En cette fin d’année, les autorités chinoises ont multiplié leurs intentions de maintenir le Consensus de 1992 avec la République de Chine, Taïwan. Ma Xiaoguang, porte-parole du Bureau des affaires de Taiwan du Conseil des Affaires d’Etat a assuré le 30 décembre 2015 que « la clé pour maintenir le développement pacifique des relations entre les rives du détroit de Taïwan consiste à accepter le Consensus de 1992, qui adhère au principe d’une seule Chine ».

Ce dernier a d’ailleurs averti « du danger d’une déviation du Consensus de 1992« , car « sans la fondation politique du Consensus de 1992, la liaison institutionnalisée et le mécanisme de communications à travers le détroit vont certainement être affectés, ou même s’effondrer; et le développement pacifique des relations entre les deux rives du détroit de Taiwan devrait affronter des vagues terrifiantes, ou même chavirer ».

Le Consensus de 1992 est un accord établi entre la République de Chine et la République Populaire de Chine, statuant que la Chine continentale et Taïwan appartiennent à « une seule Chine« .

Ce consensus a été négocié lors d’une rencontre en novembre 1992 à Hong Kong entre l’Association de Chine continentale militant pour les relations entre les deux rives du détroit de Taïwan (ARATS, Association for Relations Across the Taiwan Straits) et la fondation taïwanaise, ayant les mêmes objectifs (SEF, Straits Exchange Foundation).

À la suite de cette rencontre, Wang Daohan, président de l’ARATS et Koo Chenfu, à la tête de la SEF, ont conclu l’accord à Singapour le 27 avril 1993. Durant cet entretien, plusieurs points ont été évoqué, parmi lesquels l’authentification des documents entre les deux parties, les transferts postaux et l’installation d’un calendrier pour de futures discussions ARATS-SEF.

Depuis cette période, de nombreuses rencontres ont eu lieu entre les deux associations, affiliées à leur gouvernement respectif. Cependant, des tensions persistent entre les deux parties, tant sur la question d’une seule Chine que les ventes d’armes américaines aux taïwanais.

Toutefois, il y a eu un tournant dans les relations sino-taiwanaises, le 5 novembre, les présidents Xi Jinping et Ma Ying-jeou se rencontrent à Singapour, pour un sommet Chine-Taïwan de 24h. Un moment historique, qui restera dans les annales, notamment pour la longue poignée de main entre les deux hommes, qui fut la première rencontre entre les deux dirigeants, depuis 1949.

Année au cours de laquelle, le PCC de Mao Zedong proclame la République populaire de Chine à Beijing, alors que ses opposants, les nationalistes du Kuomintang (KMT), s’exilent sur l’île de Taiwan, déplaçant le gouvernement de la République de Chine à Taipei.

Interrogé par Le Monde, Stéphane Corcuff, du Centre d’Études sur la Chine contemporaine (CEFC) à Taipei a expliqué que « le point de vue du KMT sur une Chine, et deux interprétations progresse », mais la Chine a « toujours eu du mal avec la deuxième partie de la proposition. Ce qui laisse penser que le statu quo a de beaux jours devant lui ».

Cependant, opposants hier, alliés aujourd’hui, le KMT n’a plus de réticence à s’associer aux communistes et de respecter le Consensus de 1992. Ma Ying-jeou a expliqué en octobre que le Consensus de 1992, qui est au centre des relations bilatérales, « avait été proposée par Taiwan sur la base de la constitution de la République de Chine« .

Pour le président taïwanais, « le consensus permet à Taiwan d’avoir une marge de manœuvre. Quant à la partie continentale, elle peut garder son principe d’une seule Chine. Ainsi dans une situation comme celle-ci, chacun tire le bénéfice qu’il peut, en continuant à vivre en harmonie. Le consensus est une conception simple« , selon Radio Taïwan Internationale.

A contrario, Tsai Ing-wen, présidente du Parti démocrate progressiste, parti d’opposition, n’a pas exclu de rencontrer le dirigeant chinois « pour autant que les discussions adhèrent aux principes d’ouverture, de transparence, d’égalité de statut et de respect ». Cette dernière plaide pour le statu quo, tout en rejetant le consensus de 1992.

La position du KMT vacille depuis quelques années, auprès de l’opinion publique, ce qui pourrait laisser entrevoir un nouveau parti au pouvoir cette année. Une situation anticipée par Beijing qui a averti – via ses médias officiels – que le vainqueur de l’élection ne devra pas « s’écarter du Consensus de 1992« . Car  « sans le pilier politique commun que représente le Consensus 1992, la confiance politique mutuelle et la consultation institutionnalisée établies sur ce fondement devraient s’effondrer« , a indiqué Ma Xiaoguang en septembre 2015.