Après avoir nié l’enfermement d’environ un million de citoyens du Xinjiang, les autorités ont décidé d’entourer cette situation d’un cadre juridique, avec la publication d’amendements à la loi «anti-extrémisme».

Malgré des preuves récoltées par des ONG et des médias étrangers, le gouvernement chinois a durant plusieurs mois niés l’existence de camps secrets de détention de musulmans au Xinjiang. Appelés «institutions de formation professionnelle», les autorités ont changé de discours et tenté de justifier l’enfermement d’environ un million de citoyens en proposant des amendements à la loi «anti-extrémisme».

Ces nouveaux textes donnent un cadre légal en Chine à l’utilisation de «centres de formation professionnelle» pour «éduquer et transformer» les personnes influencées par une «idéologie extrémiste» et leur offrir des «opportunités d’emploi».

Dans une interview accordée à l’agence de presse, Xinhua, Shohrat Zakir, président de la région autonome ouïgoure du Xinjiang, a expliqué le lancement du «programme d’éducation et de formation professionnelle», destiné à «faciliter ses efforts pour lutter contre le terrorisme et l’extrémisme».

Les autorités du Xinjiang s’expliquent et justifient

Mosquée Id Kah au Xinjiang.

Ce dernier a expliqué que le gouvernement «a activement répondu à la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU sur la stratégie anti-terroriste mondiale et s’est engagée à supprimer les conditions propices à la propagation du terrorisme, tout en prévenant et en combattant le terrorisme. Sur la base de ses réalités, la Chine a combiné la lutte et la prévention du terrorisme en mettant l’accent sur la prévention».

Au Xinjiang, «l’accent a été mit sur la lutte stricte contre un petit nombre de crimes terroristes violents selon la loi et n’a épargné aucun effort pour protéger les droits de l’homme fondamentaux des citoyens face au terrorisme et à l’extrémisme».

Il a également été décidé «d’éradiquer la cause fondamentale du terrorisme et de travailler pour ramener sur le droit chemin, éduquer et sauver la majorité des auteurs d’infractions mineures à travers l’assistance et l’éducation pour éviter qu’ils ne deviennent victimes du terrorisme et de l’extrémisme».

Ainsi, les camps de détention viseraient, selon Shohrat Zakir, à éduquer sur «la langue commune du pays, les connaissances juridiques, les compétences professionnelles et l’éducation de déradicalisation, alors que la direction clé est l’acquisition d’un emploi».

Amnesty International dénonce ce nouveau langage

Pour Amnesty International, les commentaires de Shohrat Zakir «contredisent tous les éléments de preuve disponibles et sont une insulte à ceux qui souffrent dans les camps et aux familles des personnes internées».

«Aucun effet de langage ne saurait dissimuler le fait que les autorités chinoises mènent une campagne de répression systématique dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, jusqu’à un million de personnes étant détenues de manière arbitraire», a indiqué le communiqué de l’ONG.

Pour Amnesty International, «les camps d’internement en masse sont avant tout des lieux de sanction et de torture, pas d’apprentissage» : coups, privation de nourriture, isolement, «ce qui a des effets dévastateurs sur la vie d’environ un million de personnes. Il est temps que les autorités reconnaissent ce qui se passe vraiment» au Xinjiang.

La politique d’internement des membres de minorités ethniques majoritairement musulmanes s’est intensifiée depuis mars 2017. De plus, l’adoption d’un «règlement relatif à la lutte contre l’extrémisme» par le gouvernement régional restreint les démonstrations publiques ou même privées d’appartenance religieuse et culturelle.

Ainsi, les barbes «anormales», le port d’un voile ou d’un foulard, les prières régulières, le jeûne, le fait de s’abstenir de boire de l’alcool, ou encore la possession de livres ou d’articles relatifs à l’islam ou à la culture ouïghoure, peuvent être considérées comme «extrémistes».