Par Yoro Diallo – En apportant notre contribution à l’écriture de l’histoire des relations Sino-africaines, la vérité historique nous commande de noter que depuis 1415, les Chinois (Zheng He) ont été les premiers à établir des relations diplomatiques et commerciales avec l’Afrique, plusieurs décennies avant l’arrivée des Européens (Vasco de Gama) en 1488 sur le vieux continent.

L’ancienneté desdites relations, leur intensification au cours des luttes d’indépendance  des Nations africaines durant les années 1960 n’ont pas durablement fixées le socle de la connaissance mutuelle entre les peuples chinois et Africains au plan culturel.

A partir de l’an 2000, l’établissement du Forum sur la Coopération Sino-Africaine a apporté un élan remarquable au processus d’approfondissement et de développement des échanges culturels et universitaires entre la Chine et les pays Africains.

Malgré cette évolution remarquable, les Chinois connaissent peu des cultures et des arts africains. Le patrimoine culturel africain, les productions matérielles et artistiques des peuples Africains sont très peu présentés en Chine. La nécessité de l’accroissement des possibilités pour les Chinois d’apprendre à connaître les cultures africaines demeure significative. En Afrique, les populations savent peu sur l’histoire et la culture chinoises. Le peu qu’elles ont enregistré sur la Chine, des années durant, leur est parvenu pour l’essentiel sous le prisme du regard caricatural des Occidentaux.

C’est dans ce contexte et en vue de promouvoir le dialogue des cultures Africaines et Chinoises qu’un Musée dédié à l’Afrique a été créé à l’Institut des Études Africaines de Zhejiang Normal University. A la vue du joyau culturel,  le visiteur est tenté de se demander, qui est derrière cette remarquable initiative? En cherchant la réponse à cette question, je n’ai pas été étonné lorsque j’ai découvert que l’homme derrière ce chef-d’œuvre est le professeur Liu Hongwu, directeur de l’Institut des Etudes Africaines de Zhejiang Normal University.

J’ai rencontré l’homme pour la première fois en 2011 à Hangzhou lors du premier Forum Chine-Africain des Think Tanks, alors que je conduisais la délégation Malienne audit Forum. Liu Hongwu est diplômé en histoire africaine de l’Université de Lagos au Nigéria. Il s’est formé  dans ce pays à un moment où peu de Chinois osait aller chercher la science jusqu’en Afrique. Il a bâti sa réputation d’érudit passionné sur les questions africaines. L’Institut des Études Africaines de Zhejiang Normal University et le Musée Africain, sont des exemples éloquents de son dévouement en faveur de l’Afrique et de la coopération Sino-africaine.

Il a introduit l’étude de la culture et l’histoire africaines à l’Université parce qu’il est convaincu que les Africains et les Chinois ont besoin de se rapprocher davantage, de renforcer la compréhension mutuelle, notamment sur le plan culturel.  Lorsqu’on échange avec le Professeur Liu, il confie avec aisance et passion avoir forgé un amour profond et solide pour les populations Africaines et leurs cultures.

Il s’est fait une véritable vocation ; celle de promouvoir la communication entre la Chine et l’Afrique et utiliser l’expérience qu’il a acquis en Afrique pour susciter l’intérêt des Chinois, notamment les jeunes pour élargir les connaissances du peuple chinois sur l’Afrique dans les domaines qu’il affectionne ; à savoir la culture et l’éducation. « J’espère que ce développement attirera davantage de jeunes Chinois et Africains dans l’aventure de la promotion des échanges artistiques et culturels entre la Chine et l’Afrique », déclare le Professeur Liu.

Il ajoute: « Nous pensons que les échanges culturels et la coopération avec les peuples de tous les pays africains bénéficieront à la fois aux Chinois et aux Africains… Nous devons étudier les cultures africaines, les arts et l’histoire du Continent, si nous voulons vraiment connaître l’Afrique ». Un autre aspect important et non des moindres de la démarche du professeur Liu Hongwu semble rechercher à faire comprendre aux africains que leurs amis chinois respectent et apprécient leurs cultures et leurs arts.

Le Musée Africain de l’IAS-ZNU est le premier du genre établi dans un établissement universitaire en Chine, faisant de Zhejiang Normal University la première Université chinoise qui possède la plus importante collection muséographique sur les cultures africaines.

Le fronton du bâtiment abritant le Musée est une véritable œuvre d’art inspirée de l’architecture soudanienne de Tombouctou  et  du bled d’Afrique du Nord. La riche et variée collection du Musée compte actuellement plus de 500 pièces, constituées essentiellement d’objets ethnographiques dont une importante partie est à caractère cultuel (masques et statuettes).

Cette collection est aussi riche, d’instruments de musique, de textiles, de tableaux d’arts de peinture Dinga-Dinga et de monnaies africaines. Ouverte sur le champ de la culture matérielle des communautés traditionnelles africaines la collection reflète la diversité culturelle africaine. L’exposition muséographique en cours est accompagnée d’une page ouverte sur l’histoire des relations Sino-africaines et des productions des chercheurs de l’Institut.

Le Musée Africain se veut un espace ouvert, un espace de dialogue entre le passé et le présent de l’Afrique et la Chine. Il se présente tel un instrument au service du public pour l’étude, la compréhension et la valorisation du patrimoine culturel africain. Il permet au public d’apprendre davantage sur les cultures, les traditions ancestrales et les arts africains.

Le Musée africain attire de plus en plus de visiteurs. Ouvert en octobre 2010, le Musée Africain célèbre actuellement les 10 années de son existence dans la perspective d’un agrandissement de ses locaux et d’un enrichissement de sa collection. En 10 ans il est devenu la vitrine des cultures africaines au service de la diplomatie des peuples Chinois et Africains. Des centaines d’étudiants viennent y apprendre sur l’Afrique, semant ainsi les graines de la culture africaine dans leurs cœurs et faisant d’eux les messagers des échanges culturels entre la Chine et l’Afrique.

J’ai été impressionné par la façon dont des étudiants chinois et Africains de l’Université, en visite didactique au Musée se sont exprimés à travers des dessins et commentaires écrits sur les objets exposés. À la demande de leur professeur ces étudiants ont reproduit en dessins des masques, des statuettes et des instruments de musique africains avec une qualité impressionnante, expression du pouvoir de la diversité culturelle.

Ces étudiants contribuent sans nul doute à la promotion du partenariat stratégique Chine-Afrique, ainsi qu’au dialogue interculturel, en droite ligne du Forum sur la Coopération Sino-africaine et de l’Initiative La Nouvelle Route de la Soie. L’Institution muséale de l’IAS a fait de Zhejiang Normal University un symbole des relations  Sino-africaines et confirmé l’ouverture de la province du Zhejiang sur l’Afrique.