Six avocats ont décidé de porter plainte contre la pollution de l’air, accusant le gouvernement de ne rien faire pour protéger la population.

Pour la première fois dans l’histoire de Chine, des citoyens ont fait appel à la justice en décembre 2016, alors que le nord du pays était en proie à un smog épais, durant une dizaine de jour, et affectant près de 460 millions d’habitants.

Les avocats ont déposé leur plainte devant plusieurs tribunaux locaux, expliquant que « les Chinois ne se préoccupent pas trop des problèmes de société ou des choses qui ne les touchent pas personnellement, mais cette question est différente : tout le monde est victime de la pollution atmosphérique », a indiqué l’avocat Yu Wenshang, qui a déposé plainte contre la ville de Beijing avec deux autres avocats.

Ces derniers accusent la municipalité de « négligence grave » et de sacrifier la santé publique au nom d’une « croissance économique toxique ». Il est demandé des excuses écrites, avec publication dans la presse et sur internet pendant une semaine, ainsi qu’un dédommagement de 65 yuans (9€) pour le masque anti-pollution et de 9’999 yuans (1’300 €) au titre du préjudice moral.

Cette plainte intervient au moment où les autorités de la capitale viennent d’annoncer la création d’une police spécialisée, composée de 150 policiers divisés en 4 groupes, dont trois groupes sont chargé de la protection de l’environnement, aux aliments et médicaments et au tourisme.

De plus, la municipalité a prévu de dépenser plus de 18,22 milliards de yuans (2,4 mds €) pour lutter contre la pollution de l’air en 2017. Le but est de contrôler la densité moyenne annuelle des PM 2,5 à environ 60 microgrammes cette année, et de réduire la consommation de charbon de 30% à 7 millions de tonnes.

D’autres plaintes ont été déposées dans la ville voisine de Tianjin et dans la province du Hebei, où un avocat est soumis à des pressions de la part des autorités pour qu’il renonce à la procédure, selon ses collègues, cités par l’Agence France Presse.

Maître Yu Wenshang a expliqué à l’AFP que « notre objectif est de réveiller les gens pour qu’ils réalisent que l’Etat doit être rendu responsable de son inaction et de son incompétence ». Sachant que les plaintes n’aboutiront pas, il espère surtout attirer l’attention avec cette action « avant tout symbolique ».

La cour suprême populaire n’a pas encore indiqué si les plaintes étaient ou non recevables. De son côté, l’avocat Ma Wei, qui poursuit la ville de Tianjin, a évoqué les visites de la police et d’autres autorités, lui demandant de retirer sa plainte. « J’ai refusé et je leur ai dit: ‘je fais ça pour que vous aussi puissiez respirer de l’air pur' », a-t-il déclaré à l’agence française.