Le chef de la junte militaire thaïlandaise, Prayuth Chan-ocha, a utilisé « ses pleins pouvoirs pour lever tous les blocages légaux qui empêchaient la Chine de prendre en charge les étapes de la construction d’une ligne de chemin de fer à grande vitesse », d’après le quotidien Khao Sod.

Ainsi, des entreprises chinoises sont autorisées à construire une ligne de chemin de fer en Thaïlande, depuis le 15 juin. En effet, Prayuth Chan-ocha a exempté le projet chinois du respect de dix lois et ordonnances thaïlandaises, notamment en ce qui concerne les règles de transparence dans les marchés publics, précise le journal.

S’attirer les bonnes grâces de la Chine

Avec cette « entorse » aux règles, Bangkok cherche à plaire à Beijing et à s’attirer les investissements du géant régional. En effet, en mai 2017, le membre de la Commission militaire centrale (CMC) de Chine et chef du département d’état-major interarmées de la CMC, Fang Fenghui, et le Premier ministre thaïlandais, Prayut Chan-o-cha, se sont accordés à « faire progresser le resserrement global des liens militaires entre les deux pays. »

Le royaume s’est dit prêt à s’inspirer des expériences chinoises en matière de réforme, à harmoniser sa stratégie de développement national avec l’initiative proposée par la Chine  »la Ceinture et la Route » et à renforcer sa coopération avec la Chine dans tous les secteurs.

De son côté, la Chine veut travailler avec la Thaïlande pour « renforcer la coopération globale entre les deux armées et apporter une contribution positive au resserrement des liens bilatéraux et au maintien de la paix et de la stabilité dans la région ».

La construction de la ligne, prévue pour relier la capitale Bangkok à la ville de Nakhon Ratchasima, située à 252 kilomètres, dans le nord-est du pays, est envisagée depuis 2011. Mais les accords entre la Chine et la Thaïlande peinaient à voir le jour, notamment en raison de l’obligation faite aux contractants de parler thaï.

Le ministre des Transports thaïlandais doit désormais déléguer l’ensemble du projet à un consortium chinois – qui assurera l’intégralité du processus, depuis les études en passant par la réalisation et la fourniture de main-d’œuvre sur le chantier –, outrepassant ainsi les règles de passation des marchés publics.

Consolider les relations sino-thaïlandaises

Le Premier ministre a eu recours à l’article S44 de la Constitution, qui lui assure tous les pouvoirs afin de faire avancer ce projet, évalué à 4 milliards d’euros. Or « l’inconnue majeure désormais, c’est de savoir qui assurera la transparence dans ce projet », alerte Umesh Pandey, éditorialiste au Bangkok Post.

Pour le quotidien Bangkok Post, cette décision « clôt tout débat et outrepasse le système de contrôle qui doit assurer que la Thaïlande dispose du meilleur contrat ».

Au pouvoir depuis le coup d’État de mai 2014, la junte militaire est devenue un allié proche de la Chine tant dans le domaine économique que sur le plan militaire. Cette proximité constitue un repositionnement stratégique radical pour la Thaïlande, ancien allié privilégié des Etats-Unis en Asie du Sud-Est.

Après le coup d’Etat de 2014, les Etats-Unis avaient pris des sanctions limitées contre la junte thaïlandaise, alors que la Chine a adopté une attitude opposée. Elle a proposé à la Thaïlande de devenir un partenaire économique clé dans le cadre de projets de développement économique régionaux.

Récemment, la Thaïlande a acheté des armements chinois, comme des sous-marins, des véhicules de l’avant-blindé et des chars d’assaut. Une usine de production d’armements chinois doit aussi être installée sur le sol thaïlandais.

La coopération bilatérale suscite de vive réaction de la part des Thaïlandais, qui dénoncent l’exploitation du fleuve Mékong par Beijing. Prenant sa source en Chine, le fleuve traverse plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, dont la Thaïlande.

Le gouvernement chinois veut dynamiter les îlots du Mékong dans le nord de la Thaïlande pour permettre aux navires commerciaux chinois de plus de 500 tonnes d’utiliser le fleuve comme un canal. La junte thaïlandaise a donné le feu vert pour que les Chinois fassent des études pour préparer l’opération, provoquant une vague de protestations parmi les villageois thaïlandais qui habitent sur les rives du Mékong et parmi les organisations de protection de l’environnement.