Surprise le 12 mars 2015, le Royaume-Uni a annoncé son intention de rejoindre la Banque Asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII), un coup dur pour les Etats-Unis qui tentent d’isoler la Chine sur la scène internationale, et notamment auprès de ses alliés occidentaux.

Le président chinois Xi Jinping et David Cameroun, Premier ministre britannique

Le président chinois Xi Jinping et David Cameroun, Premier ministre britannique

« Créer une occasion unique »

Le gouvernement conservateur de David Cameron a décidé de s’intégrer à l’économie mondiale, de plus en plus concentrée sur l’Asie :

« Je suis très heureux d’annoncer aujourd’hui que le Royaume-Uni sera le premier grand pays occidental à devenir un potentiel membre fondateur de la Banque Asiatique d’Investissement pour les Infrastructures, qui a déjà reçu un soutien important dans la région« , a déclaré le ministre britannique des Finances, George Osborne.

Pour ce dernier, « rejoindre l’AIIB à l’étape fondatrice va créer une occasion unique pour le Royaume-Uni et l’Asie d’investir et de grandir ensemble« , ce qui justifie un accro dans sa relation avec les États-Uni, qui n’est rien comparé aux opportunités économiques et financières pour le Royaume-Uni.

La volonté des britanniques a été suivi de près par l’Australie, qui a fait part de sa volonté d’intégrer la structure, au lendemain de l’annonce des britanniques. Le ministre australien des Finances, Joe Hockey, a déclaré le 13 mars que cette éventualité était « une chose qui va bien évidemment être prise en compte par le gouvernement au cours des prochaines semaines, alors que nous dialoguons toujours avec les parties prenantes de la banque ».

Sydney avait rejeté l’invitation lancée par la Chine pour devenir l’un des membres fondateurs de la BAII, arguant que la transparence dans la gouvernance de la banque laissait à désirer. Voyant le Royaume-Uni s’y associer, Joe Hockey s’est ravisé, en expliquant que la gouvernance de la BAII « s’est améliorée » depuis sa création en octobre 2014 par la Chine. 

Pour Washington, les choses sont claires. La BAII est un outil politique au service des ambitions de Pékin, visant à concurrencer la Banque mondiale et le Banque asiatique de développement, initiée par les occidentaux. Les choses diffèrent pour George Osborne qui voit le rapprochement avec la zone Asie-Pacifique, comme un moyen de « donner à nos compagnies les meilleures opportunités pour travailler et investir sur les marchés les plus dynamiques du monde ».

Depuis quelques années, le Royaume Uni souhaite se rapprocher de plus en plus de la Chine, à travers notamment des accords et de contrats bilatéraux. Il est d’ailleurs prévu d’ici à 2025, des investissements chinois à hauteur de 133 milliards d’euros dans l’économie britannique, selon les estimations du Centre for Economics and Business Research (think-tank basé à Londres). Une somme colossale, après avoir déjà investi près de 16,8 milliards d’euros au Royaume Uni, entre 2005 et 2013.

Pékin salue, Washington enrage

Du côté chinois, le porte-parole du Ministère chinois des Affaires étrangères, Hong Lei, a confirmé la volonté des britanniques d’intégrer la BAII et a indiqué que son gouvernement « salue cette décision de la Grande-Bretagne ». Car « en tant que présidente de la conférence des membres fondateurs de la BAII, la Chine est en train de recueillir les opinions des autres états membres ». Pour Pékin, « si tout va bien, la Grande-Bretagne deviendra officiellement le membre fondateur de la BAII à la fin du mois de mars » 2015.

Côté américain, la tension monte. Selon le quotidien suisse, Le Temps, « le Royaume-Uni est en train d’aller trop loin sur cette trajectoire ». D’après le quotidien, la décision du gouvernement britannique s’est faite sans « aucune consultation avec les États-Unis ».

« Nous sommes vigilants devant une tendance à être systématiquement accommodant vis-à-vis de la Chine, qui n’est pas le meilleur moyen de se positionner face à une puissance émergente », a expliqué une source de l’administration américaine au Financial Times, cité par Le Temps. Officiellement, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale (NSC), Patrick Ventrell, a déclaré : « Nous avons l’espoir et nous nous attendons à ce que le Royaume-Uni utilise sa voix pour pousser à l’adoption de critères exigeants ».

Bataille de coq

Toutefois, il a indiqué que leur « position sur l’AIIB a toujours été claire (…) Toute nouvelle institution multilatérale doit inclure le niveau d’exigence élevé qui est celui de la Banque mondiale et des banques régionales de développement ». Ajoutant que « nous ne sommes pas convaincus que l’AIIB répondra à ce niveau d’exigence, en particulier concernant la gouvernance et les questions environnementales et sociales », a-t-il souligné.

Pour Pékin, cette position s’apparente à de la paranoïa enfantine : « la réponse du gouvernement américain ne démontre rien d’autre qu’une paranoïa enfantine envers la Chine, une attitude qui, cependant, ne surprend pas vraiment, compte tenu que Washington se complait dans cette mentalité depuis des années », a noté dans un article l’agence de presse, Xinhua.

Pour cette dernière, les politiciens américains « ont tendance à fermer les yeux sur les efforts constructifs déployés par le Chine, et il n’y a pas d’exception lorsqu’il est question des initiatives de la Chine de créer la Zone économique de la Route de la Soie et la Route maritime de la Soie du 21e siècle lancées en 2013 ainsi que le Fonds de la Route de la Soie conçu pour financer ces initiatives ».

La BAII possède un capital autorisé de 100 milliards de dollars et un capital social initial, qui devrait se situer autour de 50 milliards de dollars. Selon le site The BRICS Post, la Banque Asiatique d’investissement pour les infrastructures est une institution intergouvernementale de développement régional en Asie, dont le siège se trouvera à Pékin. D’après ce site d’information, la banque devrait rivaliser avec la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement, « largement dominée par le Japon », ainsi que le Fonds Monétaire International.

 C.T.

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