Alors que le partenariat stratégique entre la Chine et l’Égypte se renforce, les musulmans chinois jouent un rôle de plus en plus central en tant que pièces maitresses de l’initiative « Une Ceinture, une Route »

L’empreinte croissante de la Chine

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Depuis que les liens bilatéraux ont été élevés au niveau du « partenariat stratégique global » en 2014, le commerce et les investissements entre l’Égypte et la Chine ont continué de croître. Le volume des échanges entre les deux pays a atteint 11,3 milliards de dollars américains en 2016, faisant de l’Égypte le troisième partenaire commercial de la Chine en Afrique, selon l’agence Xinhua.

« Le nombre d’entreprises chinoises opérant en Égypte est passé de 30 en 2014 à plus de 100 actuellement », a déclaré Han Bing, ministre conseiller pour l’économie à l’Ambassade de Chine au Caire. Mais ce qui est vraiment en jeu dans ce nouveau partenariat stratégique est la place centrale du Caire dans le projet « Une Ceinture, une Route » de la Chine. Et l’empreinte croissante de la Chine n’est nulle part plus visible que dans la zone économique du canal de Suez (SCZone), où la Chine est devenue le plus grand investisseur, selon Ahmed Darwish, président de SCZone.

Le conglomérat chinois de TEDA est l’un des développeurs industriels les plus anciens et les plus importants dans la section Ain Sokhna du corridor du canal de Suez, à l’est de la capitale du Caire. « Actuellement, les investissements chinois sont les plus importants. Nous apprécions très vivement le sérieux de nos partenaires chinois. Ils ont été parmi les premiers à agir en développeur industriel dans la zone. TEDA a mis en place la micro-infrastructure et fait la promotion du terrain. Ils font un excellent travail », a déclaré Darwish.

Jusqu’à présent, TEDA a attiré 68 entreprises chinoises dans la zone, dont le géant de fibre de verre Jushi, dont la superficie est actuellement en cours d’être agrandie à 7,23 kilomètres carrés. On dit que les investissements apportent des avantages aux deux parties sur une base gagnant-gagnant, notamment parce que 97% des employés de la zone sont des Égyptiens locaux.

Le rôle principal de l’Égypte dans le projet d’infrastructure de Pékin a été confirmé au plus haut niveau de l’État. Une délégation égyptienne a notamment participé au Forum pour la coopération internationale « une Ceinture, une Route », à Beijing les 14 et 15 mai.

« L’Égypte soutient l’initiative du président chinois de relancer la route de la soie et est désireuse de soutenir une initiative aussi positive qui cherche à réaliser la coopération et les intérêts des peuples, en gardant à l’esprit que l’Égypte peut être un point focal principal pour la mise en œuvre de cette initiative par le biais des projets du canal de Suez, » a déclaré le Président égyptien Abdel Fattah al-Sisi aux journalistes chinois basés au Caire.

Des obstacles à surmonter

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Plusieurs agences gouvernementales chinoises ont cherché ces dernières années à tirer parti de cette tendance. Abandonnant leur méfiance traditionnelle envers la religion, les élites du Parti communiste dans les régions chinoises avec une forte présence musulmane ont réussi à transformer cet « avantage culturel » en un pilier de leurs politiques économiques locales.

Une industrie où cela a été le plus efficace est l’industrie alimentaire halal, où les perspectives de coopération entre la Chine et l’Égypte abondent. Le marché des aliments halal égyptien à lui seul est évalué à 95 millions de dollars américains. Déjà, la région musulmane chinoise du Ningxia a créé un bureau de liaison au Caire, en plus de signer un protocole d’accord sur la reconnaissance mutuelle des normes de certification halal.

« L’industrie alimentaire halal a de bonnes perspectives de développement, grâce en partie aux Hui, qui sont à la fois notre source d’expertise et notre principale base de consommateurs », a déclaré Ma Bin, directeur du Centre de certification internationale de nourriture halal du Ningxia, une organisation impliquée dans la certification des produits alimentaires en Chine.

Depuis sa création en 2008, le centre a accrédité plus de 100 entreprises chinoises, leur permettant d’afficher le symbole halal indiquant que leurs produits sont aptes à la consommation pour les musulmans, une condition préalable à l’exportation vers l’Égypte.

