La Chine a manqué de céréales

par | Déc 15, 2020 | ECONOMIE

Entre les tensions commerciales, la peste porcine, la pandémie, la Chine a accéléré les importations de céréales en 2020, animant les marchés agricoles mondiaux, et faisant grimper les prix.

De janvier à août 2020, les importations totales de la Chine ont augmenté sur un an de 137% pour le blé (4,99 millions de tonnes), de 50% pour le maïs (5,59 Mt) et de 15% pour le soja (64,74 Mt), selon les douanes chinoises.

« Sur le maïs, on observe des prix au plus haut depuis 2014, c’est la demande de la Chine qui bouleverse la physionomie des échanges mondiaux », a estimé Marc Zribi, chef de l’unité grains et sucre de FranceAgriMer.

Ce dernier semble satisfait de cette hausse, car la France a exporté plus de 1,5 million de tonnes de blé vers la Chine en 2019, permettant aux céréaliers français de résister en 2020 à la concurrence.

« Le premier élément de hausse » des importations de céréales, européennes notamment, par la Chine, « c’est la politique commerciale de Trump, c’est ce qui a fait que la Chine a voulu diversifier ses origines », a indiqué un courtier à l’Agence France Presse.

La reconstitution « beaucoup plus rapide que prévue » du cheptel porcin chinois décimé par l’épidémie de peste porcine africaine, est une autre raison. La Chine a construit une série d’immenses élevages industriels sur plusieurs étages.

« Fin septembre, le nombre de porcs sur pied était de 370 millions de têtes, soit 84% du total de la fin 2017. Depuis février 2020, le nombre augmente régulièrement (…). Sur un an, le nombre de têtes est revenu à la hausse en juillet pour la première fois depuis 2017 », a précisé le ministère chinois de l’Agriculture sur son site.

« Le secteur porcin chinois, affecté ces deux dernières années par la fièvre porcine africaine, a commencé à se redresser cette année, ce qui a accru la demande de maïs », a expliqué Huang Jikun, du centre chinois pour la politique agricole de l’Université de Beijing.

La crise sanitaire est un troisième facteur à prendre en compte dans les importations chinoises. « Il est clair que pour le gouvernement chinois, il fallait minimiser les risques » de pénurie alimentaire, a indiqué Sébastien Abis, directeur du club de réflexion agricole Demeter et chercheur à l’institut de relations internationales et stratégiques Iris à Paris.

La Chine souhaite éviter la panique et une possible « grande famine » de l’époque maoïste, entre 1959 et 1961 qui « a traumatisé la génération qui est au pouvoir aujourd’hui en Chine », a souligné ce dernier.

Bien que la Chine est le numéro un dans toutes les productions agricoles, elle est aussi devenue le premier importateur sur ces mêmes marchés et « les 5 à 10% de produits de base qui lui manquent représentent très rapidement des volumes importants sur la scène internationale », bousculant ainsi les marchés agricoles, a précisé Sébastien Abis.

Cependant, les importations d’orge ont baissé de 12% de janvier à août 2020, en raison des sanctions prises par la Chine contre l’Australie. La brasserie chinoise TsingTao, qui importe couramment de l’orge brassicole d’Australie, s’est ainsi tournée vers les industriels français, premiers producteurs mondiaux d’orge.

Lire aussi : La Chine rejette l’appel de l’Australie pour supprimer les tarifs d’importation d’orge

De plus, en 2020/2021, la Chine pourrait se placer en tête des principaux importateurs de maïs, en raison d’une baisse de son offre intérieure. La Chine réfléchit à l’octroi de permis pour l’achat massif de la céréale, ce qui pourrait bouleverser durablement le marché mondial du maïs.

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