La chancelière allemande Angela Merkel a souhaité le 5 février l’instauration de « garde-fous » pour s’assurer que les entreprises chinoises ne livrent pas d’informations à leur gouvernement.

Cette demande intervient alors que la méfiance s’accentue contre le géant chinois des télécoms, Huawei. La chancelière a évoqué cette situation lors de son intervention devant des étudiants de l’université Keio de Tokyo, où elle est arrivée le 4 janvier pour une visite de deux jours.

Huawei est considéré comme plus performant et plus innovant que ses concurrents sur la technologie 5G, mais ses équipements sont soupçonnés de pouvoir permettre au renseignement chinois d’espionner les communications des pays qui les utiliseraient. D’autant que la législation chinois oblige les compagnies de télécoms – dont le siège social est en Chine – à apporter une aide technique aux services de renseignement.

L’Allemagne chercher des pistes pour sa sécurité

Angela Merkel a évoqué le « grand débat » actuellement en cours en Allemagne sur l’utilisation d’équipements de Huawei. La compagne chinoise s’est vue interdite dans plusieurs pays de mettre en place un réseau internet ultrarapide 5G.

L’Allemagne a adopté une approche prudente jusqu’ici. En octobre dernier, le gouvernement avait indiqué aux parlementaires qu’il ne voyait pas de base légale pour exclure une société d’une adjudication 5G à venir, suite à un avertissement des États-Unis.

En effet, Washington mène depuis plusieurs mois un intense lobbying anti-Huawei à l’international, affirmant que ses équipements pourraient être utilisés à des fins d’espionnage pour le gouvernement chinois.

En janvier, le quotidien économique allemand Handelsblatt, Berlin réfléchit aux moyens d’exclure Huawei des futurs réseaux 5G, de manière indirecte. Pour cela, le gouvernement songe à différentes options comme imposer d’importantes conditions de sécurité que le géant chinois des télécoms ne serait pas en mesure d’assurer.

Au final, cela pourrait l’empêcher de déployer ses équipements. En parallèle, des modifications de la législation allemande des télécoms sont aussi à l’étude, d’après le Handelsblatt, cité par Reuters.

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Le 5 février, Angela Merkel avait jugé nécessaire de parler au gouvernement chinois, « pour s’assurer que la compagnie ne transmette pas l’ensemble des données à l’Etat chinois, et que des garde-fous existent ».

Pour cette dernière, au-delà du cas de Huawei, il faut s’assurer que « quand on travaille en Allemagne, l’Etat chinois ne puisse pas accéder aux données des équipements chinois ».

« Le sujet va continuer à être débattu, et cela fait aussi partie de nos discussions avec les Etats-Unis », a souligné Angela Merkel. Le poids économique de la Chine lui confère « une plus grande responsabilité dans la préservation d’un ordre mondial pacifique », a-t-elle ajouté.

Réunion ministérielle à Berlin sur Huawei et la 5G

Des ministres allemands se sont réunit ce 6 février pour débattre de mesures à prendre afin de renforcer la sécurité des réseaux de téléphonie mobile de nouvelle génération, sur fond de polémique autour de l’équipementier chinois Huawei, selon des sources autorisées, citées par l’agence de presse britannique, Reuters.

Avec un chiffre d’affaires de 93 milliards de dollars (81,7 milliards d’euros) en 2017, Huawei est le premier équipementier télécoms mondial mais plusieurs pays occidentaux, Etats-Unis en tête, craignent que le gouvernement chinois n’utilise ses infrastructures à des fins d’espionnage.

Aucune preuve n’a jusqu’à jusqu’à présent été apportée pour étayer ces soupçons. De son côté, le groupe a réfuté à de très nombreuses reprises ces accusations. Malgré tout, le lobby américains a conduit l’Australie et la Nouvelle-Zélande à restreindre l’accès à leurs marchés pour la téléphonie mobile de cinquième génération (5G).

Selon le quotidien allemand Handelsblatt, la réunion de ce 6 février, à laquelle participeront les ministres de l’Economie, de l’Intérieur, des Finances et des Transports, s’est concentrée sur la question de savoir si un catalogue de sécurité mis au point par les agences fédérales de régulation des télécoms et de cybersécurité, ainsi que des règles de certification suffiront à assurer la sécurité de la 5G.

Aucune décision n’est cependant attendue lors de cette réunion. Les enchères 5G en Allemagne doivent avoir lieu dans la deuxième quinzaine de mars.

En Pologne, les autorités ont arrêté en janvier 2019 un employé chinois de Huawei et un ancien responsable polonais de la sécurité. Tous les deux sont soupçonnés d’espionnage.

Huawei a proposé d’installer un centre de cybersécurité, ajoutant que rien ne justifiait le rejet par le gouvernement polonais de son groupe pour la mise en place d’un réseau 5G.