La Chine a décidé d’interdire la BBC après la diffusion en février d’un reportage sur des tortures et violences sexuelles contre des femmes ouïgours dans des camps d’internement chinois, et sur un reportage sur la gestion de l’épidémie de Covid-19 par la Chine.

L’Administration d’état de la radio et de la télévision (AERT) a annoncé avoir interdit la diffusion de BBC World News en Chine. Londres a immédiatement dénoncée comme une «atteinte inacceptable à la liberté de la presse».

La Chine estime que les contenus de la chaîne d’information internationale, BBC, avaient «sérieusement» enfreint les directives en vigueur dans le pays.

Dans un communiqué, l’autorité estime que la chaîne « BBC World News avait gravement violé les règlements sur la gestion de la radio et de la télévision et sur la gestion des chaînes de télévision par satellite étrangères dans ses informations concernant la Chine, allant à l’encontre des exigences de couverture médiatique vraie et impartiale et sapant les intérêts nationaux et la solidarité ethnique de la Chine ».

« Comme BBC World News ne répond pas aux exigences de diffusion en Chine en tant que chaîne étrangère, elle n’est pas autorisée à continuer d’opérer sur le territoire chinois. L’AERT n’acceptera pas la demande de diffusion de la chaîne pour la nouvelle année », a indiqué le régulateur dans un communiqué.

Cette interdiction intervient après que la BBC a diffusé le 3 février un reportage contenant des récits de tortures et de violences sexuelles contre des femmes ouïgours dans des camps d’internement chinois.

«Nous sommes déçus que les autorités chinoises aient décidé de prendre cette mesure», a déclaré une porte-parole de la chaîne britannique. «La BBC est le diffuseur d’informations internationales le plus fiable au monde. Elle couvre des sujets du monde entier de manière honnête, impartiale et sans crainte ni faveur».

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Dominic Raab, ministre britannique des affaires étrangères

De son côté, le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, a dénoncé une «atteinte inacceptable à la liberté de la presse».

«La Chine a des restrictions parmi les plus strictes au monde concernant la liberté des médias et d’internet, et cette dernière mesure ne fera qu’endommager la réputation de la Chine aux yeux du monde», a estimé le chef de la diplomatie britannique dans un message publié sur les réseaux sociaux.

Dans le même temps, le département d’État américain a indiqué qu’il «condamne absolument» cette interdiction de la BBC. «Nous condamnons absolument la décision de la République populaire de Chine», a déclaré le porte-parole de la diplomatie américaine, Ned Price.

«Nous appelons la République populaire de Chine et les autres nations qui exercent un contrôle autoritaire sur leur population à autoriser un accès sans entrave à internet et la liberté de la presse», a ajouté ce dernier.

Dans son enquête, la BBC avait fait état d’allégations de viols systématiques, d’abus sexuels et de tortures sur des femmes détenues par la police et des gardiens dans la région autonome du Xinjiang, en Chine. Les groupes de défense des droits de l’Homme estiment qu’au moins un million de Ouïgours et d’autres musulmans turcophones sont incarcérés dans des camps au Xinjiang.

L’impact concret de l’interdiction de la BBC sera en réalité limité, puisque les foyers chinois ne recevaient déjà pas la BBC, qui n’était présente que dans les hôtels internationaux.

La décision de la Chine intervient également après le retrait au Royaume-Uni de la licence de la chaîne publique chinoise d’informations en anglais CGTN, considérée comme assujettie au Parti communiste chinois.

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Les Ouïgours sont l’une des 56 ethnies recensées en Chine. Principalement musulmans turcophone, parlant pour la plupart une langue apparentée au turc, ils constituent un peu moins de la moitié des 25 millions de personnes vivant au Xinjiang.

Cette décision est annoncée dans un contexte déjà tendu entre la Chine et le Royaume-Uni, après la condamnation par Londres de la loi controversée sur la sécurité chinoise à Hong Kong et l’arrestation de militants pro-démocratie. Cette situation a conduit la Grande-Bretagne à accorder des droits privilégiés à certains ressortissants de Hong Kong pour émigrer sur son territoire.

Le Royaume-Uni a dénoncé la «barbarie» de la Chine envers les Ouïgours et annoncé début janvier des mesures pour empêcher les marchandises liées au travail forcé présumé de cette minorité musulmane de la région du Xinjiang d’arriver jusqu’aux consommateurs britanniques.

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La BBC a aussi diffusé un documentaire accusant la Chine d’avoir dissimulé les origines de la pandémie de Covid-19, qui avait également suscité la colère de la Chine.

Selon le député britannique Tom Tugendhat, qui préside la commission parlementaire des Affaires étrangères, la décision d’interdire BBC World News est «regrettable», mais «pas du tout surprenante».

«Bien qu’il s’agisse d’une mesure de rétorsion largement symbolique, la détérioration de l’environnement du journalisme en Chine est une préoccupation pour nous tous», a-t-il déclaré à l’AFP.

«L’approche de plus en plus agressive du Parti Communiste chinois à l’égard des médias étrangers est une question qui mérite un examen beaucoup plus approfondi», a indiqué ce dernier.