Le professeur Yoro Diallo revient sur la visite de la président de la Chambre des représentants américains, Nancy Pelosi, qui a suscité la colère de Pékin et une tension sans pareille dans le détroit de Taiwan.

La grandeur d’un pays se mesure entre autres critères à l’étendue du territoire, à l’importance de sa population, à sa puissance économique et militaire. Elle se mesure aussi et surtout à la personnalité que dégagent les dirigeants du pays concerné.

Un grand dirigeant d’un grand pays se distingue notamment par sa posture face aux grands évènements, aux défis de son pays en particulier et ceux du monde en général. Une politique extérieure sans ambiguïté, la fidélité aux engagements initiaux, le respect des organisations internationales auxquelles le pays a librement adhéré sont des éléments caractéristiques d’une gouvernance responsable d’un grand pays digne de ce nom.

Les grands hommes d’état demeurent attachés aux valeurs de la parole, de la dignité humaine et du serment pour servir les peuples et la paix dans le monde. L’ambiguïté, les doubles jeux et les contre-vérités qu’affichent les dirigeants des États-Unis d’Amérique n’honorent pas le rang que ce pays s’accorde dans la gouvernance mondiale.

L’histoire des relations internationales retiendra que la visite de la Présidente de la Chambre des Représentants, (3ème personnalité dans le système de la gouvernance américaine), Nancy Pelosi, dans la région chinoise de Taïwan, le mardi 2 Août 2022, à bord d’un avion militaire américain, a été une vraie inutile provocation de la Chine, nuisible à la paix dans la sous-région Asie-Pacifique.

Plusieurs jours avant ladite visite, les autorités chinoises avaient mis en garde le gouvernement américain sur «le prix à  payer» qu’engendrerait un tel acte contraire aux engagements internationaux des USA. Lors d’un entretien téléphonique avec le Président Américain, le Président Chinois M. Xi Jinping avait appelé les Etats-Unis à ne «pas jouer avec le feu». Au cours d’une conférence de presse, l’Ambassadeur de Chine aux Nations Unis M. Zhang Jun a déclaré : «Telle que nous la voyons, pareille visite semble très dangereuse et très provocatrice». Cette méthode propre à une puissance en déclin ne grandit pas les Etats-Unis d’Amérique.

En regardant dans le rétroviseur de l’histoire, force est de constater que depuis des années les attitudes condescendantes, hargneuses, provocatrices et belliqueuses des USA ont finies de convaincre les plus sages que ce pays est un danger pour la paix dans le monde.

Ce pays qui n’existait pas sur la carte du monde au moment où la civilisation chinoise apportait une contribution inestimable au progrès de l’humanité, s’évertue toujours à inscrire sa politique extérieure, ses discours et ses actions dans une permanente démonstration de sa force, les provocations, les violences et les guerres.

Les dirigeants américains ne se glorifient que lorsqu’ils sèment le chaos, la désolation et la mort ou éliminent (ce qui est d’ailleurs rare) des terroristes qu’ils ont eux-mêmes eu à former auparavant. Il y a peu de temps, un Président Américain qualifiait les pays Africains de «pays de merde», sans jamais designer les facteurs créant «la merde» en Afrique. Cet autre qualifiait certains pays «d’états voyous».

Aucun responsable Américain n’a eu à donner de sincères explications sur les «fausses preuves», les «mensonges d’état» auxquels les USA ont recours pour s’arroger le droit, souvent au mépris de l’avis de l’ONU, d’assassiner des dirigeants dont le seul crime est de conduire leurs pays et leurs continents vers l’indépendance et le développement.

Les peuples épris de paix et de justice devront un jour installer un tribunal spécial (style tribunal de Nuremberg) pour faire juger les fauteurs de troubles, de chaos, de guerres aux conséquences incommensurables à travers le monde : le chaos et des milliers de morts en Irak, en Syrie, au Yémen, en Afghanistan, en Libye, au Sahel, dans la Corne de l’Afrique, etc….

