Dans une interview accordée à Cyrille Bret pour le site EurAsia Prospective, Marc Julienne a expliqué les conséquences de l’épidémie du COVID-19 sur la stabilité du gouvernement et sur la politique étrangère de la Chine.

Chercheur au Centre Asie de l’IFRI et responsable des activités Chine, Marc Julienne a expliqué que « la circulation de l’information entre les pouvoirs locaux et l’autorité centrale est erratique. La discipline et les performances imposées aux cadres locaux ont pour conséquence de ne faire remonter que les bonnes nouvelles à Pékin et de dissimuler les mauvaises. Ainsi, l’identification et la prise en charge de l’épidémie se sont révélées chaotiques et contre-productives ».

En effet, le chercheur a déploré l’arrestation par la police de Wuhan des médecins lanceurs d’alerte « plutôt que d’écouter les mises en garde et agir face au risque épidémique. En raison de ces dysfonctionnements, environ un mois a été perdu dans la lutte contre l’épidémie, aujourd’hui d’ampleur internationale ».

Par la suite, « le gouvernement central a rendu publique l’épidémie et a pris des mesures très fortes pour tenter de l’endiguer » (…) « De ce point de vue, on peut reconnaitre la détermination de la Chine dans sa réponse à la crise, bien que celle-ci comprenne aussi le renforcement de la censure et l’arrestation de voix dissidentes, avocats et intellectuels notamment ».

Les risques politiques intérieurs auxquels le président Xi Jinping devrait faire face est d’une part « le coronavirus pourra être utilisé par ses détracteurs au sein du Parti pour tenter de remettre en cause sa crédibilité et sa légitimité à gouverner le pays ».

En effet, « pour certaines élites au sein du Parti, le mouvement pro-démocratie à Hong Kong, la campagne de rééducation au Xinjiang, ou encore les élections à Taïwan remportées par le Parti démocrate progressiste, sont autant d’échecs qui résultent d’erreurs de la gouvernance de Xi Jinping. Le coronavirus ayant des conséquences encore plus importantes que les crises précédentes, il pourrait devenir, non pas la goutte, mais le seau d’eau qui fait déborder le vase pour les détracteurs de Xi Jinping ».

Le deuxième défi pour le président et pour l’ensemble du Parti est de « réaffirmer la légitimité du régime vis-à-vis de la société civile qui a massivement dénoncé les failles des autorités et le manque de liberté d’expression qui ont aggravé la diffusion de l’épidémie ».

Ainsi, « face à ce double défi, on doit s’attendre à un resserrement durable de la censure et du contrôle politique dans les sphères publique et privée. Un nouveau renforcement de l’autoritarisme en somme ».

Sur le plan politique étrangère, « les grands principes et positions vont rester inchangés ». Cependant, « la politique économique (intérieure et extérieure), en revanche, s’en trouve d’ores et déjà bouleversée ». Les nombreux défis économiques allant de la guerre commerciale qui l’oppose aux Etats-Unis, les manifestations à Hong Kong, « la Chine glisse avec le coronavirus dans une situation de plus grande vulnérabilité ».

D’ailleurs l’économie mondiale est impactée par le coronavirus, car « en cas de crise sanitaire, de catastrophe naturelle ou d’instabilité politique, une entreprise dépendante de la Chine s’expose à une mise en péril de son activité toute entière. De nombreuses entreprises ayant d’ores et déjà pris leurs dispositions pour trouver de nouvelles chaînes d’approvisionnement et pour stimuler leurs ventes sur d’autres marchés, pourraient conserver ce type de stratégie une fois la crise passée. Ce faisant, la crise pourrait porter un préjudice relatif mais durable à l’économie chinoise ».

L’économie chinoise affectée en trois temps