Confinée chez elle durant l’épidémie, de nombreuses chinoises ont acheté des sex-toy pour combler leur abstinence. Cet achat se banalise depuis quelques années auprès de jeunes femmes bien conservatrices que leurs aînées.

Auparavant, la Chine était surtout connue pour sa production que pour sa consommation, devenant d’ailleurs le premier exportateur mondial. Mais la consommation de sex-toys, progressive ces dernières années, a encore été stimulée par l’épidémie, lorsque les confinements ont séparé les couples et fermé les lieux de sortie pendant plusieurs semaines.

«Un grand nombre de femmes (…) sexuellement actives ont désormais une attitude très ouverte vis-à-vis de l’utilisation de jouets sexuels», a expliqué Yi Heng, une bloggeuse chinoise spécialisée sur les questions de sexe.

«Elles voient ça comme quelque chose de naturel et de normal», a indiqué la jeune femme à l’Agence France Presse, qui a plus de 700.000 abonnés sur le réseau social Weibo.

La Chine reste globalement conservatrice en matière de sexe dans l’espace public. Ainsi, la vente et l’achat de films pornographiques est interdite et les autorités lancent régulièrement des campagnes contre les contenus «vulgaires» sur internet.

Le mariage et la famille sont par ailleurs deux piliers traditionnels de la société. Pourtant, le nombre de divorces a atteint un niveau record (3,1 millions) lors des neuf premiers mois de 2020. Le signe d’un profond changement de valeurs dans une Chine qui divorçait peu il y a encore 20 ans.

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Phallus, déterré de la tombe 1, montagne Dayun, Xuyi, Jiangsu. Période des Han occidentaux (206 BCE – 9 CE), 2ème siècle avant notre ère. Bronze. Musée de Nanjing. Photographie © Nanjing Museum.

De plus en plus indépendantes financièrement, les chinoises de 18 à 35 ans affirment beaucoup plus qu’auparavant leurs besoins sexuels. Et l’utilisation de sex-toys se démocratise.

«Parfois, elles n’arrivent pas à atteindre l’orgasme, à avoir le plaisir qu’elles veulent. Peut-être parce que les hommes ne sont pas assez doués au lit…», a estimé la blogueuse Yi Heng.

«Donc les femmes sont davantage tentées de se soulager elles-mêmes», selon elle. Le marché chinois des jouets sexuels reste encore loin derrière celui des pays occidentaux ou même du Japon voisin.

Mais il est tout de même valorisé à plus de 100 milliards de yuans (13 milliards d’euros), note le cabinet chinois iiMedia. Entre janvier et juin, une période durant laquelle beaucoup de chinois restaient chez eux par crainte d’être infectés par le coronavirus, les recherches pour l’expression «sex-toys» a bondi sur le moteur de recherche chinois Baidu.

«Pour ceux qui ont acheté des jouets sexuels durant la pandémie, il s’agissait principalement du premier achat» pour ce type de produit, a expliqué à l’AFP, Steffi Noel, consultante au sein du cabinet Daxue Consulting, basé à Beijing.

Outre les consommateurs chinois, la demande à l’étranger pour les sex-toys «Made in China» est en pleine croissance durant les périodes de confinement. La Chine fabrique 70% des exportations mondiales, selon Daxue Consulting.

La hausse des commandes a été constaté ces derniers mois en France, en Italie et aux Etats-Unis «notamment pour des vibrateurs et des poupées sexuelles», souligne Steffi Noel. De plus, durant le premier semestre 2020, les exportations ont explosé de +50% sur un an, selon le géant chinois du commerce en ligne AliExpress.

«Nous exportons plus de 1.000 poupées sexuelles par mois», explique à l’AFP, un responsable de l’entreprise spécialisée Shengyi, basée dans la métropole manufacturière de Shenzhen (sud). «On est au maximum de notre capacité de production.»