Le retrait des Etats-Unis du Traité de Libre-échange Trans-pacifique fera les choux gras de la Chine, qui a été invité par Sydney à sauver le traité, en l’absence de Washington.

Signé en 2015, après de difficiles négociations par 12 pays (Etats-Unis, Australie, Brunei, Canada, Chili, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapour et Vietnam) représentant 40% de l’économie mondiale, le traité n’est pas entré en application.

Pour le Premier ministre australien Malcolm Turnbull, « la possibilité que le TPP aille de l’avant sans les Etats-Unis. (…) Certainement, il y a le potentiel pour que la Chine rejoigne le TPP ».

De plus, le gouvernement australien a des « discussions actives » avec d’autres parties prenantes au TPP, comme le Japon, la Nouvelle-Zélande ou Singapour, dans le but de le sauver le traité et de parvenir à un consensus général.

Le ministre australien du Commerce, Steven Ciobo, a déclaré à la Australian Broadcasting Corporation qu’il y aurait « des perspectives pour la Chine si nous sommes capables de le reformuler en TPP 12 moins un pour des pays comme l’Indonésie ou la Chine, voire d’autres pays qui envisageraient d’y participer ».

En novembre 2016, l’Australie estimait déjà que la Chine pouvait remplacer les Etats-Unis. Steven Ciobo avait déclaré à la chaîne de télévision BBC que son pays avait l’intention de promouvoir le TTP « indépendamment de la décision des États-Unis de le quitter, et que l’Australie étudiait la possibilité d’adhésion d’autres pays, dont la Chine et l’Indonésie, à ce texte ».

Mais pour Iakov Berger, expert de l’Institut russe de l’Extrême-Orient, « l’Accord de partenariat transpacifique (TPP) a été élaboré sous l’égide des États-Unis, il visait la Chine ».

D’autant plus qu’exclu du TPP, Beijing a lancé sa propre initiative, sorte de contre-poinds, avec le Partenariat économique intégral régional (RCEP), associant les dix pays membres de l’Association des nations du Sud-Est asiatique et leurs partenaires commerciaux régionaux (Chine, Japon, Australie, Inde, Corée du Sud, Nouvelle-Zélande).

Ce partenrait, Mde in China, vise également à supprimer des barrières tarifaires et non-tarifaires, mais il est moins regardant sur les normes de régulation, en particulier environnementales et sociales.

Ce dernier, interrogé par l’agence de presse, Sputnik News, a expliqué que dès la victoire de Donald Trump, « les pays membres recherchent un pays capable de remplacer les États-Unis qui comptent renoncer à la position de leader dans cette union. Mais c’est presque impossible. Outre des raisons commerciales, il y a aussi des intérêts géopolitiques. Or la Chine et les pays qui souhaitent devenir ses partenaires au sein du TPP ont des intérêts opposés« .

Pour son homologue Valeri Kistanov de l’Institut russe de l’Extrême-Orient, « c’est la Chine qui jouera le rôle principal dans la création d’une structure régionale de libre-échange (…). Les pays déçus par la position des États-Unis s’engageront dans le sillon de la Chine. Cela concerne aussi le Japon. Ensuite on assistera probablement à une nouvelle étape de la concurrence entre la Chine et le Japon, les deux plus grandes puissances asiatiques et mondiales. La Chine a la deuxième économie mondiale et le Japon est au 3e rang ».

Enfin, Liu Ying, expert du Centre d’étude des finances de l’Université populaire de Beijing, a indiqué que « la Chine occupe une position ouverte à l’égard du TPP, mais (…) il reste toujours à étudier si le TPP convient à la Chine, s’il encourage le développement de l’État chinois ».  

Suite à cette initiative australienne, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, n’apas précisée d’éventuelle participation au TPP, affirmant seulement que la Chine soutenait les accords commerciaux « ouverts, transparents et gagnant-gagnant ».