Pourtant, malgré l’enthousiasme indéniable de ces pionniers, les nouvelles routes de la soie sont truffées de défis. Si certains en Égypte souhaitent profiter de ce nouveau canal commercial avec la Chine, cela ne veut pas dire que les clients arabes sont prêts à accepter n’importe quoi simplement en fonction d’une supposée affinité religieuse.

Selon Ma, l’un des problèmes majeurs entravant les exportations de produits halal est que les consommateurs égyptiens ignorent simplement que la Chine comprend une minorité musulmane d’environ 20 millions de personnes qui y vivent depuis des siècles, et sont donc réticents à acheter des produits chinois étiquetés comme « halal ».

Il ajoute que les membres de la minorité Hui peuvent jouer un rôle dans la résolution de ce problème en sensibilisant la communauté islamique chinoise prospère. « Le fait que les musulmans chinois connaissent la culture et la langue arabe et qu’ils sont eux-mêmes consommateurs de produits alimentaires halal rassurent nos clients sur la fiabilité de notre certificat », a-t-il déclaré.

« Il est évidemment plus facile pour nous de nous adapter et de nous entendre avec les Égyptiens en raison de notre religion commune », a déclaré Mu Lijun, un étudiant à la maîtrise à l’université d’Al-Azhar qui envisage se joindre dans l’industrie halal après l’obtention de son diplôme.

Un soutien officiel

Ce rôle des musulmans chinois pour faire avancer les intérêts de l’État chinois n’est rien de nouveau. En fait, il s’agit d’une politique quasi-officielle de Pékin à plusieurs reprises au cours de l’histoire chinoise.

En particulier, depuis 1981, avec l’ouverture économique de la Chine, l’Islam chinois a été vu comme un moyen pour Pékin de gagner les faveurs des pays musulmans. « La Chine et les pays arabes ont adopté une attitude pragmatique sur la base de leurs propres intérêts dans l’implication des musulmans chinois [dans leurs relations diplomatiques]. Pour les musulmans chinois eux-mêmes, cela signifie plus de liberté et des opportunités économiques accrues, ainsi qu’une augmentation de l’influence politique et des droits politiques dans leur pays d’origine », écrit Drewes.

Cette politique est également ouvertement soutenue par la plupart des clercs musulmans en Chine, qui font valoir que la foi musulmane peut non seulement stimuler, mais aussi garantir les ambitions économiques et diplomatiques de la Chine à l’étranger.

« En devenant des médiateurs efficaces entre la Chine et le monde musulman, les jeunes musulmans chinois favorisent une image positive et constructive de leur religion au sein de la société chinoise, ce qui tend à augmenter la tolérance et l’harmonie sociale. En fin de compte, cela profite à la société dans son ensemble, » a déclaré Ding Wenjian, un imam à Beijing.

Ding, diplômé de l’Institut islamique de Chine, a rejoint la mosquée Niujie de Pékin en 2004, l’une des plus anciennes mosquées de Chine. Il consacre une partie importante de son temps à éduquer les jeunes musulmans chinois sur les enseignements fondamentaux de l’Islam, en soulignant le rôle positif que leur foi peut jouer pour leur croissance individuelle, ainsi que pour le développement de la Chine.

« En apprenant à mieux connaître leur foi, les jeunes musulmans chinois peuvent soutenir de manière significative le développement de leur pays et devenir une partie essentielle de l’initiative “Une Ceinture, une Route”. Il est plus facile pour eux de communiquer avec les étrangers musulmans et arabes, car ils parlent une langue commune et partagent la même religion », a-t-il déclaré.

Ding insiste sur le fait que la religion peut débloquer le potentiel inexploité pour le commerce et les échanges culturels, apportant des avantages significatifs qui s’étendent au-delà de la communauté islamique chinoise. Les jeunes Hui favorisent ainsi une image positive et constructive de leur religion en Chine, ce qui tend à augmenter la tolérance et l’harmonie sociale. En fin de compte, Ding a déclaré : « Cela profite à la société dans son ensemble ».

 

Cet article a été produit à la suite d’une subvention fournie par Africa-China Reporting Project géré par le Département de journalisme de l’Université du Witwatersrand, Afrique du Sud.

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