2017, l’Inde a bénéficié de plusieurs accords avec la BAII. Le premier est un prêt de 160 millions de dollars (134,4 millions d’euros), acté en mai 2017, pour financer un projet électrique, destiné à renforcer le système de transmission et de distribution d’électricité dans l’Etat d’Andhra Pradesh.

Le second, signé en juin 2017, est un premier investissement en actions, d’une valeur de 150 millions de dollars (126 millions d’euros), pour stimuler des capitaux privés pour des projets d’infrastructures en Inde. Le dernier accord est un prêt de 335 millions de dollars (281,4 millions d’euros) pour un projet du métro électrique à Bangalore, en Inde.

L’Inde est aujourd’hui le plus gros emprunteur de la Banque africaine de développement (BAfD), basée à Beijing, et en activité depuis 2016. L’Inde a financé ses projets à hauteur de 4,4 milliards de dollars (3,7 milliards d’euros) depuis le début des opérations de la banque.

Shri Subhash Chandra Garg, secrétaire du Département des affaires économiques de l’Inde, a confirmé dans un communiqué que son pays est «le plus grand emprunteur de la BAII». D’autant que le pays a besoin de plus de 1 500 milliards de dollars (1200 mds d’euros) d’investissements dans la prochaine décennie pour combler le déficit d’infrastructure, d’après le Global Times.

L’Inde n’adhère pas à l’initiative chinoise

Nouvelle route de la soie

Pour Zhou Qiangwu, directeur de l’Institut international d’économie et de finance, «l’Inde, qui est également un grand pays sur les routes du La Ceinture et la Route, modernisera ses infrastructures avec l’aide du fonds, ce qui contribuera à terme à la connectivité dans toute l’Asie du Sud».

Le quotidien conservateur, Global Times, a déploré le refus de l’Inde «d’approuver La Ceinture et la Route en dépit du réchauffement des relations diplomatiques entre les deux pays lors du récent sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai».

Pourtant Narendra Modi a assuré que «la connectivité avec les pays voisins était la priorité de l’Inde», selon le journal Press Trust of India.  Malgré tout, l’Inde est préoccupée par la Nouvelle Route de la soie, car elle a renforcé les relations entre la Chine et le Pakistan, et notamment le corridor économique sino-pakistanais.

Pour Wang Yiwei, directeur de l’Institut des affaires internationales de l’Université Renmin de Chine, «il n’est pas nécessaire de se concentrer uniquement sur certains concepts», mais sur les avantages qu’offrent cette nouvelle route de la soie.

Car la coopération multilatérale va au-delà de l’infrastructure, a assuré au Global Times, Tian Guangqiang, chercheur adjoint à l’Institut national de stratégie internationale de l’Académie chinoise des sciences sociales.

«L’Inde pourrait augmenter son volume commercial et attirer davantage d’investissements dans le cadre de La Ceinture et la Route, le pays sud-asiatique devrait donc abandonner ses doutes et ses inquiétudes d’un point de vue géopolitique, même si cela prend du temps», a assuré ce dernier.