En 2011, depuis que les USA sous la présidence de Barack Obama ont lancé le programme intitulé le «pivot asiatique», la sécurité dans la régional Asie-Pacifique demeure gravement menacée. Les provocations sous la forme d’exercices militaires entre les Etats-Unis et certains pays de la sous-région, le dialogue quadrilatéral pour la sécurité (un cadre de coopération entre les Etats-Unis, le Japon, l’Australie et l’Inde visant à contrer la Chine), le soutien d’agences américaines à certains groupes indépendantistes dans les régions chinoises de Taiwan et Hong Kong, constituent entre autres des actes d’ingérence et de menace auxquels la Chine a toujours répondue avec fermeté, détermination et sagesse. La diplomatie que pratiquent les USA à l’égard de la région chinoise de Taïwan est une diplomatie «d’ambiguïté stratégique».

Elle consiste à clamer que les USA ne reconnaissent qu’une seule et unique Chine tout en apportant un soutien notable aux autorités locales sécessionnistes de Taiwan. Auparavant, le président Joe Biden avait désigné «la Chine comme cible prioritaire à abattre». Son prédécesseur, Donald Trump ne disait pas moins. La démarche de Nancy Pelosi s’inscrit en droite ligne de cette logique consistant à nuire à la République Populaire de Chine, sinon à empêcher à tous prix la marche de ce pays vers le développement.

Suite à la visite-provocation, de la Présidente de la Chambre des Représentants américaine dans la région de Taiwan, le ministère chinois des Affaires étrangères a publié une déclaration notant :

« Nancy Pelosi, au mépris de la vive opposition et des représentations solennelles de la Chine, s’est rendue dans la région de Taiwan de la Chine. Cela a violé gravement le principe d’une seule Chine et les dispositions des trois communiqués conjoints sino-américains, impacté gravement le fondement politique des relations sino-américaines, violé gravement la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Chine, saboté gravement la paix et la stabilité dans le détroit de Taiwan et envoyé un grave signal erroné aux forces sécessionnistes visant l' »indépendance de Taiwan ». La déclaration du Ministère note par ailleurs : « Il n’existe qu’une seule Chine dans le monde, Taiwan fait partie intégrante du territoire chinois et le gouvernement de la République Populaire de Chine est l’unique gouvernement légal représentant toute la Chine. Cela est explicitement consacré par la résolution 2758 de l’Assemblée générale des Nations Unies en 1971 ».  Pour mémoire, depuis la fondation de la République populaire de Chine en 1949, « 181 pays ont établis des relations diplomatiques avec la Chine sur la base du principe d’une seule Chine. Le principe d’une seule Chine est un consensus universel de la communauté internationale et une norme fondamentale régissant les relations internationales ». Aussi, en 1979, dans le Communiqué conjoint Sino-américain sur l’établissement des relations diplomatiques, les Etats-Unis ont clairement confirmé leur engagement : « Les Etats-Unis d’Amérique reconnaissent le gouvernement de la République populaire de Chine comme l’unique gouvernement légal de la Chine ». Un message fort à l’attention des Etats Unis d’Amérique et à tous ceux qui s’érigent en ennemis de la Chine : « La volonté du peuple est inviolable, et la tendance générale est irrésistible. Aucun pays, aucune force ni aucun individu ne doit mal estimer la détermination résolue, la ferme volonté et la forte capacité du gouvernement et du peuple chinois pour défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays et réaliser la réunification de la patrie et le renouveau de la nation ».

De nombreux observateurs de la scène internationale ont condamné la démarche de Nancy Pelosi. La Russie a accusé les Etats-Unis en ces termes : «Washington déstabilise le monde. Pas un seul conflit réglé dans les dernières décennies mais plusieurs provoqués».

Pour ma part, j’aimerais bien savoir comment réagirait le gouvernement Américain si un haut responsable chinois rendait une visite à Porto Rico pour encourager les tendances indépendantistes de ce territoire.

La région de Taïwan est beaucoup plus chinoise que la Corse n’est française, que les îles Hawaï ne sont américaines. Les puissances occidentales, les Etats-Unis d’Amérique à leur tête, doivent cesser leurs attitudes faites d’arrogance et d’hégémonisme. Elles doivent arrêter d’agir en gendarmes du monde, en maîtres absolus donneurs de leçons. Elles doivent cesser de croire que la culture occidentale est la seule qui vaille pour toute l’humanité. Alors l’humanité vivra dans la paix et le développement partagé.