Dans son rapport Reporters Sans Frontières, intitulé « Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut », l’ONG a pointé du doigt les « petits pouces », considérés comme les « nouveaux gardes rouges« .

L’organisation s’alarme de l’ampleur du harcèlement en ligne massif des journalistes, pesant sur la liberté de la presse. En Chine, ceux qui dénigrent le Parti ou la politique du président Xi Jinping sont la cible des « guerriers numériques » mobilisés pour défendre en ligne le nouvel ordre « rouge et positif » du président Xi Jinping.

« Le harcèlement en ligne est un phénomène qui se propage à l’échelle mondiale et qui constitue aujourd’hui l’une des pires menaces contre la liberté de la presse », a indiqué Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières.

Ce dernier a souligné : « on découvre que les guerres de l’information ne sont pas menées seulement entre pays sur le plan international mais que les prédateurs du journalisme mettent en place des armées de trolls pour traquer et affaiblir tous ceux qui recherchent honnêtement les faits. Ces despotes laissent leurs mercenaires cibler les journalistes et leur tirer dessus à balles réelles sur le terrain virtuel comme d’autres le font sur les terrains de guerre ».

Gardes rouges de la Révolution culturelle

Ainsi, non contents de s’attaquer à leurs compatriotes, ils chassent à présent les critiques en dehors du pays, tentant ainsi d’exporter le nouvel ordre chinois, note RSF dans son communiqué. En 2015, la journaliste française Ursula Gauthier avait été la cible d’un véritable lynchage médiatique lancé par la publication d’éditoriaux incendiaires dans les journaux proches du pouvoir Global Times et China Daily.

Dans leur ligne de mire : un article dans lequel la correspondante de l’hebdomadaire L’Obs à Pékin s’intéressait à la réaction chinoise à la suite des attentats du 13 novembre 2015 de Paris. Les autorités chinoises, d’ordinaire promptes à censurer les commentaires des sites d’information chinois, avaient cette fois-ci autorisé un déferlement de haine à l’encontre de la journaliste sinologue. Plus de 8 000 commentaires négatifs avaient été postés alors que personne n’avait pu lire son article en Chine, où il était censuré.

Ces nouveaux soldats de la censure sont à 83% des femmes, selon les chiffres de l’outil d’analyses Weibo développé par l’Université de Pékin. Ils sont surnommés les “xiao fen hong”, les “petits pouces roses”, du nom de la couleur de la page d’accueil du site au lectorat plutôt féminin Jinjiang Girl Group.

D’abord portées sur des questions littéraires, les discussions ont vite dérivé sur des débats plus politiques, notamment pour critiquer ceux qui postent des actualités négatives sur la Chine. Des recherches publiées par l’académie chinoise de sciences sociales révèlent également que ces femmes seraient pour la plupart âgées de 18 à 24 ans et résideraient en Chine mais aussi à l’étranger.