Des milliers de personnes ont envahi ce 24 mai les rues de Hong Kong pour dénoncer un projet de loi de Beijing, jugé « liberticide« . Les manifestants ont fait face à une vive riposte de la police anti-émeute, des scènes qui n’avaient plus été vues depuis des mois dans l’ex-colonie britannique.

Après des manifestations quasi quotidiennes en 2019, la contestation paraissait étouffée en raison des mesures de distanciation sociale lié à la lutte contre le coronavirus. Mais le dépôt à l’Assemblée Nationale Populaire, le 22 mai, d’un texte visant à interdire « la trahison, la sécession, la sédition et la subversion » à Hong Kong a de nouveau mis le feu aux poudres.

D’autant que Beijing a demandé ce 24 mai son application « sans le moindre délai ». Face à cela, la mouvance pro-démocratie a multiplié les appels à dénoncer le passage en force de la Chine sur une question suscitant depuis des années l’opposition des hongkongais.

Des milliers d’habitants ont répondu présents le 24 mai malgré l’interdiction de manifester, scandant des slogans contre le gouvernement dans plusieurs quartiers de l’île.

Face au nombre croissant de manifestants dans les quartiers de Causeway Bay et Wanchai, la police a eu recours aux lacrymogènes et aux gaz poivrés pour tenter de disperser la foule, avec l’aide de canons à eau, selon des journalistes de l’AFP.

Certains protestataires ont jeté des projectiles sur les forces de l’ordre, érigé des barricades de fortune et utilisé les parapluies pour se protéger des gaz lacrymogènes. La police a annoncé 40 arrestations.

Hong Kong a connu de juin à décembre 2019 sa pire crise politique depuis sa rétrocession par à la Chine en 1997, avec des manifestations parfois très violentes. Confortée par le triomphe des « pro-démocratie » aux scrutins locaux de novembre 2019, cette mobilisation a accusé le coup en début d’année.

En effet, des milliers d’arrestations ont eu lieu dans ses rangs, et les manifestations ont cessé suite aux restrictions de rassemblement ordonnées pour lutter contre le coronavirus. Cette fois-ci, la police a averti qu’elle interviendrait contre tout rassemblement illégal, au moment où se réunir en public à plus de huit est interdit à cause du coronavirus.

Le territoire possède certaines libertés d’expression, de la liberté de la presse et d’une justice indépendante, en vertu du concept « Un pays, deux systèmes » qui avait présidé à sa rétrocession en 1997. Ce modèle est censé prévaloir jusqu’en 2047 mais de nombreux hongkongais dénoncent depuis des années des ingérences de plus en plus fortes du pouvoir central.

Le 24 mai, le ministre des affaires étrangères, Wang Yi a demandé l’application « sans le moindre délai » d’une loi qui « n’influencera pas le haut degré d’autonomie de Hong Kong, ni les droits, les privilèges et les libertés des habitants, ni les droits et intérêts légitimes des investisseurs étrangers ».

« Les actes violents et terroristes continuent à monter et des forces étrangères se sont profondément et illégalement ingérées dans les affaires de Hong Kong », a-t-il estimé, dénonçant « une grave menace pour la prospérité à long terme » du territoire.

L’article 23 de la « Loi fondamentale » prévoit que la région se dote d’une loi sur la sécurité nationale. Mais cette clause n’a jamais été appliquée et la dernière tentative de l’exécutif hongkongais, en 2003, avait échoué après des manifestations monstres.

Les opposants redoutent surtout une disposition qui permettrait aux policiers chinois de mener des enquêtes à Hong Kong. Le projet sera soumis au vote à l’Assemblée nationale populaire, le 28 mai, lors de la séance de clôture de l’actuelle session parlementaire.