La Chine est interrogée le 6 novembre par les pays membres de l’Organisation des Nations Unies sur son programme d’internement de citoyens musulmans.

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Près d’un million de Ouïghours et d’autres membres d’ethnies chinoises de langue turque sont ou auraient été détenus dans le Xinjiang, selon des estimations citées en août 2018 par un groupe d’experts de l’ONU.

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Dans le cadre de l’Examen périodique universel (EPU) prévu pour les 193 membres des Nations unies environ tous les quatre ans, les autorités chinoises présentent aux Nations Unies à Genève un rapport sur la situation des droits de l’Homme dans le pays, et les changements depuis son dernier rapport en 2013.

Cette session permettra à tous les pays de poser des questions aux représentants chinois. Certaines questions ont déjà été publiées, dont celles des Etats-Unis, qui demandent : « la Chine peut-elle clarifier le fondement de l’apparente criminalisation de pratiques religieuses pacifiques et la justification de la détention dans ces camps ‘de rééducation’ du Xinjiang, ainsi que les autorités responsables de ces politiques? ».

Washington pose également la question : quel est « le nombre de personnes retenues contre leur gré dans tous les établissements de détention du Xinjiang durant les cinq dernières années ». Les Etats-Unis et l’Allemagne veulent l’accès d’une délégation de l’ONU au Xinjiang et au Tibet, afin d’enquêter sur les conditions d’internement et de vie des habitants.

La Grande-Bretagne veut savoir quand Beijing va appliquer la recommandation du comité de l’ONU visant à « mettre fin à la pratique de détention dans des installations extra-judiciaires ».

Au Xinjiang, les autorités ont d’abord nié l’existence de tels établissements mais la publication d’images satellites et la présence de documents officiels d’autorités locales sur internet mentionnant leur existence, ont poussé Beijing a admettre leurs existences.

Il s’agit alors pour le gouvernement de centres éducatifs enseignant le chinois, le sport ou la danse folklorique pour lutter contre l’extrémisme religieux. Cependant, après des mois de silence, Beijing a lancé le 16 octobre une offensive médiatique pour défendre son programme d’internement de citoyens musulmans dans le nord-ouest du pays.

Un haut responsable local d’ethnie ouïghour a assuré qu’il s’agit de combattre le terrorisme via des centres de «formation professionnelle», auxquels les Ouïgours s’inscrivent volontairement.

181 centres implantés au Xinjiang

D’après une enquête de l’Agence France Presse sur plus de 1.500 documents publics consultables en ligne depuis octobre, 181 implantés seraient au Xinjiang depuis 2014. Ces structures passeraient des commandes de 2768 matraques, 1367 menottes, 2792 pulvérisateurs de gaz lacrymogène, et 550 aiguillons électriques.

Les centres doivent « enseigner comme des écoles, être gérés comme à l’armée et défendus comme des prisons », selon l’un des documents citant le chef du PCC au Xinjiang, Chen Quanguo.

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Mais pour des militants en exil,interrogés par les ONG des Droits de l’Homme, il s’agit de camps de rééducation politique fermés. D’anciennes personnes internées disent avoir été détenus pour le port d’une longue barbe, d’un voile ou l’envoi de voeux sur internet lors de fêtes musulmanes.

Patrick Poon, spécialiste de la Chine à Amnesty International, souhaite « un message sans équivoque à Pékin pour lui signifier que la campagne de répression systématique dans la région autonome du Xinjiang (…) doit prendre fin ».

La délégation chinoise sera menée par le ministre adjoint des Affaires étrangères, Le Yucheng, accompagné de responsables du Xinjiang, du Tibet, de Hong Kong et Macao. « La Chine est désireuse de conduire un dialogue constructif avec toutes les parties dans un esprit ouvert et honnête », a déclaré Lu Kang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, le 2 novembre.